GRiETZ, ibid
A la distance de tant de siècles, ces débats peuvent paraître puérils; mais, alors; c'étaient des armes formidables, appropriées aux mœurs derépoque,dontles , partis se servaient habilement à Tappui de leurs ambitions et de leurs intérêts. Grâce à ces attaques de chaque jour, le Pharisaïsme ruinait peu à peu l'institution pontificale, épiant le moment où il pourrait enfin la renverser.
/ Tout ce qui précède prouve jusqu'à Tévidence que, sous une casuistique bizarre, l'objet de la guerre déclarée entre le Pharisaïsme, d'une part, le Sadducéisme et le Sacerdoce, de l'autre, était bien autrement considérable que la solution des questions doctrinales sur lesquelles portait la discussion.
Au fond, il s'agissait de savoir lequel de ces deux grands partis gouvernerait le Judaïsme et l'organiserait pour ses futures destinées; et, derrière eux, les principes qui étaient en lutte étaient la liberté et l'autorité, la démocratie et l'aristocratie, le progrès et la réaction.
Dans des conditions pareilles, le coaflit ne pouvait manquer de descendre bientôt des hauteurs théqriques, oùilse maintenait péniblement, sur le terrain des passions politiques. Nous allons en effet assister.
SOUS la dynastie iiasmonéenne, à des violences matérielles, à des persécutions et à des représailles qui attestent l'importance du but réel poursuivi par les deux sectes rivales.
Ce but est précisé par les résultats obtenus à la suite du triomphe définitif de l'insurrection hasmonéenne. Il suffit de les résumer pour se convaincre que les principes sur lesquels se fondait, en Judée, la nouvelle organisation sociale et religieuse, étaient aussi importants dans l'ordre intérieur que la conquête héroïque de l'indépendance nationale le fut dans l'ordre . extérieur.
Quelle ost en effet la situation au moment où la nouvelle dynastie prend le pouvoir?
Au point de vue politique, l'ancien système aristocratique est. vaincu. Le principe de l'élection remplace celui de l'hérédité. Le droit populaire succède au droit divin. Le Synhédrin,^ expression de la souveraineté nationale, représentation et organe des intérêts généraux, prend une part directe au gouvernement de la chose publique. Les fonctions les plus considérables de la haute assemblée sont attribuées au mérite personnel et non plus à la naissance. La bourgeoisie éclairée arrive au pouvoir dans la personne des chefs les plus illustres du Pharisaïsme. L'antique noblesse tsadokite est systématiquement écartée des affaires intérieures et, si elle reprend habilement une certaine
influence en se ralliant en temps opportun au nouveau régime, ce n'est guère que dans les relations étrangères qu'elle peut exercer son action.
Au point de vue Religieux, l'autorité passe désormais du grand prêtre au docteur. Ce n'est plus au sanctuaire mystérieux, mais à l'école publique que l'opinion va demander maintehant ce qu'il faut croire et ce qu'if faut faire. La synagogue est créée et attire, en dehors du culte officiel, la foule des fidèles. La prédication pharisienne y élève une tribune d'où les réformateurs, tonnant contre les abus du sacerdoce, initient fortement les masses au culte spiritualiste qui doit l'emporter sur le culte des sacrifices, et à la loi orale qui doit si radicalement transformer la loi écrite. Le principe de la liberté d'interprétation est posé et le Pharisaïsme, tout en s'en servant, dans le présent, de la manière la plus captieuse mais en même temps la plus puissante pour combattre les doctrines sadducéennes, se prépare à en faire, dans l'avenir, le levier formidable du mouvement révolutionnaire dont il est llnfatigable ouvrier. ^
Au point de vue moral, le parti pharisien, en répondant dignement, par la pureté de sa vie, à la grandeur de sa mission, en répandant partout les plus saines idées, en prêchant les vertus qui honorent l'homnie et le dévouement qui exalte le patriotisme, en affirmant l'espérance d'une rémunération légitime des devoirs accomplis et d'une compensation éclatante, des
maux d'ici-bas dans lin monde meilleur, conquiert une influence et une popularité que rien n'affaiblira désormais, tandis que les croyances matérialistes des Sadducéens et leur conduite publique et privée inspirent, au contraire, un mépris général.
Au point de vue de l'état respectif des partis, la cause pharisienne est indissolublement unie à celle du peuple. Les masses vénèrent, applaudissent, suivent avec enthousiasme ces pieux docteurs dont les paroles sont l'écho de leurs propres convictions; elles voient en eux seuls leurs véritables chefs comme ils sont leurs véritables amis ; elles leur obéissent avec un dévouement qu'il serait imprudent de braver ou d'irriter. Aussi toutes les décisions des maîtres pharisiens, toutes les réformes qu'ils accomplissent, toutes les pratiques qu'ils inaugurent dans la vie religieuse pour faire, suivant le mot du grand Synode « une » haie autour de la loi, » ou plutôt pour faire pénétrer dans le foyer de chaque famille et dans les mœurs du peuple entier, le sentiment, l'amour et l'inviolable respect de l'idée juive, trouvent-elles toute la nation sympathique et docile.
Les Sadducéens peuvent, par des intrigues de cour, reprendre le pouvoir; mais, si leurs personnes paryiennent encore à s'imposer aux chefs de l'Etat, leur système est désormais vaincu. Il leur faudra, bon gré mal gré, subir l'ascendant des doctrines pharisiennes, sous peine de provoquer contre eux de nouveUès ré-
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volutions. C'est ce que Josèphe exprime en ces termes qui peignent remarquablement la situation des deux partis devant l'opinion : « Lorsque les Sadducéens » sont élevés aux charges et aux honneurs, ils sont » contraints de se conformer à la conduite des Phari- )) siens, parce que le peuple ne souffrirait pas qu'ils » y résistassent'. »
Mais cette soumission forcée cachait toujours des arrière -pensées de révolte. Il fallut longtemps encore avant que le parti sadducéen se résignât franchement m triomphe du Pharisaïsme. Il ne cessa d'exciter contre les Pharisiens les préventions des princes dont il était l'inspirateur, et de profiter de toutes les occasions pour susciter contre ses adversaires politiques et religieux les rigueurs du pouvoir. Ses perfides conseils ne furent que trop souvent écoutés. Si Ilyrcan sut d'abord tenir la balance égale entre les deux factions ennemies, il finit lui-même par céder à l'influence' sadducéenne et ses successeurs persécutèrent les Pharisiens avec la plus extrême violence.
Cependant, avant de subir ces cruelles épreuves, le
1. Antiquiiés, ^■v. XVIIT, ch. ii. — On en trouve phipiciirs exemples caractéristiques dans la Mischnah et le Talhub. Un grand prêtre, notamment, pratiquant un usage contraire à la doctrine sadducéenne, répondait en ces termes au reproche qui lui en était adressé : a Onoi- » que nous soutenions notre opinion en théorie, cependant nous » nous, réglons dans la pratique selon le vœu des docteurs phari- » siens.» Aveu significatif que le ïalmud traduit eu ces termes : ". Quoique nous soyons Sadducéens, nous redouions les Pharisiens. » fAJiscuNAii, Voma.ch. i, — Talmiip, Jcrvs. nicnx' Irnilé, S h, in a.)
Pharisaïsme, pendant la première période du gouvernement d'Hyrcan, put établir solidement quelques institutions essentielles qui donnèrent à ses réformes un nouveau point d'appui et à son triomphe définitif de nouvelles garanties.