JosÈPHE, ibid
2. On la nomme aussi Béthome ; peut-être est-ce Képhar Ithomé. (Gr^tz. t. III, p. 114). — JosÈPHE, (Guerre des Juifs, liv. I, ch. m),
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le roi, rentrant en vainqueur, exerça les plus cruelles
représailles.
Joigiiant la débauche à la barbarie, pendant un festin qu'il donna à ses nombreuses concubines, sur une terrasse d'où l'on embrassait un vaste horizon, il fit crucifier à leur vue, comme un spectacle émouvant, huit cents Pharisiens, tandis qu'on égorgeait au pied des rroix, sous les yeux de ces martyrs, leurs femmes et leurs enfants *. Pendant cette horrible hécatombe humaine, le Roi-Pontife et ses femmes étaient à table, buvant et chantant peut-être^ comme plus tard Néron devant l'incendie de Rome embrasée par ses ordres.
C'est par de tels supplices qu'Alexandre maintint son pouvoir chancelant. La terreur vainquit la rébellion. Les Pharisiens se dispersèrent de tous côtés ; les Sadducéens régnèrent sans obstacle et le peuple trembla et se soumit sous la main de fer du despote.
VU
Pour que des partis religieux ou politiques arrivent à de tels excès, il faut bien qu'il y ait entre eux autre chose que des controverses théoriques. Devant cette
désigne à la place Bénézel, se contredisant lui-même. {Conf. Antiq.. liv. XIII, xxii.)
,1. JosÈPHE, Antiq., liv. XIII, cli. -xxn. — Guerre des Juifs, liv. I, ch. m
LES PHARISIENS. 28i
guerre civile, devant ce sang répandu, devant ces effroyables persécutions, on s'étonne de la naïveté avec laquelle Josèphe et ceux qui ont écrit d'après lui, nous parlent des sectes juives comme d'écoles philosophiques et théologiques où s'étudiaient, à des points de vue divers, les obscurs problèmes de l'âme, de la destinée et de la providence.
Non ! c'étaient bien, au contraire, des partis passionnés, fanatiques dans leurs idées et dans leur but, pour qui les questions doctrinales n'étaient que des armes de combat, et qui ne mettaient tant d'énergie et tant de fureur dans leurs querelles que parce que les uns et les autres en comprenaient bien l'immense portée.
Le Pharisaïsme, alors comme à son début, était toujours la révolution, agissant par la démocratie dans l'ordre social et politique, par la liberté d'examen et d'enseignement dans l'ordre moral et religieux. Le Sadducéisme restait invariablement la réaction, défendant énergiquement l'ancien régime, s'appuyant sur les privilèges de caste et sur le droit divin, n'admettant aucune réforme, appliquant impitoyablement la lettre de la loi, repoussant toute interprétation libérale et tâchant de comprimer par la force un mouvement de progrès qui éclatait de toute part.
Seize siècles plus tard nous avonë vu se produire le même phénomène. Lorsque le Protestantisme, ce Pharisaïsme du monde chrétien, se formula par la
voix révolutionnaire de Luther, ceux-là furent dans une singulière erreur qui n'y aperçurent qu'un schisme religieux. C'était l'ordre sociar moderne qui renversait, par sa base même, l'édifice de l'ordre ancien. La révolution dans l'Église entraînait fatalelement la révolution dans l'État. Gomme les Sadducéens, l'aristocratie et la théocratie chrétiennes avaient étroitement solidarisé le trône et l'autel; l'un ne pouvait être ébranlé sans que l'autre le fût également. De là le caractère plus politique encore que religieux de la querelle entre lj> Protestantisme et le Catholicisme^ partout où elle éclata. Charles fX, qui fut pour les protestants un Alexandre Yanaï chrétien, employa, comme lui, des moyens abominables pour anéantir leurs doctrines en massacrant leurs personnes ; mais, s'il en vint à de telles extrémités, c'est qu'il sentait bien, à l'exemple du roi juif, que ce n'était pas seulement le dogme, mais, en même temps, la royauté et la société monarchique et féodale tout entière qui étaient menacés par le moine hardi de Wittenberg, comme le système aristocratique et sacerdotal tout entier était menacé en Judée par le Pharisaïsme.
Yiolences vaines ! La force peut comprimer un moment la liberté; le passé rétrograde peut faire un moment obstacle à la marche du progrès éternel; l'œuvre providentielle s'accomplit, tôt ou tard, malgré toutes les résistances. La Saint-Barthélémy du xvi° siècle n'a pas plus empêché le triomphe de l'idée protestante.
que les massacres ordonnés par Alexandre Yanaï n'empêchèrent le triomphe de ridée pharisienne. Ces moyens violents de compression ne sont que les convulsions dernières des pouvoirs qui tombent. L'esprit de progrès finit par avoir raison de ces abus de l'autorité, et les crises sanglantes où les régimes anciens croient trouver leur salut, marquent généralement le début de leur agonie et l'enfantement d'une ère nouvelle.
L'histoire du Pliarisaïsme est une éclatante preuve de cette vérité. C'est au moment où on a cru le détruire dans le supplice de ses chefs,, qu'il va reprendre, tout d'un coup, une puissance que rien ne pourra lui enlever désormais.
YIII
Après ces terribles incidents, Alexandre recommença savie d'aventures guerrières. Pendant plusieurs années il fut absent de sa capitale, entreprenant des guerres de conquêtes contre la plupart de ses voisins avec des alternatives de succès et de revers. Vaincu par Arétas, roi des Arabes^ près d'Addida, vainqueur àDian et à Essa, maître de Gaulam, de Séleucie et de la forteresse de Gamala, il revint enfin à Jérusalem en triomphateur, ayant agrandi encore les frontières et l'importance de la Judée.
•Si les exploits militaires avaient pu éh^louir ses sujets, les avantages que ses expéditions avaient procurés à son pays, étaient, en effet, de nature à satisfaire Tintérêt et T amour-propre national, Josèplie fait, avec un certain orgueil, Ténumération des annexions successives que les princes hasmonéens avaient ajoutées au territoire originaire de la Judée. Les nouvelles conquêtes comprenaient, dans ridumée, la Syrie et la Phénicie savoir : le long du rivage de la mer, la Tour 'de Straton, ApoUonia, Joppé, Yamnia ou Yabné, Azot, Gaza, Atedon, Raphia et Rynosurà; dans l'intérieur de l'Idumée, Adora, Marissa, Samarie ou Sichem, les monts Carmel et d'Itaburin (Thabor), Scythopolis, Gadara, Gaulanitis, Séleucie et Gabara; dans le pays des Moabites, Essebon, Médaba, Lemba, Orori, Théliton et Zara; dans la Cilicie, Aulon et Pella, enfin diverses autres places syriennes qui avaient été démantelées \
De tels résultats assuraient au royaume juif une importance particulière parmi les États de cette époque; mais ils touchaient fort peu les Pharisiens et, avec eux, le peuple entier.
Tout ce que nous avons déjà fait connaître du Pharisaïsme, tout ce qu'on en verra par la suite prouve que ses aspirations ne s'arrêtaient plus, depuis longtemps, aux bornes étroites de la Palestine. Ce qu'il poursuivait, c'était l'organisation spirituelle