Deutéronome, ch. xvn
Mais le peuple, sans rechercher de quels éléments se composaient ces troupes insurrectionnelles, ne voulait voir que leur but apparent. Pour lui, c'étaient des champions de la Judée contre la domination romaine et de la démocratie contre la royauté. Tous ces partisans, tous ces guérilleros juifs étaient donc trèspopulaires et leurs plus téméraires expéditions éveillaient un écho sympathique parmi les masses.
Au nomhre de ces énergiques routiers, se signalait, en Galilée, un certain Ezékias qui répandait la terreur dans les campagnes. Hérode; qui avait toute sorte de motifs pour ne pas partager, sur les chefs de handes, l'avis de la multitude, parvint à s'emparer d'Ezékias et le fit mettre à mort avec la plupart de ses acolytes. A coup sur, dans l'intérêt de l'ordre et de la paix, il avait raison de faire ainsi un exemple sévère ; mais, en prenant seul l'initiative et la responsabilité de cet acte de rigueifr, non-seulement il froissait le sentiment populaire, mais il s'arrogeait un droit de, haute justice qui n'appartenait qu'au Synhédrin. Le fait produisit une vive impression à Jérusalem. L'assemblée y vit une atteinte grave à ses prérogatives, tandis que la foule accusait hautement Hérode d'aspirer à la tyrannie. Devant cette émotion, Hyrcan fut forcé de satisfaire rppinion excitée. Hérode fut mandé à la barre du Synhédrin comme coupable d'excès depouvoir. :
Le gouverneur de Galilée n'hésita pas à se rendre à cette assignation ; mais il se fit accompagner d'Me
force respectable, de i»anière à prouver qu*il saurait, au besoin, défendre sa liberté et sa vie par d'autres moyens que par un simple plaidoyer. De son côté, Sextus César, gouverneur de Syrie, écrivit à Hyrcan une lettre comminatoire où il lui enjoignait de faire absoudre Hérode, le menaçant, en cas contraire^ de toute la colère des Romains. Hyrcan ne demandait pas mieux, ayant reçu trop de services d'Antipater pour vouloir condamner son fils, mais il avait à compter avec les sentiments des masses et l'austérité des membres du Synhédrin.
Le président de l'assemblée était ce Schémaïa dont la popularité était si grande et le caractère si respecté. Le stoïque pharisien ne se laissa pas intimider par l'appareil formidable dont s'était entouré Hérode en comparaissant devant ses juges. Les paroles qu'il prononça alors pour relever le courage de ses collègues, montrent trop bien l'esprit du Pharisaïsine, plaçant l'observation de la loi et le culte du devoir audessus de toute considération humaine, poiir ne pas être rappelées. « Où a-t-on jamais vu, dit-il, qu'un )) homme obligé de se justifier, se soit présenté en » justice de cette manière? Tous ceux qui ont com- » paru jusqu'ici devant ce tribunal, y sont venus avec » humilité et crainte, vêtus de deuil et faisant leur » possible pour émouvoir notre compassion. Celui-ci, » au contraire, qui est accusé d'avoir commis de vé- » ritables meurtres, pour éviter d'être puni, paraît I. , 24
)) devant îious vêtu de pourpre, accompagné de gens ». armés^ afin que, si nous le condamnons suivant les » lois, il se moque des lois et nous assassine nous- » mêmes. Je ne le blâme pas tant néanmoins d*agir )) ainsi, car il cherche à sauver sa vie qui lui est plus » précieuse que le respect de la loi^ que je ne vous )) blâme tous de le souffrir. Mais, sachez que Dieu est )) juste. Cet Hérode que vous voulez absoudre pour «plaire à Hyrcan, vous en punira un jour et l'en pu- )) nira lui-même M » ,
Ce discours courageux peut donner une idée de la liberté de langage des docteurs pharisiens. Prononcé en séance publique, devant la foule qui assistait aux séances du Synhédrin, il releva le moral des membres de l'assemblée. La condamnation d'Hérode paraissait certaine; mais Hyrcan, pour gagner du temps, obtint que la suite des débats fut remise au lendemain. Pendant la nuit, il fit sauver secrètement Hérode qui s'enfuit à Damas,
L'acte d'énergie de Scliémaïa, accrut encore, s'il est possible, le prestige du parti pharisien sur l'esprit public ; mais il suscita entre Hérode et le Pharisaïsme une haine profonde que rien ne put ensuite apaiser.