HE RODE ET LES PHARISIENS
Il n'entre pas dans le plan de cette étude de faire l'histoire du règne d'Hérode. Nous n* avons à détacher des événements si dramatiques de ce temps que, ceux qui se lient au mouvement des idées et des partis. A ce point de vue spécial, le règne d'Hérode contient des faits assez importants pour reléguer au second plan les incidents qui ont caractérisé sa politique sanguinaire. Bornons-nous à rappeler sommairement l'histoire tragique de ce tyran.
Ilfit d'abord assassiner le vieux HyrcaQ, après l'avoir rappelé, par toutes sortes de prome,sses fallacieuses, de Babylone où, réfugié après sa catastrophe, il ou-
bliait dans la faveur de Phraate roi des Partlies et dans le respect des nombreux Juifs habitant le pays, les malheurs de sa vie agitée. Après avoir élevé a. la grande prêtrise le jeune Aristobule, frère de sa femme Marianne, il le fit noyer traîtreusement parce que, jouissant d'une juste popularité, ce prince lui portait ombrage. Il fit périr sa belle-mère Alexandra, qui cherchait, dans les sympathies de Cléopâtre, reine d'Egypte, une sauvegarde contre les périls dont étaient menacés tous les membres de sa famille. Il fit condamner à mort par des juges corrompus et exécuter sa femme Marianne qu'il accusa faussement d'avoir voulu l'empoisonner, et dont le seul crime était de détester le monstre à qui on l'avait unie. Sa rage n'épargna pas ses propres fils, Alexandre et Aristobule, sur qui le peuple avait reporté les sentiments de respect et de dévouement dont était entourée Marianne, leur mère. Après les avoir accusés devant Auguste, qui, plus clairvoyant et plus humain, repoussa la requête de ce père dénaturé, il les fit comparaître^ comme coupables de lèse-majesté, devant un tribunal réuni à Bérite et composé de ses créatures. Là ayant obtenu leur condamnation, il les fit étrangler à Sébaste, l'ancienne Samarie. Enfin, dans les dernières années de son règne, il fit mettre à mort son autre fils, Antipater, qui l'avait aidé à faire condamner ses frères et qui, digne émule de son père, avait conçu, à son tour^ Un infâme parricide dans le but do s'emparer du 'pouvoir.
Ces monstrueux événements de la vie de famille d'Hérode sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'y insister. Sa politique extérieure ne Test pas moins.
Créature d'Antoine, il soutint avec ardeur la cause de ce triumvir dans sa lutte contre Octave ; mais, lorsque la bataille d'Àctium eut mis le pouvoir aux mains de celui qui allait établir l'Empire sous le nom d'Auguste, le roi juif se tourna aussitôt du côté du vainqueur. Il alla le trouver à Rhodes et capta son amitié par de beaux discours plus habiles que sincères ' . Puis, il l'accompagna en Egypte et le reçut enfm à Ptolémaïde avec une magnificence qui excita l'admiration des Roniains. Pour mieux témoigner son dévouement, il bâtit, en l'honneur d'Auguste,, une ville superbe aux palais de marbre, qu'il nomma Gésarée. Elle était située sur les bords de la Méditerranée en un lieu appelé la Tour de Straton, où il construisit aussi Un vaste port. Tous ses actes tendirent constamment à se faire des alliés puissants et des protecteurs redoutables, des Romains maîtres du monde, afin de n'être gêné dans son propre pays par aucune complication extérieure. Il y parvint grâce à Ses libéralités excessives , grâce surtout à sa seryilité. Pendant les trente-cinq années qu'il régna il n'eut à soutenir que deux guerres de peu d'importance et
sa faveur auprès d* Auguste ne fut pas affaiblie un seul
instant.
Ces faits sont dans tous les souvenirs. Ce qui a été moins étudié, c'est l'état des partis sous la domination d'ïïérode; or c'est là; au contraire, le seul point qui nous intéresse. Laissons donc de côté ces cruautés et ces intrigues, pour suivre le mouvement pharisien sous le gouvernement de ce despote.
Son esprit vindicatif ne pouvait oublier l'attitude du Synhédrin lorsqu'il avait été mandé à sa barre. Le roi juif n'attendait qu'une occasion de venger le gouverneur de Galilée. Son premier acte d'autorité, en entrant dans Jérusalem vaincue, fut de livrer au supplice les membres du Synhédrin qui lui avaient été hostiles. Il n'épargna que Schémaïa et Abtalion, parce que, d'après Josèphe, pendant le siège, ils avaient conseillé de lui ouvrir pacifiquement les portes ^ . Ceux qu'il ne condamna pas à mort, furent torturés cruellement. Il fit crever les yeux à un pharisien renommé Baba-ben- Butah^ N'espérant pas conquérir l'esprit de ses sujets comme il avait conquis sa capitale, il voulut régner et