Ibid. 23 et suiv
» cevoir, en disant : « Paix à cette maison ! » — Si » Ton vous y fait mauvais accueil, sortez en secouant » la poussière de vos pieds, et, je vous le dis en vérité, » au jour du jugement, ce lieu sera plus sévèrement » traité que Sodome et Gomorrhe ^ ? »
Ce qu'on a lu plus haut des doctrines esséniennes retrouve ici la plus complète application. Comme TEssénisme, l'Évangile est une glorification de la pauvreté. Les Ehionim (les indigents) sont les vrais hé^ ritiers de la promesse divine dont les puissants et les riclies se sont rendus indignes. Aussi, après la mort du maître, la première communauté chrétienne fut-elle profondément ébionite ; le nom lui-même lui en est resté.
Le principe essénien du renoncement aux biens de ce monde par suite de l'horreur que Mammon, personnification de la richesse, doit inspirer à toute âme pieuse, ne cessa pas, également, d'être prêché par Jésus. Tout le monde connaît l'épisode de ce jeune homme opulent qui vint à lui sur les bords du Jourdain et lui demanda ce qu'il devait faire pour avoir la vie éternelle. « Observe les préceptes du Décalogue et » de l'Écriture, » lui dit Jésus ; « mais, si tu veux être » parfait et t'acquérir un trésor dans le ciel, vends » tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ! » Puis viens et suis moi. » Or, le jeitne homme, ayant beaucoup de biens, hésita et s'en fut tout affligé. Et
\. Matthieu, ch. x, 9, et suiv.
Jésus ajouta : u Celui qui laissera sa maison et son » champ pour l'amour de mon nom, en obtiendra au » centuple dans la vie éternelle, et ainsi les premiers » seront les derniers et les derniers seront les pre- » miers. ^ » -
De là à la communauté de biens, principe fondamental de l'Essénisme, la distance était courte. Jésus et ses disciples firent mieux que de professer cette maxime sociale ; ils la mirent en pratique. Pendant la vie du maître tout était en commun parmi les Douze. C'est Judas, l'homme de Kérioth {Isch-Kérioth) , qui tenait la caisse de l'association et occupait les fonctions d'économeusitées dans les maisons esséniennes'. Naturellement avare et intéressé, il adressait souvent des observations critiques sur des dépensés qu'il jugeait superflues ^ Après la mort de Jésus, les apôtres et les affiliés formèrent aussi une communauté essénienne dans le sens le plus absolu du mot. Tout ce qu'ils possédaient était mis et administré en commun *. Ceux qui entraient dans l'association vendaient leurs propriétés et en versaient le montant dans la caisse commune. Toute violation de cette loi sociale était sévèrement punie. On sait
i. Matthieu, ch. xix, 16 etsuiv.