Ibid. 57 et suiv
jours à une doctrine politique ou religieuse. Gaïphe . usa, en cette circonstance, du pouvoir suprême dont il était investi; il s'arrogea, à tort ou à raison, la présidence du tribunal ad hoc qu'il convoqua chez lui pour juger Jésus, et dont les membres devaient être sans aucun doute, des Sadducéens comme lui, ou tout au moins des Schammaïstes ^
Il est permis de croire que des juges pharisiens de l'école d'Hillel se seraient montrés beaucoup moins rigoureux. On trouve une preuve éclatante de la justesse de cette supposition dans un incident très-considérable qui suivit de. près la mort de Jésus.
Ses disciples, malgré le supplice de leur maître, continuèrent son apostolat, prêchant au peuple le Christ ressuscité. Les prêtres, les fonctionnaires du temple et les Sadducéens, voulant comprimer cette propagande qui les alarmait, les firent saisir, et, le lendemain, réunis encore chez Gaïphe, comme pour le procès de Jésus, avec tous ceux qui étaient de race sacerdotale, ils les mirent en jugement et' voulurent le s condamner "-. Ce sont bien évidemment les mêmes hommes qui avaient prononcé sur Jésus ; ils sont animés des mêmes ressentiments et des mêmes passions. Mais, cette fois, Gamaliel, le sage et pacifique héritier de la dignité et de la doctrine d'Hillel,
[. GRMVi, Gesc/iichte der JMrfe«, t. III, p. 243. 2. Actes des apôtres, ch. iv, 1 et suiv.
intervenant avec l'autorité de sa situation et l'autorité encore plus grande de son caractère universellement respecté \ fit mettre les apôtres en liberté '^ Son discours, à cette occasion, modèle de tolérance religieuse, méritera toujours d'être médité. — Rappelant tous les faux messies qui avaient surgi dans ces jours de troubles, spécialement un certain Theudas qui paraît avoir groupé autour de lui, peu de temps avant cette époque, une foule enthousiaste ^; montrant ensuite toutes ces tentatives messianiques avortées et dissipées d'elles-mêmes [dissipati et redacti ad nihilum), il ajouta ces paroles de raison et de foi : « Si » cette œuvre ne vient que des hommes, elle périra ; » si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. A » quoi bon dès lors de vaines rigueurs "*? »
Ce n'est pas la seule occasion où les disciples de Jésus furent préservés par des Pharisiens. Leur plus fougueux apôtre, celui qui brisa les derniers liens qui les rattachaient à la loi traditionnelle, Paul, ne trouva pas moins de concours ni de dévouement dans ses anciens frères du Pharisaïsme. Mis, à son tour, en jugement, à l'époque où il vint à . Jérusalem pour régler avec les autres apôtres, opposés
i. Honorabilis universse plebi (ibid).