Dio Cassius
salua comme une délivrance, le trépas de ce fou couronné ; le sénat condamna sa mémoire ; mais nul ne se réjouit de ce tragique événement à l'égal du peuple juif. La date en fut consacrée par une commémoration religieuse. (22 Schébat — 24 janvier an 41 de l'Ère chrétienne.)
Agrippa resta à Rome après la mort de Caïus. On se rappelle le rôle qu'il avait joué à l'avènement de ce César ; il eut une influence non moins grande sur le choix de son successeur. C'est lui qui fut l'intermédiaire entre le Sénat et Claude, oncle de Caïus, esprit studieux et pacifique, plus fait pour le calme et la méditation que pour les soucis du trône, que les prétoriens avaient arraché à sa retraite dans le but de le proclamer empereur. Agrippa obtint des Patres Conscripti la ratification du choix de l'armée ^ Ce fait atteste le prestige dont jouissaient encore à Rome les chefs officiels de la Judée.
Claude se montra du reste reconnaissant; il confirma à Agrippa sa royauté en ajoutant à ses possessions, outre la Judée et Samarie, les terres du Liban et Abéla, qui avaient fait partie de la tétrarchie de Lysinias.Il nomma prince de Chalcide, Hérode, frère d'Agrippa, à
l. .losKPHE, Aiitiq., liv. XI'X, ch. m.
qui ce dernier donna en mariage sa fille Bérénice. 11 maintint à tous les Juifs de l'Empire et, par Un décret spécial, à ceux d'Alexandrie, leur liberté religieuse et la pratique de leurs lois, dans les termes les plus sympathiques, flétrissant énergiquement la conduite des Juifs égyptiens qui avaient provoqué contre eux la colère de .Caligula ^ .
La Judée respira croyant être arrivée enfin à une ère de vraie tolérance. Agrippa reyint à Jérusalem entouré d'une immense popularité. Pour répondre aux témoignages d'aifection qui lui furent prodigués à son retour, il fit remise à ses sujets de l'impôt des maisons ^. Enfin il conquit tous les cœurs par un de ces actes qui frappent toujours la foule. On plaça, par ses ordres, dans le trésor du temple, comme un souvenir perpétuel de la condition misérable où il avait vécu avant de monter sur le trône, une chaîne d'or que Caïus lui avait donnée, en mémoire et en com.pensation de la chaîne de fer que lui avait fait porter Tibère pendant sa captivité.
Aimé de son peuple, il entretenait les relations les plus amicales avec les princes voisins et les recevait quelquefois de la façon la plus magnifique ^ Sa popularité lui permit de donner, à son tour, sans que la piété publique s'en off'ensât, des fêtes dans les cirques
i. Voir le texte de ces décrets, .Toskphe, Antiq., liv. XIX, ch. iv.