TACiTE,,è&icl'. — Suétone, A'eVoji
gniûquo et implacable prophétie qui se nomme l' Apocalypse *.
Ceci se passait en l'an 64^ lorsque les excès d'Albinius, de Festus et de Gessius Plorus provoquaient en Judée un prochain soulèvement contre l'oppression romaine. Cependant les Juifs qui habitaient Rome échappèrent à l'affreuse persécution dont les Chrétiens furent l'objet. Plusieurs historiens s'en étonnent et vont jusqu'à les soupçonner d'avoir été les complices du complot ourdi contre les Chrétiens ^ ; mais ils n'ont pu produire aucune preuve à l'appui de cette accusation, tandis qu'il y a beaucoup de raisons décisives pour la repousser.
Il est certain que, malgré l'agitation de la Palestine, les Juifs avaient conservé de hautes et influentes relations à la cour impériale. Leur pays était une province de l'Empiré; leur nation, un peuple lié à Rome par des traités publics et avec qui la politique romaine était tenue de compter. Leurs droits, leurs personnes, leurs lois elles-mêmes étaient sauvegardés par des décrets solennels qu'on ne pouvait violer impunément. Les Chrétiens, au contraire, n'étaient qu'une secte, qui, de plus en plus détachée de la souche
1. Les grands travaux critiques de ces dernières années ont mis dans tout son jour l'application de l'Apocalypse au règne de Néron et au massacre de l'an 64. Il faut lire tout ce qui concerne ces temps néfastes dans le livre si remarquable de Renan, VAntechml.
■2. Rk>-a^, Anl^christ,\\. 160, etsuiv.
du Judaïsme, était regardée comme une superstition malfaisante. Rien ne pouvait dès lors les protéger contre la haine du peuple et l'arbitraire du gouvernement. Néron avait, d'ailleurs, d'autres motifs plus personnels pour ménager les Juifs. Ce comédien impérial, qui estimait plus les applaudissements plébéiens qu'il recevait en paraissant lui-même sur la scène, que les éloges des honnêtes gens, était très-lié avec un nommé Alitur, histrion juif de quelque talent *. Josèphe nous apprend aussi que l'impératrice Poppée était, comme Agrippine, très-favorable au Judaïsme. Ces hautes protections ne furent sans doute pas inutiles pour les Juifs de Rome lorsque l'extermination des Chrétiens fut décidée. Enfin, Néron, superstitieux comme tous les tyrans, s'entourait de devins, de magiciens et d'astrologues, venus d'Orient, surtout de Judée et d'Egypte. Ces liseurs de l'avenir, flattant l'orgueil du maître, lui faisaient entrevoir un Empire oriental comme le couronnement de sa vie'-. C'en est assez pour expliquer comment les Juifs furent épargnés dans le piaculum sinistre que l'on offrit aux dieux de l'Olympe et aux passions de la populace eu sacrifiant les Chrétiens.
Du reste,les premiers allaient avoir aussi leur mar-
!. Cet Alitur fut même uu auxiliaire précieux pour l'historien Josèphe qui vint à Rome, vers l'an 63, intercéder en faveur de prêtres juifs que le procurateur avait envoyés prisonniers en cette ville. (JosÈPHE, AuioUoffraphe, 3.)