Jbid., ch. xLi
tout coiïïmerce avec les étrangers. Les douze premiers points étaient relatifs aux objets de consommation qu'il était absolument interdit de leur acheter ni de leur vendre. C'était l'interdiction de l'eau et du feu. Le treizième point prohibait l'étude des langues profanes. Le quatorzième déclarait qu'on ne devait ni admettre les païens comme témoins, ni ajouter foi à leur témoignage. Le quinzième défendait de recevoir d'eux aucun don ni aucune des offrandes qu'auparavant ils destinaient au temple. Les seizième et dixseptième proscrivaient tout rapport avec les jeunes gens et les jeunes filles païennes. Le dix-huitième, s'inspirant des souvenirs de la sortie d'Egypte et des sentiments de vengeance des captifs de Babylone ^ vouait les premiers-nés des païens à l'extermination comme un acte de piété méritoire ^ .
C'est dans ce monument de l'exaltation farouche des Zélateurs que les ennemis du Judaïsme sont allés chercher ensuite, à toutes les époques, des preuves de la haine des Juifs contre les autres nations, odium generis humani. Mais il faut restituer à ces décrets- de colère leur véritable origine et leur portée exacte. En considérant les événements tragiques au 'miheu desquels ils se sont produits, ils s'exphquent et,
{. « Heureux, dit le fameux cantique deBabylone, celui qui saisira « tes petits enfants et les. brisera contre les pierres » (Psaume 137, 9.)
2. Ce décret est analysé par la Mischnah et le Talmud dans le traité Schabbath, 13, b.
jusqu'à un certain point, peuvent môme se justifier. On ne saurait les trouver plus étranges queTanathème furieux par le quel se termine le magnifique cantique super jflumma Babylonis, ni que tant d'autres imprécations vengeresses nées, entant de pays divers, de l'exaltation du patriotisme ou du fanatisme religieux. La haine était dans les cœurs ; elle passait naturellement dans les doctrines et dans les lois.
Les disciples d'Hillel firent de vains efforts pour empêcher la révolution de glisser sur cette pente funeste où un abîme se creusait entre les peuples étrangers et la Judée. Ils prédisaient hautement que ce divorce violent d'Israël avec le reste du monde aurait pour conséquence inévitable d'isoler à jamais les défenseurs de la cité sainte et de soulever partout contre les Juifs des passions implacables. Obligés de céder au nombre, ils n'ont pu que protester devant l'histoire contre cette fatale décision, en déclarant que « le jour où elle fut prise, fut un jour aussi lamen- » table pour Israël que celui où on adora le veau » d'or ^. »
Le dissentiment entre les deux écoles dépassa d'ailleurs cette fois les bornes d'une simple discussion. Les Schammaïstes, entraînés par la fougue de
A . Tosifta Schabbath, eh. i.— Talmdd Jérusal. Schabbath eiMiscHNAH loc. cit. — Lorsque, plus tard, les docteurs pharisiens eurent à préciser les véritables causes de la catastrophe où s'engloutit la Judée, c'est aux violences des Zélateurs qu'ils les ont attribuées. I)s appel-
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leur nature, se précipitèrent sur les pacifiques Hillélistes et en tuèrent un certain nombre, même dans les maison de prières et d'instruction ^ C'est le 9 Adar (février) de l'année 67 que fut voté ce décret de vengeance. Les Pharisiens modérés en firent un jour de jeune et de deuil.
Le Synhédrin, comme toutes les. assemblées dominées par une démocratie sans frein, n'était plus maître lui-même de diriger l'impulsion. Délibérant sous la pression de l'opinion publique, il obéissait sans résistance aux ordres des Zélateurs. Les satellites d'Élézar ben Hananiah se tenaient en armes aux portes de l'assemblée ne laissant passer ni sortir personne avant que les décisions eussent été prises dans le sens qu'exigeait le parti de l'action ^ Ne dirait-on pas une scène de la révolution française elle-même, lorsque les clubs en armes et les patriotes débraillés dictaient impérieusement leurs votes aux représentants de la souveraineté nationale? Les démagogues de tous les temps se ressemblent ; mêmes actes, mêmes folies, même despotisme !
Éléazar ben Hananiah mettait cependant un certain "art dans la façon dont il savait passionner la foule. La
lont ceux-ci « les deslrucleurs du temple. » (Talmud, Yoma, b. 9, et Schabbath, ii9,h.)