TosiFTA, Berachoth, iv
nature à réveiller, avec une vivacité nouvelle, tous
les dissentiments anciens.
Les Schammaïstes n'étaient, en effet, ni moins nombreux ni moins influents que les Hillélistes, à FAcadémie de Yabné. Quand on se mit à ce travail colossal, on comprit bientôt qu'on n'en sortirait pas. Les deux partis luttaient d'obstination et ne restaient jamais à court d'arguments. Les majorités pour et contre se balançaient presque toujours et souvent les votes du lendemain annulaient ceux de la veille. Pendant trois ans et demi, on travailla à cette toile de Pénélope. Les forces humaines s'y épuisaient dans une guerre acharnée de textes, de mots et de subtilités, où toutes les ressources de raisonnement créées par les méthodes d'Hillel et d'Akiba furent employées à profusion pour soutenir lepour et le contre. Sans un secours surnaturel, il était peu probable qu*on vînt jamais à bout de la tâche gigantesque où l'on s'était si témérairement engagé.
Le surnaturel finit, en effet, par s'en mêler. Il ne fut guère plus "efficace. On prétendit, un beau jour, qu'on avait entendu une voix mystérieuse {Bath-Kol^), disant : « Les doctrines des deux écoles sont, » l'une et l'autre, des paroles du Dieu vivant ; toute -
1. La Bath-Kol, fille de la Voix, que la superstition populaire considérait comme une voix divine, est souvent citée dans les documents traditionnels ; mais il est difficile de définir en quoi consistait ce prétendu miracle.
» fois, dans la pratique, les décisions de l'école d'Hil- » lel doivent l'emporter *. » Mais le temps^ était passé où la science juive s'inclinait devant le prétendu miracle. Quand les partisans du système d'Hillel mirent en avant ce fait merveilleux, Yéhoschoua ben Hananiah répondit par cette flère revendication de la liberté d'examen, que nous avons eu déjà occasion de signaler : « Nous n'avons pas à écouter, en pareille » matière, des voix surnaturelles. La loi n'est plus » dans-les hauteurs des cieux ^ ; elle a été donnée aux » hommes. Les cas litigieux qu'elle fait naître ne peu- » vent se résoudre que par une décision de la majo- » rite. Aucun miracle n'a rien à faire là-dedans. »
Ces paroles hardies étaient l'incontestable expression du Pharisaïsme tout entier. Depuis le rétablissement du second temple, le rationalisme avait définitivement succédé au dogmatisme, la disdission à la révélation. On n'avait pas lutté, on n'avait pas souffert pendant quatre siècles, en vue de conquérir ces principes libéraux, pour les abandonner tout à coup, en leur infligeant un éclatant démenti. Yéhoschoua ben Hananiah était, en cette circonstance, l'organe et le défenseur de la tradition elle-même. Sa résistance énergique devait produire et elle produisit, en effets une impression profonde sur l'esprit de ses collègues.
1. D^fn ûinbx '^^21 iSkI *lSi< (Talmud, ErouUm, 13, b. — Jerusal. Berachoth, l, 3, 6).