‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 362 sur 500 · II · texte numérisé non relu

II

ci les vainqueurs et les vaincus sont unanimes. Son nom est, dans l'histoire, synonyme de tyrannie et de cruauté. Les Juifs n'échappèrent pas à ses rigueurs. A l'exemple des anciens despotes de Syrie et de Grèce, c'est sur le terrain religieux qu'il songea à les atteindre. Sous son règne la persécution recommença avec une nouvelle fureur ; mais, cette fois, elle sévit de préférence contre Jes prosélytes, afm d'arrêter le mouvement étrange qui enlevait chaque jour des adorateurs aux autels des dieux du paganisme.

Chose vraiment inexplicable ! le Judaïsme, malgré ses malheurs, malgré ses désastres, faisait encore de nombreuses recrues et dans les plus hauts rangs de la société romaine, tandis que le Christianisme voyait rapidement grossir lé nombre de ses affiliés. Les chroniques nous parlent, à cette époque, d'un sénateur romain dont le nom hébreu était Ktia ben Schalom. Un parent de Titus, investi de la dignité consulaire, Flavius Glemens »t sa femme Flavia Domitillia, étaient également dévoués au Judaïsme. Akiba comptait parmi ses disciples plusieurs prosélytes, deux surtout, l'un Égyptien nommé Benjamin, l'autre Ammonite, nommé Juda. Mais le plus célèbre des convertis de ce temps fut Aquila qu'une tradition, peu justifiée il est vrai, rattache à la famille de l'empereur Adrien K

1. La légende raconte que lorsque Aquila voulut embrasser lé Ju-

' daïsme, Adrien à qui il fit part de sa résolution, s'écria : « Quoi!

tu veux te rallier à ce peuple misérable? —Oui! —Mais pourquoi? —

Que sa naissance ait été illustre ou non, il n'en a pas moins laissé une réputation écktante dans le cercle des docteurs tanaïtes. Sous son nom araméen d'Onkelos,il a acquis une grande et légitime célébrité par sa paraphrase chaldaïque de la Bible, {Targoum d'Onkelos) qui, moins estimée cependant que celle de Jonathan ben Uziel, s'inspire des mêmes doctrines spiritualisteSi

Si de pareils faits se produisaient dans les régions élevées de la société, il est facile de comprendre combien devait être active la propagande religieuse qui se faisait dans les rangs inférieurs/Les Juifs et les Chrétiens avaient l'instinct que le monde païen, destructeur de la ville sainte, ne tarderait pas à périr à son tour. 'Les espérances messianiques grandissaient dans cette prévision et donnaient un nouvel élan au prosélytisme comme aux aspirations nationales. •

Domitien chercha à conjurer le danger par des mesures violentes. Le seul fait d'embrasser le Judaïsme ou le Christianisme fut déclaré un crime de lèsedivinité et de lèse-majesté, un attentat contre les Dieux et contre l'Empire. Les prosélytes furent poursuivis avec la dernière rigueur. Tous ceux qui étaient con-

Pârce que le dernier d'entre les juifs possède des notions justes sur la divinité, sur sa. puissance créatrice et sur sa providence incessanté. » {Schemoth Rabbq, sect- 30.) — Voir sur ce mouvement de prosélytisme Gu«TZ, t. IV, cil. 8 et 6.

vaincus du crime d'athéisme, — car c'est de ce nom, comme toujours, qu'on qualifiait l'abandon du culte officiel pour une autre croyance, — étaient exilés ou punis de mort S Flavius Clemens, malgré l'éclat de sa naissance, fut condamné au dernier supplice et sa femme Domitillia fut exilée. Beaucoup d'autres furent également frappés. On dit que rtiistorien Josèphe qui, depuis la prise de Jérusalem, vivait à Rome, sans faire. plus parler de lui, fut, à cette époque, victime des rigueurs de Domitien et mis à mort avec son ami Epaphroditas, à qui il avait dédié saréponse à Appion ^.

La tradition rapporte que l'Empereur manda, en même temps, au patriarche de Yabné l'ordre de justifier que la loi juive ne contenait rien de contraire aux lois de l'Empire ni de dangereux pour la tranquillité publique. Il prescrivait en outre qu'aucune décision synhédriale ne fût prise, ni aucun enseignement professé, de nature à provoquer des sentiments ou des actes hostiles contre les païens '. Enfin, il paraît qu'il avait aussi résolu d'expulser tous les Juifs de Rome, ne leur accordant qu'un court délai pour quitter cette ville.

Ce décret despotique détermina Éléazar ben Aza-

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