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On s'est demandé s'il y avait eu, pour le nouveau code de la loi orale, une promulgation officielle ayant pour but de lui donner une sanction publique et une iorce obligatoire. Quelques auteurs anciens ont même supposé la réunion d'une sorte de synode appelé à consacrer, par une décision solennelle, l'œuvre deYéhoudah le Saint. Aucun fait historique, aucune tradition contemporaine, aucun passage des Talmuds ne confirment cette hypothèse. Tout démontre, au contraire, qu'il en fut de la Mischnah comme de toute la loi orale dont elle était l'expression, et de toutes les coutumes anciennes dont elle était le résumé. L^assentiment général en fit la loi commune. Elle répondait si bien aux besoins et aux vœux du moment, qu elle fut adoptée sans contestation. Une pratique universelle lui donna aussitôt une consécration plus puissante que n'aurait pu le faire le vote formel d'une assemblée religieuse ou politique. Ce fut ainsi une application considérable du vieil adage pharisien « l'usage général a la valeur d'une loi, » {Minhag Aboténou Torath-hih.) Consensus omnium legem facit, comme disaient aussi les jurisconsultes romains.
Cette origine de la seconde loi mérite qu'on s'en souvienne. Non-seulement ceux qui l'ont rédigée n'ont pas attribué à leur œuvre une autorité inviolable, non-seulement ils n'ont pas tenté de l'élever à la hauteur d'une vérité révélée, mais encore ils n'ont entouré la publication de leur code d'aucune solennité
exceptionnelle de nature à en faire la charte immuable du Judaïsme. Ils se sont bornés à réunir tous les résultats épars du mouvement des traditions et des doctrines pendant une périodecinqfois séculaire; ils en ont fait un tout harmonique et l'ont simplement transmis à leurs contemporains et àleurs successeurs, en disant : « Voilà ce qu'ont fait, voilà ce qu'ont pensé j voilà ce » qu'ont cru les pères de la Synagogue. Ceci est la » doctrine du Pharisaïsme. Exg,minez-la, discutez-la et » acceptez-la, si vous y trouvez la raison et la-vérité. » L'adhésion fut unanime, car on ne signalerait pas dans toutes les écoles de ce temps une seule protestation contre l'œuvre de R. Yéhoudah le Saint. Dès lors, la voix du peuple avait parlé et la souveraineté populaire fut l'éclatante sanction du nouveau code.
R. Yéhoudah ne vécut pas longtemps après l'achèvement de la Mischnah. Il était d'ailleurs d'une constitution maladive et le travail pénible auquel il s'était livré, dans lés dernières années de sa vie, avait exercé une influence fatale sur sa santé déjà fort chancelante. Son lit de douleur était entouré d'un grand nombre de disciples auxquels il avait encore la force de donner ses leçons et qui recueillaient avec avidité ses suprêmes enseignements, comme on avait recueilli jadis les dernières inspirations des
prophètes ^ Voyant sa fin approcher, il appela près de lui les docteurs éminents et leur recommanda de ne faire, à sa mort, aucun deuil public de nature à interrompre les études. Puis, il pourvut à sa succession officielle et désigna l'ainé de ses fils, Gamaliel, pour le remplacer dans la dignité de Nas si.
Cela fait, R. Yéhoudah mourut en paix âgé, d'après les uns, de quatre-vingts ans, d'après les autres, plus que centenaire (an 210 de l'ère chrétienne) ; mais, en se reportant aux incidents de sa naissance, on reconnaît qu'il ne pouvait pas avoir plus de soixante à soixante-dix ans ^. La chronique rapporte qu'au moment suprême, levant ses deux mains vers le ciel, il s'écria: « Maître de l'Univers, j'ai travaillé toute » ma vie de mes dix doigts et je n'ai jamais, par un » seul d'entre eux, commis un acte improbe. Qu'il te » plaise donc de m' accorder la paix éternelle ^ ! »
Une foule nombreuse était accourue de toutes parts pour avoir de ses nouvelles. Lorsqu'il eut expiré, Simon bar Kappara^ un poëte remarquable de cette époque * qui n'eut pas seulement des théologiens,