CHAPITRE PREMIER
LES CKOïANCiiS IIELIGIEUSES ET PHILOSOPHIQUES
Ce qui caractérise au plus haut degré la doctriue pharisienne en matière de religion, c'est rabsence de dogmatisme. Les chefs de la Réforme avaient proclamé trop explicitement les droits de la raison humaine, pour ne pas s'arrêter avec elle sur la limite qu'elle ne peut franchir sans tomber dans le domaine du mystère. Ils ne méconnaissaient pas, sans doute, la gravité des problèmes qui entourent l'homme et qui sont en lui et hors de lui ; mais, s'il les ont étudiés et ont cherché à les résoudre, ils n'ont jamais songé à imposer leurs opinions comme des vérités infaillibles. Libre à chacun de penser et de croire comme il veut. Pour eux, ils ont exposé leurs vues et leurs opinions, mais simplement en philosophes qui croient à la justesse de leurs hypothèses et non en messagers de la Divinité qui révèlent aux faibles mortels les éternels mystères.
Cette sage réserve sur les choses qu'on ne saurait pénétrer, n'était cependant pas une nouveauté dans
l'histoire du Judaïsme. Moïse lui-même en avait donné l'exemple. En dehors de la croyance fondamentale en un Dieu unique, créateur et rémunérateur, croyance qui est encore plus philosophique que religieuse, il n'y a en effet aucun dogme formellement exprimé dans le Pentateuque. — On a même abusé contre le Mosaïsme de ce silence évidemment calculé et systématique, et l'on en a conclu que Moïse ne croyait ni à l'immortalité de l'âme ni aux peines et aux récompenses d'une autre vie. Le contraire ressort de l'esprit même de la Bible et d'une foule de textes ' qui ne s'expliquent que par cette croyance consolante. Mais, il est évident que Moïse ne voulut pas en faire un dogme^ avouant lui-même que Dieu s'est réservé le secret de ces questions obscures, et que, surla terre, il faut se contenter d'étudier les choses qu'on peut voir -. Quand, sur le Sinaï lui-même, le prophète;, d'a,près l'Ecriture sainte, supplie Dieu de se révéler à lui tout entier et « de lui faire connaître sa gloire » sans réserve, » le créateur des cieux et de la terre lui répond: « Non^, tu ne peux me voir, car aucun homme, » étant vivant, ne peut me voir. Tu ne peux me con- » naître que par mes traces ^, c'est-à-dire par mes
1. Voir surtout la discussion à laquelle s'est livré, à ce sujet, le savant M. Munk, dans son beau livre de la Palestine.
2. dSiî; ^v iJiJibi th mbwm iJ^nSx >iS ninnajn. « Les mystères sont à Dieu et nous n'avons que les choses visibles, ^j (Deutéronome, XXIX, 28.)
3, Exode, xxxii, 20,
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œuvres. » Enfin, dans ceDeutéronome qui est son testament solennel, le législateur hébreu dit encore : « La » loi que je te prescris, n'est pas surnaturelle. Elle » n'est pas loin de toi.. Elle n'est pas dans les cieux » pour que tu dises : Qui montera aux cieux afin de » l'y chercher et de nous la faire comprendre? — Elle » est tout près de toi, dans ta bouche, dans ton
)) cœur '. »
C'est par ces sages exhortations que Moïse, confessant humblement qu'il avait été impuissant lui-même à pénétrer l'Éternel et l'Infmi, prémunissait le peuple hébreu, ce peuple qui, d'après ses paroles, devait être surtout « grand par l'intelligence ' » contre la dangereuse tentation de vouloir sonder l'insondable. Yoilà pourquoi on ne trouve dans le Pentateuque aucune affirmation précise sur la nature de Dieu, sur le principe de la création, sur l'âme et sur sa destinée future ni sur les conditions. d'une autre vie. Le livre saint a fait de la croyance en un Dieu unique et immatériel la base de la foi hébraïque ; il a dit que cette cause des causes a créé tout ce qui existe; il a affirmé la responsabilité des individus et des nations devant ce maître de l'univers; mais il n'est pas allé plus loin. 11 n'a pas dit ce qu'était la cause première, ce qu'il y avait avant la naissance, ce qu'il y aura après la mort; il n'a dogmatisé .ni sur le Néant, ni sur