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posa un rituel, qui est encore aujourd'iiui universellement observé par la synagogue moderne, comme il fut unanimiement adopté par le Judaïsme contemporain. Mais rinnovation- radicale fut moins dans l'unification du culte que dans le principe même qui présida à l'organisation du culte nouveau.
Le rituel du temps d'Ezra consacra résolument l'esprit spiritualiste de l'enseignement des grands prophètes. Le vrai culte, pour ses auteurs, ce n'est pas celui où l'on immole des victimes et qui se traduit par de fastueuses solennités. L'offrande d'un cœur pieux, l'hommage d'une foi sincère, la prière émue et recueillie, le repentir des fautes commises, le bien accompli, sont le plus saint des sacrifices qu'on puisse offrir à l'Éternel. Le grand synode, sans doute, n'eut pas même l'idée d'abolir le culte mosaïque ; c'eût été toucher à Farche inviolable de la révélation ; il s'arrêta respectueusement sur le seuil du sanctuaire. Mais, s'il ne fit rien contre les prérogatives de l'autel, il les négligea systématiquement. Il affecta de ne point s'en occuper. A côté du temple officiel, il en éleva un autre, purement moral, qui ne supprimait pas le premier, il est vrai, mais qui suppléait à ce qu'il avait d^insuffisant, en attendant de le remplacer sans partage.
Pour le grand synode, le temple de Jérusalem devait rester, à coup sur, le centre et le foyer d'Israël ; mais ce n'était plus Israël tout entier. Ce à quoi il fallait
songer, ce à quoi il fallait pourvoir, c'était au sort et aux intérêts du Judaïsme, devenu déjà, par la dispersion de ses fidèles, plus cosmopolite • que national. Les communautés juives éparses dans le monde avaient besoin d'une organisation puissante qui les rattachât entre elles par les liens de la foi religieuse.
Le rituel ne fut donc pas fait pour le temple de Sion, mais pour toutes les réunions de prières où les fils de Jucia s'assembleraient en tout lieu. 11 fut fait pour tous ceux qui, chaque jour, voudraient élever leur âme vers le Dieu des patriarches. 11 suffit de le parcourir pour reconnaître qu'il n'a plus rien de l'ancien culte mosaïque.
îl débute par un cri d'admiration, d'adoration et de reconnaissance pour l'auteur de la création qui semble renouveler, tous les matins^ les merveilles de la nature , (prière du Yotzer or) ; puis il. affirme et définit, en attestant la miséricorde divine, les devoirs de tout vrai Israélite, (prière A'Âhabdt ôlam) \ il proclame solennellement le principe fondamental de l'Unité de Dieu, (récitation du Schéma) ; il exprime une confiance absolue en la Providence et en la vie future, formule d'humbles supplications pour la satisfaction de tous les besoins matériels et moraux et donne à Israël une ferme espérance dans le triomphe de sa foi, (prière des dix-huit bénédictions, Schemonéh Ezre7i) ; enfin, il contient une confession générale de toutes
les fautes personnelles et collectives et se termine par la promesse réitérée de l'avènement des jours messianiques qu'il caractérise par ces remarquables paroles : « Nous espérons que les idoles et l'idolâtrie » disparaîtront de la terre ; que tout l'Univers recon- » naîtra la royauté de l'Éternel ; que toute chair invo- )) quera son nom ; que tous les impies se tourneront )) vers lui ; que tous les habitants du monde, fléchi s - » sant les genoux devant le Seigneur et rendant » hommage à sa gloire, accepteront spontanément le )) joug du royaume des cieux, et mériteront que Dieu » règne sur eux à jamais » (prière de Alénou) \ . Le rituel d'Ezra créa la synagogue telle qu'elle devait, un jour, remplacer le temple. Il décentralisa le culte juif. Ni Jérusalem ni le sanctuaire n'absorbèrent plus exclusivement la vie religieuse. La ville sainte resta sans doute, en droit, le foyer vénéré du Judaïsme ; mais, en dehors, se développa une vie nouvelle où dominait le spiritualisme pur que Moïse avait été forcé de sacrifier, du moins dans la forme, aux mœurs matérialistes de son temps.
Dans les synagogues où s'observa désormais la liturgie du grand synode, il n'était question ni de vic-
1. Nous résumons à grands traits les principaux passages du rituel d'Ezra; il y a d'autres prières accessoires, par exemple celle d'Elahal Neschamah touchant l'immortalité de l'âme ; il y a des oraisons spéciales pour le service, de l'après-midi (Minchah) et du soir (Arbith).; mais toutes sont conçues dans le même esprit.
times sanglantes ni d'offrandes matérielles. On n'y connut plus que le culte d'amour où Dieu est adoré par le cœur et par Fesprit, comme l'avaient toujours recommandé les grands prophètes. Les réformateurs du second temple voulurent habituer le peuple à cette vérité supérieure non ph^s seulement par d'éloquentes paroles, mais par une pratique de chaque jour.
La réforme d'Ezra ne décentralisa pas seulement le culte, elle l'individualisa. Dans le rituel, la prière quotidienne, la manifestation permanente de piété et de foi, est formulée, en termes émouvants, non-seulement pour toute communauté d'Israël mais pour tout Israélite. Il n'est pas besoin de se rendre dans une synagogue pour y prier en commun. Chacun peut, dans son propre foyer, élever son âme vers l'Éternel, en répétant et en méditant, dans l'isolement et le silence, les belles oraisons de la nouvelle liturgie. C'est même un devoir, solennellement proclamé, de se livrer à la prière, chez soi, recueilli et pieux, en se levant et en se couchant, et de n'accomplir presque aucun acte de la vie, sans reporter sa pensée vers le Tout-Puissant par quelque bénédiction solennelle. Ce que cherchèrent surtout les ré formateurs du Judaïsme, ce fut de rendre populaire la pratique de la religion, de la mettre à la portée de tous et de lui faire'prendre de telles racines dans les habitudes journalières que rien ne pût désormais l'en arracher. C'est ainsi qu'ils
espéraient faire du peuple hébreu, dans la plus haute acception, le peuple sacerdotal dont avait parlé Moïse ^
Quoi qu'il en soit, l'organisation du nouveau culte constitua un vaste système de décentralisation religieuse. Le sanctuaire matériel peut périr ; le sanctuaire spirituel est créé. Désormais l'autel deJéhovah sera partout. Chaque communauté, chaque famille, chaque individu, en quelque lieu qu'ils se trouvent, solidarisés par l'unité liturgique, même si l'unité nationale est anéantie, pourront célébrer les louanges de TÉternel et affirmer la foi des patriarches.
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Pour une conception aussi large, il ne suffisait pas de façonner les Juifs aux devoirs du culte extérieur: il importait, bien plus encore, de leur donner l'intelligence de la loi, en éclairant, parla connaissance des principes fondamentaux, la pratique des formes rituéliques. C'est ce que les hommes du grand synode ont exprimé par cette maxime : a Multipliez les disciples.» L'enseignement prit, sous leur impulsion, un développement considérable. Des écoles furent partout établies où, sous la direction de savants docteurs, la
1. « Vous serez pour moi un royaume pontifical, une nation » sainte. » (Exode, ch. xix, 6.'>
jeunesse reçut une instruction sérieuse. Toutes les maisons de prières devinrent même de véritables centres d'éducation publique. Les chefs religieux ne se contentaient pas d'y lire la loi et d'y célébrer en commun les offices ; ils expliquaient en outre aux assistants les passages importants des livres saints. C'est là que le peuple allait maintenant chercher la parole de vérité au lieu de la demander comme autrefois au diseur d'oracles, au grand prêtre mystérieux, seul en rapport avec l'inspiration divine. Celui qui l'instruit et le dirige, désormais, ce n'est plus le descendant d'Aaron, lui dictant ce qu'il doit croire et ce qu'il doit faire sous peine de mort; c'est le docteur, appuyant ses enseignements sur la raison seule et sur la conviction, interprétant, commentant le texte sacré et en infusant l'esprit et la morale dans tou^ les rangs de la population ^ .
De cette époque date une innovation d'une grande portée inspirée par le même sentiment. On ne se borna plus à la lecture publique de la loi; on en fit en outre la traduction et la paraphrase en langue vulgaire^. A Babylone les Israélites avaient perdu l'usage
1. Cette évolution particulière du Judaïsme à' cette époque, mérite d'être remarquée. — Dans le mosaïsme primitif le seul interprète de la loi, c'est le grand prêtre. « Tu viendras aux Gohanim de la race de Lévi'... tu les interrogeras; ils te diront ce que porte le droit ; et tu feras strictement ce qu'ils t'auront déclaré. » — « Celui qui n'obéira pas, mourra. » (Deutéronome, ch. xvn, 9 et 5.) — On voit quel avait été le progrès des idées.
2. Cette traduction est connue sous le nom de Targoum; ceux qui
de l'hébreu ; ils ne parlaient plus que le chaldéen. — Pour que le texte biblique fui connu et compris de tous, Ezra institua des traducteurs officiels qui expliquaient la loi en langage chaldéen et en développaient le sens chaque fois qu'il était nécessaire. — Le rationalisme pratique de la réforme recevait en cela une consécration éclatante. On voulait que le peuple entier put bien se rendre compte de ce que lui disaient ses pasteurs, au lieu d'adorer, dans un fétichisme inconscient, un livre dont l'idiome obscur n'aurait pour lui aucun sens intelligible. — N'est-il pas remarquable de voir ainsi les réformateurs du Judaïsme procéder par les mêmes moyens qu'employèrent, deux mille ans plus tard, les réformateurs du christianisme ? La traduction de la Bible dans la langue vulgaire de l'époque, fut pour Ezra l'instrument de soni système rationaliste, comme elle devait l'être pour Luther, lorsqu'il voulut faire triompher le rationalisme moderne dans la société chrétienne ?
Les Métourguémanhn du second temple, fort considérés et fort populaires ^ , se sont surtout distingués par l'esprit éminemment spiritualiste de leurs paraphrases. Celles qui nous sont restées et principa-
la faisaient publiquement se nommaient Métourguémanim. (Néhémie, cliap. viii, 8. — Talmud , Baba Kàma, 82. — MéguUlah, 3. — Ncdarlm,-^!.) .
1. Ild jouissaient d'une conpidération égale et souvent supérieure à celle des chefs religieux. (Mischnau et Talmud, traité MéguUlah, 24 ct2o!.) ■
lement celles de Jonathan ben Uziel^ et d'Onkelos, mettent un soin minutieux à éliniiner du récit biblique toute trace d'anthropomorphisme de nature à altérer la croyance en l'unité absolue et en la spiritualité de Dieu ^.
Par le développement de l'instruction publique dans les écoles et dans les synagogues, le grand synode consacra la supériorité de la science sur les anciens" privilèges de la naissance et de l'hérédité. Il prépara ainsi le terrain sur lequel, après lui, le Pharisaïsme, le parti des Docteurs, combattit et finit par détruire le sacerdoce et l'aristocratie.
La troisième maxime de son programme : « Soyez » circonspects dans les décisions juridiques)) s'explique par les attributions judiciaires dont il était également investi. Le grand synode formait, en efTet^ une cour
1. La légende suivante donne une idée de Timportance que la tradition attacha à ces paraphrases. « Le jour où fut publié le Targoum que » Jonathan ben Uziel avait reçu traditionnellement des prophètes » Aggée, Zacliarie et Malachie, toute la terre sainte trembla sur une » étendue dé plus de 400 lieues et une voix du ciel dit : Qui a osé ré- » vêler mes secrets aux hommes ? — Alors Ben Uziel se leva et dit : — » C'est moi, Seigneur, mais tu sais que je ne l'ai pas fait par orgueil » personnel, mais bien pour diminuer les controverses en Israël. » (Talmud, Méguillah. Ibid. — Sopherim, i, 7.)
2. Partout, par exemple, où Dieu agit, le Targoum fait intervenir la parole, /le verbe, qu'il nomme Meimrâ. C'est l'origine éloignée du Logos qui, avec d'autres attributs, devait jouer plus tard un si grand rôle dans les théories théosophiques de Pliilon et dans les doctrines mystiques des premiers apôtres chrétiens.
de justice en même temps qu'un concile. Malgré leur sujétion, les Juifs jouissaient d'une sorte d'autonomie qui en faisait un État sui generis. Les rois de Perse, en leur permettant de retourner à Jérusalem, leur avaient accordé,, avec une liberté religieuse sans -réserve, le droit de vivre selon leurs lois civiles. Artaxerce, notamment, conféra à Ezra le pouvoir de nommer en Judée des magistrats et des juges \ Les questions d'ordre civil, telles que le mariage, la famille, la propriété, étaient trop mêlées aux questions religieuses dans la législation juive, la loi y punissait trop de transgressions et de délits en matière de religion, pour que les gouvernements sous lesquels vivaient les. Juifs, soit dans leur patrie soit au dehors ^, pussent songer à les arracher à leur juridiction spéciale en ce qui concernait leur statut personnel et religieux. L'originalité des lois hébraïques n'eut d'ailleurs pas permis à des fonctionnaires étrangers de les interpréter ni de lès appliquer intelligemment.
Par suite de cette liberté d'action, le grand synode exerça en Judée une juridiction supérieure, et des tribunaux' locaux furent établis partout où les besoins l'exigèrent. C'est pour ces interprètes et ces exécu-