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LES PRINCIPES MORAUX

Un écrivain qui a étudié avec beaucoup d'intérêt les doctrines religieuses des Juifs avant l'apparition du Christianisme, M. Michel Nicolas \ donne une singulière idée de la morale pharisienne. D'après lui, la légalité y remplace la moralité ; la morale palestinienne est une morale juridique; elle ne cherche pas la règle souveraine qui doit servir de guide à l'homme dans la pratique de la vie et dans l'accomplissement du devoir ; elle se borne à exposer et à expliquer ce

que la loi positive lui prescrit. Réglementant minutieusement tous les actes moraux, elle en fait une

affaire non de conscience mais de jurisprudence.

Un tel système ne peut, naturellement, qu'étouffer la

spontanéité et soumettre l'individu à un déplorable

automatisme moral.

Le savant écrivain reconnaît cependant qu'il y avait

en Palestine une grande école dont Hillel fut la plus

1. Des doctrines religieuses des Juifs pendant les deux siècles antérieurs à Vére chrétienne, ch, vn.

haute expression et dont l'enseignement élevé contrastait avec la morale juridique qui était professée dans les autres écoles. Cette seule observation aurait dû l'éclairer sur l'erreur fondamentale de. son point de vue. Qu'est-ce en effet qu'Hillel, sinon le Pharisaïsme tout entier ? N'est-ce pas dans la personne de cet illustre docteur que le parti pharisien remporta sa plus éclatante victoire? Et la suprématie héréditaire que la reconnaissance publique conféra à ses descendants ne pouve-t-elle pas la suprématie de ses idées ^ ? Enfin lorsque l'Académie de Yabné voulut fixer la doctrine traditionnelle, ne décida-t-elle pas solennellement que, tout en reconnaissant aux partisans de Schammaï lé droit de se ranger aux opinions de leur maître, néanmoins l'avis d'Hillel prévaudrait, en toute question, comme règle officielle ^?

Dès lors, dire qu'Hillel ne partageait pas la doctrine étroite qui réduisait le devoir à une question de stricte légalité et enfermait les plus nobles instincts de rame dans les bornes d'un formalisme de convention, c'est dire évidemment que ce ne pouvait être la vraie doctrine du Pharisaïsme. Il n'est pas plus exact de prétendre, comme le fait M. Michel Nicolas, que

1 . On se rappelle qu'à la mort d'Hillel, il fut décidé que la présidence du Synhédrin avec le titre de Nassi serait toujours donnée à un membre de sa famille. Cette royauté de la science a duré jusqu'à la lin des écoles palestiniennes.

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