‹ Les Pharisiens [microform]Chapitre 470 sur 500 · Voir ci-dessus, liv. YII, ch. m, page · texte numérisé non relu

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l'école d'Hillelne fut qu'une minorité % imposante sans doute par le caractère et la science de ceux qui la composaient, mais impuissante à faire triompher ses tendances spiritualistes. C'est absolument le contraire qui est vrai. La majorité des docteurs et des disciples était tout entière dévouée aux idées d'Hillel. Ce que nous avons constaté dans le cours de cette étude et ce que nous venons de rappeler le démontrent incontestablement.

Quel est d'ailleurs, dans la série des docteurs pharisiens, même en dehors des Hillélistes, celui qui a fait de l'être moral une sorte de machine inerte dont tous les mouvements sont réglés par un texte de loi sans que l'intelligence, la conscience, nlla liberté y aient aucune part ? Nous le cherchons en vain et M. Nicolas n'en cite aucun à l'appui de sa thèse empruntée un peu aveuglément aux paroles de l'Évangile ^. Le seul exemple qu'il rapporte n'a rien de commun avec la morale proprement dite. Il s'agit du repos sabbatique, dont l'honorable auteur semble faire le summum de de là morale religieuse et dont il signale les minutieuses- réglementations *. Comment n'a-t-il pas vu

i. Ch.Yiij'p. 416.

2. Nous avons dit, (livre V, ch. ii,) dans quel sens il fallait prendre les apostrophes de Jésus contre lés Pharisiens hypocrites et à qui elles s'adressaient.

3. Ihid., p. 406. -— Le passage dont parle M. Nicolas est emprunté au Talmud {Schabbath, 73, a.) Il y est établi que trente-neuf espèces d' œuvres serviles sont interdites dans le jour de repos.

que ce sont autant de points de casuistique et non des préceptes moraux? — La pratique du culte, avec la multitude d'observances et de cas de conscience qu'elle soulève, est tout à fait étrangère aux principes de la morale pure. Ce n'est pas là qu'on doit clierctier et ce n'est pas sur un tel spécimen qu'on peut juger la pensée du Pharisaïsme. Il faut regretter qu'un esprit aussi distingué que M. Michel Nicolas se soit ainsi arrêté à la surface au lieu d'aller au fond de l'enseignement pharisien. Il lui suffisait, pour cela, de parcourir le beau traité de morale où sont enregistrées avec soin toutes les maximes des docteurs qui ont fait autorité en Israël, et qui a été inséré dans la. Mischnah sousle nom caractéristique àe Sentences des Pères, Pirké Aboth \ afin de bien constater devant l'histoire qu'il contient la vraie doctrine et la vraie tradition des Pères de la iSynagogue. Il y aurait vu ce que les sages du second temple ont enseigné touchant les devoirs de l'homme envers Dieu, envers ses semblables et envers lui-même ; il aurait pu se convaincre que, loin d'avoir négligé de rechercher la règle supérieure du vrai, du bien et du beau, ils ont, au contraire, défini la loi de la morale humaine en quelques préceptes fondamentaux qui les placent à l'égal, on peut même dire au premier rang des moralistes de tous les âges.

1. Nous avons déjà dit que ce traité, que nous avons cité si souvent, est la généalogie même du Pharisaïsme depuis les hommes du grand Synode.

Pour bien apprécier la portée des principes sur lesquels ils ont posé la loi du devoir, il est nécessaire de préciser le point de vue général d'où ils l'ont envisagée.

La société qu'ils voulaient fonder était, dans la plus haute acception du mot, une société religieuse. M. Michel Nicolas, en constatant lui-même ce but élevé, semble y voir une cause d'infériorité ^ par rapport aux grandes écoles philosophiques où les idées morales étaient déterminées par l'étude de l'homme et par les conditions mêmes de son existence plutôt que par les théories des religions positives. Nous y voyons, au contraire, une preuve de supériorité. Ce qui se passe sous nos yeux n'en est-il pas la triste démonstration ? Les monstrueuses doctrines qui se sont produites dé nos jour^, ne disent-elles pas à quelles aberrations l'esprit humain peut aboutir quand il brise les freins salutaires de l'idée religieuse? Ce qu'on appelle la morale indépendante, n'a plus de la niorale que le

1. « Un peuple, dit-il^ dont lia vie spirituelle tout entière reposait » sur une révélation, ne pouvait avoir une morale indépendante de la » religion. Il en était du moins ainsi dans les écoles palestiniennes,» Ib'id. ch. vu, p. 381.)

nonii La pente qui entraîne de l'oubli de Dieu à la négation de Dieu, du matérialisme au nihilisme, est aussi rapide qu'elle est fatale.

Mais quoi ! Est-il possible de concevoir l'ordre universel en dehors de Celui qui en est la cause première? Est-il possible de séparer la créature de son créateur? Si l'existence, avec tous ses phénomènes^ vient de l'Être suprême qui a tout fait, peut-on logiquement admettre que toutes les facultés de l'âme, toutes les inspirations de la conscience, enunmot, toutes les notions du devoir n'en viennent pas également ? L'athée seul peut prétendre que le principe de la loi morale est ailleurs que dans l'idée de Dieu ; mais quiconque croit en un Dieu créateur, protecteur et rémunérateur, sent bien que la pensée même des grands devoirs moraux n'a pu se former dans l'esprit humain que par une révélation mystérieuse qui est la base essentielle de toute religion.

La vertu, suivant la belle définition de Cicéron, écho des philosophes de la Grèce, n'est autre chose que H la nature humaine conduite à la perfection ', » c'està-dire, suivant le mot de Platon.^, « ayant pour but de » faire prédominer, sur la partie brutale et passionnée » de notre être, la partie divine et raisonnable. »

1. Est virtus nihil aliud quam in se perfecta et ad summum perducta natura. (Cigero, de Legibus.)

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