‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 207 sur 343 · LES SIRÈNES. S.'^S · texte numérisé non relu

LES SIRÈNES. S.'^S

et si tu supplies tes compagnons, si tu leur commandes de te délier, qu'ils le chargent de liens plus nombreux » y

et 8é xe Xto-oTia*. STàpou; Xu^at t8 xeXeuY^ç

01 Si 0-' eTt TcXeéveTo-t tôt' èv Seo-ixot^t SiSIvTwv.

Ulysse répète à son équipage les conseils de Kirkè :

cCkki. ue Se^jjLcJ) ôYîTaT' èv àpvaXéci) O'^p' ejjLTzcSov ajToOt jjlLjjlvo).

Les choses se passent ainsi. Ulysse se fait attacher pieds et poings : 01 8' ev vTji [ji' eSvi o-av 0|jlo5 X^\oà; ts Tîooa; ts.

Puis vainement, pour accepter l'invitation des Sirènes, il demande qu'on le détache :

TjôsV àxoui[xevai XG^ral t' èxOvSuov eTatpo'j;.

Ses compagnons le lient plus étroitement et le serrent :

TcXetoTt [Ji' èv 8eo'[xo'ïo't. Ssov [xâXXov Te ttUsov.

Ils ne le détachent que lorsque la voix des Sirènes a disparu dans le lointain :

... 6(xe t' ex 8e(j|jLâ)v àvéXuo-av.

Si l'épisode des Lestrygons dans le pays des Sardes, des Fuyards^ est la Fuite d'Ulysse, si l'épisode de Kirkè dans le sanctuaire de l'affranchissement est la Libération, on voit que l'épisode des Sirènes est, avant tout, V Enchaînement. Aussi, pour rendre compte de cette aventure et, d'autre part, pour expliquer mot à mot la formule du poète « les Sirènes fascinent par le chant », OéXvoixriv àotôri, je crois qu'une étymologie de Sir-ènes s'impose : c'est ^y"TttT,«ir-<?n, citant de fascination. Le mot \Vj en, viendrait de la racine pv, 'n. n, comme jn, hen, vient de la racine ]3n, h. n. n. Cette racine psr, 'n. n, existe dans toutes les langues sémitiques. Les Arabes en font un usage fréquent pour signifier d'une part attacher, retenir (surtout tenir et gouverner un cheval par les rênes), et d'autre part nouer par des maléfices (en particulier nouer V aiguillette, comme disaient nos pères) : de cette racine, les Arabes ont tiré les mots corde, rênes, et les mots ensorcellement, impuissance sexuelle; ils en ont aussi tiré le mot nuage (les Latins emploient pareillement /ascia). Les Hébreux usent moins fréquemment de cette racine ]t:, 'n. n : ils en ont pourtant tiré, eux aussi, le mot nuage, ]a5r, anan, et un verbe, de sens plus obscur, qui paraît signifier se livrer à des opérations magiques, soit de divination (suivant les uns), soit de fascination (suivant les autres). Les Sirènes tout ensemble fascinent les hommes et révèlent l'avenir : « Arrête ton navire, afin d'entendre notre voix. Jamais personne n'est passé sur son noir bateau, sans écouter la voix harmonieuse

de nos bouches et sans avoir été charmé et instruit de ce qu'il ignorait, car nous savons tous les exploits des Argiens et des Troyens sous la vaste Troie et nous savons tout ce qui se passe sur la terre habitable »,

Il est un autre détail en ce texte odysséen qu'il ne faut pas négliger si Ton veut retrouver l'onomastique originale de ces iles : les Sirènes sont assises dans une prairie,

f,[jLevat èv )veijjLb)vi.

Nous connaissons par TÉcriture plusieurs noms de lieu de la forme: Prairie des AcaciaSf Prairie des Vignes, Prairie de la Danse. C'est un équivalent de ce dernier nom rh^UD ^IK, Abel-MehoVa, Prairie de la Danse, que je restituerais à l'origine de notre légende odysséenne : les premiers navigateurs appelèrent cette île p"1^\ir S:in, Aben Sir-en, Prairie de V Enchantement ou du Chant Magique; les Hellènes traduiraient en Leimon Êpodès, AeijjLwv 'ETrcpofj;, et les Latins en Pratum Carminis. Car le grec et le latin nous peuvent fournir la traduction exacte du chant magique, sir-en , des Sémites : c'est incantare, incantamenta carmiyium, ètî-wS/j ou eTr-aoïor^. Les Septante appellent chanteurs d'épode, sTiaoiôovTs; £-aoto-/;v, ceux que l'Écriture appelle les Heurs de liens, hober habarim, anin lan : Eschyle nous donne une exacte définition de épodè, quand il nous parle du chant Heur, Gjjlvo^ 0£T[jl'.o;'.

Le nom des Sirènes resta, durant toute Tantiquité, attaché à un petit archipel de roches et d'ilôts, qui se trouvent sur la côte italienne, au Sud de la presqu'île sorrentine, dans le golfe actuel de Salerne et d'Amalfi, dans l'ancien golfe de Paestum, à la porte du détroit de Capri que les marins appellent les Petites Bouches. Ces îlots s'appellent aujourd'hui (on ne sait pourquoi) les Coqs, Galli. Les Instructions nous disent :

A un mille 1/2 dans l'Est do Vivara, on trouve le groupe des trois îlots Galli, considérés autrefois comme le séjour des Sirènes. Le plus grand et le plus Est du groupe a 1/i de mille de longueur; il est couvert de broussailles et porte une tour à son sommet. Les deux petits, nommés Castellucia et Rotonda et situés à petite distance dans TOuesl, sont sains, surtout dans le Sud.

Ulysse passe devant les Sirènes sans débarquer. L'Odyssée ne nous donne aucun détail caractéristique sur cette Prairie de TEnchantement. Nous ne pouvons donc pas nous livrer à notre travail habituel de comparaison entre le texte

1. Esch., Eum,, 296, Cf. Smith. Dict. of the liibU'. s. v. Divination, p. 191.

;V"' "lî^ttU'îl'Iv

.3 iî^- ?

JZ

Page 1