LES SIRÈNES
xal çwv+jv aùXcJv t,%oûo{jl£v xœI xpauv^v [i*jp{xv. Peripl. Ilannon., 15.
Ulysse revient de l'Averne, à travers la plage basse. Il retrouve son bateau au fond du Golfe Lucrin. Il se rembarque. A la rame d'abord, puis à la voile, il sort du Golfe et regagne la mer libre :
... OLTzo 5' txfiTO x'jjjia SaXàTo-Tj^ eùpuiropoio.
Un jour de navigation le ramène à Tile de Kirkè. Il tire son bateau sur la grève d'Aiaiè. On installe à nouveau le campement dans la Cala dei Pescatori. Une escouade remonte chez Feronia pour chercher le cadavre d'Elpënor, resté là-bas sans sépulture :
07j tôt' sywv STapou; TrpoU'.v s^ 5a>|jLaTa Ktpxr,; otTsjjLSvat vexpov, 'E/sirriVOpa Tgôvr^ÙTa.
Kirké apprend ainsi le retour des navigateurs. Aussitôt elle descend à la plage, avec ses chambrières qui apportent des provisions. Elle oflre à nos gens un grand festin qui dure tout le jour. Il est entendu que, le lendemain, on reprendra la mer et que la déesse enseignera le chemin du retour : Feronia avait, elle aussi, un oracle que venaient consulter les Peuples de la mer. Toute la journée donc, on mange, on boit, on fait la fêle. Le soir Kirkè prend Ulysse à l'écart et le met en garde contre les périls qui vont Tassaillir, Sirènes, Charybde et Skylla, ou contre les tentations qu'il devra surmonter dans l'île du Soleil. Le lendemain, Ulysse reprend la mer. A la rame, ils sortent de la Cale. Puis le même « bon garçon » de vent, envoyé par Kirkè, les pousse encore sur la même route que lors du premier départ vers le Pays des Morts : ils descendent à nouveau vers le Sud; ils voguent au long des côtes italiennes vers le détroit de Messine. La brise et le pilote mènent le navire. Ulysse répète alors à ses hommes les conseils de Kirkè touchant les Sirènes.
Tu arriveras d'abord aux Sirènes, qui charment tous les hommes. Quiconque les approche sans défiance et prête Toreille à leur chant, ne revoit plus sa femme ni ses enfants accourir à sa rencontre; il ne rentre plus en sa demeure; les Sirènes le charment de leur voix perçante, dans la prairie où elles sont assises : autour d'elles, glt un amas d'ossements humains et de peaux corrompues.
Depuis longtemps, on a fait remarquer avec justesse que nulle étymologie grecque ne peut nous expliquer le nom des Sirènes, Seip-rive;.
Par contre, une étymologie sémitique se présente aussitôt pour ces chanteuses, pour ces a filles du chant », comme dirait rÉcrilure, 1^trn"ma, benot-ha-sir*. Le mot hébraïque TttT, sir, chant, cantique, serait exactement transcrit par le début du mot grec Sir-ènes, Ssif-ïjvsc. Pour la fin de ce mot grec, on propose d'ordinaire d'y reconnaître le mot sémitique p, hen, grâce : im^tt?, sir-hen, serait le chant de grâce, comme p"»«, eben-hen, est la pierre de grâce, la pierre précieuse. Cette étymologie ne me semble pas inacceptable. Pourtant elle ne me satisfait pas : je crois que, du texte môme odysséen, une autre explication peut ressortir, qui s'imposera avec plus de certitude. Nous savons en effet comment le poète met en œuvre les noms et les données de son périple. Toutes les fois qu'il transcrit un vocable sémitique, il s'arrange pour nous le commenter aussi ou pour nous le traduire en son contexte : le plus souvent, en outre, — nous en avons eu l'exemple le plus typique dans la fuite d'Ulysse au pays des Fuyards, — le plus souvent l'aventure entière ne semble imaginée que par un développement poétique ou anthropomorphique de tel ou tel vocable du périple original. Or voyez, d'une part, ce que le poète nous dit des Sirènes et voyez, d'autre part, l'aventure qu'il imagine en leurs parages.
Les Sirènes sont des chanteuses; mais ce sont aussi des magiciennes, des fascinatrices, en prenant ce mot en son sens primitif et complet, c'est-à-dire des femmes qui lient par leurs enchantements : tel est le sens du latin fascinare, fasciare, ou du grec 8éXyu). Les Sirènes charment les hommes, elles les enchaînent, elles les retiennent par leurs chants magiques :
àXXà T£ SstpTivs; Aiyupfi OéXyoudiv àotôr,.
L'aventure d'Ulysse dans les parages des Sirènes n'est aussi qu'un enchaînement : « Bouche les oreilles de tes compagnons, lui a dit Kirkè; quant à toi, écoute les Sirènes, si tu veux; mais que ton équipage t'enchaine pieds et mains, sur le croiseur,
SrjdàvTWv 0-' ev vr,l 6ori yelpà^ ts 7r62a; te, 1. Cf. H. Lewy, Semil. Fremdw., p. 205; Muss-Arnolt, p. 54.