I. Cr. Parlsch. Kephallruia, p
cl anglaises qui parsèment le pourtour, les Grecs construisent aujourd'hui une (le leurs villes nouvelles. Ce sera quelque jour peut-être une station des marines étrangères, à Tentrée de ce canal que les thalassocrates se remettent à fréquenter, — station de ravitaillement et dépôt de charbon entre les ports de l'Adriatique et le canal de Suez.
Car nos grands vapeurs désertent, en ces parages, la route que, depuis mille ans bientôt, les Vénitiens avaient tracée à la navigation. De l'Adriatique, les canaux de Corfou et de Paxos amenaient les Vénitiens au long de la côte albanaise et des falaises de Sainte-Maure jusqu'à l'entrée de notre porte du Nord- Ouest. Là, au lieu de s'engager en ce nouveau détroit, dont ils redoutaient tout à la fois les tempêtes, les pirates et les refuges mal assurés, les Vénitiens continuaient tout droit vers le Sud, au long de la rive extérieure de Képhalonie. Par Assos, Lixouri et Argostoli, ils côtoyaient cette façade de l'Ouest et du Sud. Ils gagnaient ainsi les larges chenaux entre Zante et Képhalonie d'abord, puis entre Zantc et la Morée. Ils atteignaient leurs escales de Modon et Coron au Sud du Péloponnèse. Les bouches de Cérigo leur ouvraient ensuite l'Archipel ou les mers Cretoises.
Cette route des Vénitiens était la moins dangereuse. Ce n'était pas la plus courte. Tirez sur la carte une ligne droite entre le canal d'Otrante et le Sud du Péloponnèse. Vous verrez que, passant en dehors de Corfou et de Paxos, — non plus entre les îles et le continent, mais dans « la mersauvage », devant la ville d'Alkinoos, — cette route la plus courte enfile ensuite le chenal d'Ithaque. Vous retrouverez du même coup notre vieille route odysséenne par les bouches de Samè, par la Pierre Blanche et par la côte extérieure de Paxos et de Corfou. C'est que la ligne tirée sur votre carte est aussi tracée dans la réalité par les vents du Nord (alternant ici entre le N.-O. et le N.-K.) et les vents du Sud qui dominent en ces parages : de Pylos, ces vents mènent tout droit les voiliers aux villes d'Ulysse et d'Alkinoos, ou inversement. De là, vinrent la fortune d'Ithaque et la célébrité d'Ulysse. Rien ne fait mieux comprendre la place de File et du héros dans la géographie et la légende homériques que la rencontre en ce canal de Viscardo de nos transatlantiques anglais, italiens et autrichiens. Entre l'Adriatique et la Ci'èle, nos vapeurs aujourd'hui reprennent la route que les voiliers crétois ou phéniciens suivaient aux temps décrits par Y Odyssée. Demain, pour les torpilleurs et petits navires de guerre, Viscardo va reprendre le rôle que tenait la ville d'Ulysse. Cette ville d'Ulysse répondait mieux aux besoins des marines primitives, qui, usant de la rame, se mettaient sous le couvert d'Ithaque pour remonter le chenal contre les vents du Nord.
Kous descendons lentement ce canal de Viscardo. Notre capitaine est un homme érudit qui, plusieurs fois, a porté M. Doerpfeld à Sainte-Maure. Il est converti aux idées nouvelles. Pour nous démontrer qu'Astéris aux deux ports n'est pas Daskalio, il a mis son Pylaros à toute petite vapeur : lentement, nous
descendons le canal en prenant la passe la plus étroite entre la roche de Daskalio et la rive de Képhalonie.
Celte rive de Képhalonie est une falaise assez haute, mais toute découpée de criques, d'anses et de petits ports, que nos caries marines rendent fort exaclemenl. Ce que la baie de Viscardo est en grand, chacune de ces criques Test en réduction. Dans un cercle de collines, une pointe avançante divise en deux mouillages un petit port plus ou moins clos. Les Instructions nous disent : « De Phiscardo, pendant fl milles, jusqu'au morne d'Agriosiko, sur presque toute la distance, la côle est irrégulière et présente plusieurs petites anses, qui n ont d'importance que pour les bateaux qui y déchargent ou y chargent leurs cargaisons de fruits ou de grains*. »
Ces petils ports ont toujours obligé les insulaires à tenir des guetteurs sur les
FiG. 99. — Le passagrc onlrc Astéris et Képhalonie*.
collines voisines, tant pour exercer eux-mêmes le métier de naufrageurs que pour surveiller les corsaires du détroit ou les bateaux pestiférés, car les fraudeurs de quarantaine essayaient de mouiller en ces criques désertes. En 1830, A. Findlay vit encore les collines semées de ces guetteurs ^ Le périple primilif décrivait de pareilles habitudes. Le poète installa donc sur cette côte du détroit la guette des prétendants. Partis de la ville d'Ulysse, les prétendants sont venus à Astéris: « J'irai, disait Antinoos, guetter la rentrée de Télémaque r.
O'^pa [XIV a'jTOV lovTa Xoy/îo'OjJLai r^oï cpoXàÇw*.
« Durant tout le jour, les guetteurs se tenaient sur les promontoires éventés. Nous les relevions constamment. Au coucher du soleil, nous ne sommes jamais