Les fig. 136-140 sont des photographies de M"« V. Bérard
Fie. 136. — Port Polis'.
FiG. 137. — La grève de Port Polis.
(In N.-O., qui surgit prescjuc à pic, le pourtour offre un cirque de pentes assez douces, que les cultures ont recouvertes, que les lignes de cyprès et les carrés de vignes ou de céréales découpent en damier. Stavros occupe le sommet du dos d'une qui descend vers Port Frikais d'une part et vers Port Polis de Tautre.
Vers Port Frikais nous avons suivi déjà le < Courant » et ses olivettes.
Voici les vignes et les cultures qui descendent à la grève de Port Polis.
Au bout d'une longue pente de terres rougeàtres et de cailloux, la grève spacieuse dessine son fer à cheval régulier.
Un canot de pécheui's est h] flot. Deux ou trois autres sont à la plage. Deux huttes sont construites ^auprès du puits, où les marins ont une bonne aiguade. Une équipe de matelots débarqués haie à la terre un assez grand calque. La
plage doucement inclinée est faite de graviers sablonneux et de petits galets. Elle se prête bien aux opérations du halage. Sans roches aiguës, sans vases trop molles, elle offrait aux flottes achéennes un refuge de choix.
Où retrouver la place exacte du palais et de la ville? Aucun indice humain ne paraît subsister.
Les cultures ont tout effacé : il faudrait des fouilles; mais où les commencer?
Certains emplacements sont exclus par le texte du poème ou par la nature des lieux. La « ville haute » n'est sûrement pas à la plage. Au Sud et à TEsl, les pentes trop abruptes du Neion ne se pi'étent pas à l'érection d'une ville. Le poêle nous raconte d'ailleurs comment, au bas de la ville, les marins descendent à la plage, mettent le navire à flot et le conduisent, à la rame, vers la pointe du S.-E., sv votuo. Cette pointe S.-E. semble par conséquent être à l'écart, à l'opposé de la ville. Cette pointe S.-E. sous le talus du Neion s'avance
FiG. 138. — - Le halage.
FiG. 159. — La pointe Sud-Est.
dans la mer et forme une sorte de môle naturel, au long duquel les navires ancrés peuvent aisément recevoir passagers et chargement.
Je ne vois que deux sites possibles pour la ville odysséenne, soit les pentes (lu fond de la rade, dans le voisinage de Stavros, soit les pentes du Nord, sous une double butte de 150 et 205 mètres, qui servirait de guette et d'acropole et qui serait en face du Neion la « polis » proprement dite. Ces deux emplacements auraient chacun ses avantages naturels. Au fond de la rade, la ville eût dominé, comme Stavros aujourd'hui, la double descente vers Port Polis et vers Port Frikais : le commerce islhmique y eût trouvé sa commodité. Au flanc de l'acropole, la défense eût été plus facile, et le refuge contre toutes les incursions plus proche. Le texte homérique ne fournit aucun indice pour décider notre choix. Avant d'entrer dans la ville, Ulysse et le porchei* rencontrent une fontaine : Teau tombe d'une pierre. Mais cette fontaine — nous le savons — est artificielle. Sur le pourtour de la rade, il est plus d'une source que, par des tuyaux de bois ou par quelque autre moyen, on pourrait facilement canaliser et amener où l'on voudrait.
Au temps de Gell, quelques ruines apparaissaient encore sur la pente du Nord, au pied de l'acropole. C'est là que Partsch localise la cité homérique et le palais. En attendant que des fouilles véiifient ou condamnent cette hypothèse, je m'y rallie entièrement. Tout ici peut concourir au bonheur d'une « haute ville ».
Abritées des venls du Nord par les collines; tournées vers la brise de mer; doucement inclinées et formant un demi-cercle; à proximité des hauteurs de l'acropole et toutes voisines cependant de la plage; pourvues de quelques
FiG. 140. — La double descente.
sources qu'un peu de travail capterait et augmenterait sûrement : ces pentes verront quelque jour un village les occuper à nouveau, quand le détroit aura repris toute son importance. Qu'une complication turque, albanaise ou grecque surgisse demain : les torpilleurs des nations accourront en ces refuges de Polis ou de Viscardo, et les insulaires d'Oxoï trouveront leur intérêt à descendre vers Port Polis et non plus vers Port Frikais.
Du haut des collines qui dominent Tancienne ville et la rade, la vue embrasse rentrée septentrionale du détroit de Viscardo et la haute mer jusqu'à la Pierre
FiG. 141. — L'Acropole*.
Blanche de Leucade. La mer d'Atoko et des Échinades apparaît aussi par la trouée de Frikais. Une vigie placée là pouvait signaler tous les bateaux qui pénétraient dans le détroit par le Nord et tous ceux qui voguaient dans la mer orientale. Mais vers le Sud, la vue n'est pas aussi dégagée. Si le détroit lui-môme, la côte de Képhalonie et la baie de Samé s'ouvrent et se déploient à droite ou juste en face, la c(Me d'Ithaque, sur la gauche du spectateur, empoche de voir la porte méridionale du détroit. Remontant le canal au long de cette côte, les bateaux échapperaient sans peine au guetteur le plus attentif : à l'entrée môme du port, le dernier promontoire insulaire les couvrirait encore.
La guette et l'acropole de Polis ont donc besoin d'un complément pour sur-