I. Féré, Note sur les hallucinations autoscopiques ou spt i
HA^LLUCINATION ALTRUISTE 87
SOUS le nom d'hallucination altruiste et dont il a rapporté trois cas. « Voici en quoi elle consiste : Des exemples le montrent mieux qu'une longue description. — i** Un épileptique qui, à la suite de ses accès convulsifs, présente souvent un certain degré de parésie du côté droit, présente en même temps un délire dans lequel il dit: a Donnezlui une cigarette, allumez-la, le malheureux n'a pas de main droite, frottez-lui la main, ça le picote dans les doigts. » — 2** Un jeune homme, atteint de fièvre typhoïde, en état de veille et de santé apparente, répète le plus tranquillement du monde ; « Donnez-lui à boire, il a bien soif, il est bien mal couché. » — 3** Une dame, qui vient de succomber à une suppuration prolongée, disait quelques jours avant sa mort, sans avoir présenté d'autre trouble mental : « Je ne peux pas me lever pour uriner ; mais il va se lever à ma place. »
M. Féré dit que cette sorte d'hallucination diffère de l'hallucination autoscopique, mais il n'en donne aucune explication. Je crois, pour ma part, qu'elle est, au contraire, de même nature et rentre dans la dernière forme de l'autoscopie externe. Dans ce dernier cas la vision même d'un jersonnage identique ou dissemblable au sujet l'existé plus. Mais il est senti par lui comme
lires et sur les hallucinations altruistes, C R. Société de Biol., 891, p. 45i.
d'autosgopie I
imme étant lui-mèraeithésique seul qui entre '
îtlcï!li*[iie à lui-même, comme
C'est le sentiment cénesthésique seul qui en jeu ici, et quoique le terme d'autoscopie, sans qy'un phénomène de vision intervienne, paraisse déplacé, je crois qu'on peut le conserver en y accolant l'épithète de cénesthésiqae pour ne pas donner des appellations différentes à des phénomènes que nous verrons tout à l'heure être de même essence, et où l'élément cénesthésique est précisément fondamental, l'élément visuel n'étant que secondaire.
Nous avons rencontré cette forme dans un certain nombre des observations que nous avons rapportées. Le sujet ne voit pas son double, mais il le sent à côté de lui, il le reconnaît comme identique à lui-même physiquement et moralement. Il est à remarquer que dans ce cas c'est le double ([ui paraît être au sujet son vrai moi : c'est lui qui lui commande, qui le découvre, s'il est au lit, qui l'empêche de se remuer ou de dormir s*il ne le fait pas lui-même. C'est ce qui se produit aussi dans l'hallucination altruiste de Féré ; c est ce qu'on rencontre aussi assez souvent chez des hémiplégiques qui s'imaginent sentir leur propre personne à côté d'eux du côté sain. Dans les cas d'autoscopie purement cénesthésique c'est également le moi sain qui est repré* sente par le fantôme ou le double.
Oïl peut rapprocher cette constatation de ce
CLASSIFICATJON DE l'aUTOSCOPIE EXTERNE 3q
qu'on rencontre chez certaines hystériques ayant un dédoublement du moi et qui parlent d'elles à la troisième personne, comme d'un sujet étranger, et où le dédoublement revêt même une telle intensité que les deux moi conversent entre eux, et que l'ancien moi bien portant invective le moi actuel malade, comme je l'ai vu maintes fois.
Nous pouvons résumer dans le tableau suivant les trois formes de l'autoscopie positive :
1° Autoscopie spéculaire (ancienne hallucination spéculaire)^ — Le
fantôme est identique au sujet actuel.
30 Autoscopie dissemblable (ancienne hallucination deutérosco-
pique). — Le fantôme est différent du sujet dans ses attributs
extérieurs, mais identique à lui moralement.
3'* Autoscopie cénesthésique. — Le double est seulement senti mais
non vu, et reconnu identique au sujet.
Cherchons maintenant à nous rendre compte de la nature du phénomène, et pour cela recherchons les conditions de sa production.
Dans le plus grand nombre des cas, c'est seulement par le récit des sujets qu'on le connaît, et ils sont naturellement incapables de nous renseigner sur autre chose que ce qu'ils ont vu ou senti. Cependant certaines remarques peuvent déjà nous mettre sur la voie. C'est d'abord que le phénomène apparaît ordinairement, soit dans des eas de grande distraction et de concentration sur soi-même, soit dans des cas où il existe de l'anesthésie plus ou moins étendue. C'est en effet le
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plus souvent chez des hystériques que cela se rencontre, et les observations de Féié, de Lemaître et les miennes concordent à cet égard. On peut donc penser que les troubles de la sensibiUté et particulièrement de la cénesthésie doivent y jouer un certain rôle.
Cette prévision se confirme quand on voit coïncider, chez le même sujet, le dédoublement de la personnalité tel qu'il s'observe habituellement chez les hystériques, dédoublement ayant pour base les troubles de la sensibilité générale et principalement de la sensibilité viscérale et profonde, de la cénesthésie en un mot.
Mais les rares cas oii on a pu suivre directement révolution des phénomènes viennent doimer à ces suppositions une confirmation remarquable. A cet égard le cas de M. Féré et le mien, où j*ai pu faire la contre-épreuve au moment de la disparition de Tautoscopie, mettent en évidence le rapport qui existe entre elle et les troubles de la sensibilité généi'ale et de la cénesthésie en particulier.
Il ne s'agit pas là d'un phénomène visuel, il ne s'agit pas d'une véritable hallucination, encore moins d'une hallucination visuelle. Il s'agit d'un phénomène cénesthésique et d'une véritable sensation objectivée, soit souslalornie visuelle com binée à la forme cénesthésique, soit sous la form* cénesthésique seule. C'est cette dernière qui es
MÉCANISME DE l'aUTOSCOPIE EXTERNE Hl
véritablement capitale, car elle peut exister seule, tandis que les deux autres ne peuvent se montrer sans elle.
Le sujet ajoute de lui-même les attributs extérieurs à la représentation cénesthésique, à la sensation cénesthésique pour mieux dire, qu'il a de lui-même. Il objective extérieurement son sentiment cénesthésique. Il revêt ensuite cette objectiva tion, soit de ses attributs actuels extérieurs, soit de ses attributs moraux seulement. Dans Tun comme dans l'autre cas, il reconnaît toujours le fantôme comme étant identique à sa propre personne, qu'il lui ressemble de visage et de costume (autoscopie spéculaire), ou seulement de visage et qu'il l'affuble de costumes de fantaisie ayant hanté son imagination d'une manière habituelle, qu'il lui ressemble au moral seulement, ce qu'il ne peut reconnaître par la vue évidemment, ou enfin qu'il ne le voie pas, mais le sente identique à lui physiquement et moralement.
Le rôle de la vision est donc tout à fait secondaire et ne suffirait pas à donner au sujet l'impression que le fantôme qu'il voit près de lui est sa propre personne. Il pourrait à la rigueur hésiter dans le cas de l'autoscopie spéculaire. Mais il se dirait seulement qu'il se trouve en présence de quelqu'un qui lui ressemble comme visage et comme costume ; il n'aurait pas le sentiment immédiat que c'est lui-même qui se dresse devant
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lui. Dans les cas où Tauloscopie est dissemblable, 1-hésilation serait encore plus grande, et quand il n'y a même pas de ressemblance du visage, l'identification du fantôme avec soi-même ne se comprendrait pas du tout. A plus forte raison quand le double n'est pas vu, mais seulement senti à côté de soi. Comment dans ce cas l'identification au moi est-elle immédiate, sinon parce que c'est ce moi lui-même qui se perçoit ?
C'est donc le sentiment cénesthésique qui est fondamental dans l'autoscopie, c'est ce sentiment qui est objectivé, extériorisé, et par là prend l'aspect d'une hallucination. Du fait même que le sujet l'extériorise à lui-même, le place dans l'espace en dehors de lui, il lui donne une forme soit visuelle, soit simplement tactile en quelque sorte, par l'habitude que nous avons de nous représenter les objets dans l'espace sous l'une ou l'autre de ces deux formes, qui le plus souvent même sont combinées, associées et impossibles à distinguer et à disjoindre. Ici la forme sous laquelle le sujet perçoit sa propre personne en dehors de lui, n'est qu'une manière de la concevoir suivant nos habitudes mentales. Elle est surajoutée à la sensation cénesthésique pour la compléter. C'est au moyen d'images fournies par la mémoire ou l'imagin tion que le sujet constitue son personnage, do l la matière fondamentale lui est fournie par i cénesthésie, qui lui donne à la fois le sentiment 3