‹ Les phénomènes d'autoscopieChapitre 9 sur 38 · V. — Dans le troisième cas de cette série, il s'agit · texte numérisé non relu

V. — Dans le troisième cas de cette série, il s'agit

d'un homme de quarante ans, hystérique à forme hypo-

ondriaque, ayant surtout des troubles cènes thésiques

de la sensibilité musculaire, avec sensation de fatigue àsez douloureuse parfois dans les membres inférieurs i accès d'oppression respiratoire. Fréquemment la nuit,

se réveille avec un peu d'angoisse et il lui semble

sentir un autre homme, exactement semblable à luimême, couché sur lui et l'oppressant, ou allongé à côté de lui, et le découvrant sans cesse. Il le sent plutôt qu'il ne le voit. Pour mieux dire, il se le représente identique à lui-même et il lui attribue souvent les douleurs qu'il ressent dans la tête ou dans les jambes. Il se rend d'ailleurs parfaitement compte que cela n'est pas réel et qu'il s'agit d'un trouble nerveux. Ce phénomène ne se produit que la nuit.

^ VI. — Le dernier cas se rapproche beaucoup de

\ . celui-ci. Le sujet, grande hystérique de vingt-cinq ans^

Èi^ Claudine B..., avec manifestations viscérales prédomi-

nantes, sujette à des hallucinations du souvenir, à des ^V ' variations de la personnalité, se voyait la nuit couchée

1''^ à côté d'elle-même. Il lui semblait qu'elle-même était

^V en bois, en pierre et son double se moquait d'elle ,

y. l'injuriait, lui reprochait d'être malade. Or, elle était

^; anesthésique totale, mais d'une façon extrêmement

f; marquée aux viscères, et elle prétendait toujours qu'elle

^ n'avait pas de cœur au propre et au figuré, n'aimait

personne, était comme si elle avait été morte ou en pierre. L'anesthésie morale était en effet très accentuée.

k Dans ces quatre cas, le phénooiçne est avant

^; tout cénesthésique. Le sujet sent près de lui une

I personne identique à lui, et peut s'en tenir là.

^ Il la reconnaît en quelque sorte comme on recon-

|\ naîtrait un objet dans l'obscurité en le touchant.

i\.- Quelquefois cependant, il amplifie cette sensation

cénesthésique par une espèce de visualisation, de même encore que certaines personnes douées d'une imagination visuelle assez vive se repré-

AUTOSCOPIE EXTERNE 23

sentent visuellement les objets qu'on leur décrit ou qu'ils touchent sans les voir. J'insiste sur ces phénomènes simples parce qu'ils nous permettront plus tard de comprendre plus facilement et d'interpréter l'autoscopie interne.

VII. — L'analogie de l'hallucination aiitoscopique avec le dédoublement de la personnalité se manifeste bien dans le cas suivant. C'est une jeune fille de dix-sept ans, hystérique, Dinah M..., avec troubles variables de la sensibilité générale, extases et variations de la personnalité. Aussi loin qu'elle se souvienne, elle a toujours senti deux moi en elle. Ils causent au creux épigastrique. L'un plaide pour, l'autre contre, et elle assiste à leurs débats. De plus, dès l'âge de dix ans, elle a vu en rêve un personnage vêtu de noir avec des yeux splendides qui la fascinaient. Elle se sentait complètement subjuguée par lui, mais n'y attachait aucune idée. Depuis six mois au contraire qu'elle a des crises extatiques ou spasmodiques, elle l'a revu et le sentiment a changé. Sôus diverses influences elle a pris le mariage et l'amour en horreur, parce qu'elle craint surtout de n'être pas heureuse. Quand elle fait des réflexions à ce sujet, le personnage lui apparaît : il est en pleine communauté d'idées avec elle ; il lui dit des paroles d'amour délicieuses et qu'elle n'a jamais entendues ; elle lui répond sur le même mode ; elle voit ses yeux qui la fascinent ; elle en a peur et contentement en même temps ; il l'attire invinciblement; elle le sent l'envelopper tout entière ; elle sent son contact. Il lui parle et elle l'entend par l'oreille. Elle est alors dans un état de rêverie et même de sommeil ; elle sait que cela cesserait si elle se réveillait, mais elle ne peut ouvrir les yeux.

Examinée à ce moment, j'ai constaté qu'elle était anesthésique de partout. Elle sait cependant qu'on lui fait quelque chose si on la touche ou la pique, mais elle ne sait pas quoi. Elle fait des mouvements, elle sait qu'elle les fait et en même temps elle dit être convaincue qu'elle ne les fait pas. Il lui semble que son corps flotte dans l'espace et est très léger, sa tête lui paraît vide ; elle n'a plus la notion du temps et est très heureuse. Elle devient insensible moralement à tout le monde extérieur. Elle m'explique qu'il y a quatre personnes en elle : d'abord les deux voix qui discutent contradictoirement en elle ; la troisième qui assiste à leur débat, c'est elle-même, et enfin le personnage extériorisé, objectivé, qui lui est à la fois étranger et qui est cependant elle-même aussi, car il est moralement identique à elle.

Il y a donc dédoublement sous tous les rapports : dédoublement de la personnalité sensible : elle sent et croit qu'elle ne sent pas ; — dédoublement de la personnalité intellectuelle : deux voix épigastriques contradictoires ; — dédoublement de la personnalité morale : elle-même et le personnage objectivé, extériorisé, qui ne lui ressemble pas physiquement, mais qu'elle sait être elle-même et qui est identique à elle comme sentiment.

L'hallucination, quoique ne représentant pas physiquement le sujet, peut donc être encore dite autoscopique, je crois, puisqu'il y a représentation du sujet au point de vue moral. Ce cas montre bien les rapports de l'hallucination autoscopique avec le dédoublement de la personnalité, et son origine cénesthésique et non visuelle.

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11 est assez remarquable de retrouver dans ce fait, comme dans quelques autres d'ailleurs, le (( jeune homme vêtu de noir » de la Nuit de décembre de Musset que je rappelais plus haut.

VIII. — La huitième observation n'est autre que celle de Guy de Maupassant que j'ai citée précédemment.

IX. — Le neuvième cas est des plus intéressants et caractéristiques, car j'ai pu le suivre pendant plusieurs jours, à tout moment, et j'ai vu se produire sous mes yeux et disparaître le phénomène autoscopique.

11 s'agit d'une jeune femme de vingt-huit ans, morphinomane à hautes doses. Au moment du sevrage de la morphine elle présenta, comme cela arrive assez souvent, des phénomènes d'hystérie dont elle avait eu du reste depuis de longues années des manifestations méconnues. Dans Tcspèce, ces accidents consistèrent en crises de contracture généralisée avec perte de conscience, anesthésie généralisée, sans modification du pouls. Quand la contracture cesse sous l'influence des mouvements passifs elle passe par une phase cataleptique. Quand elle sort de ces crises elle a la tête serrée, avec des picotements au bout des doigts. Elle a alors de l'automatisme très marqué : si on lui dit un mot, une phrase qui la frappent, elle en est obsédée et se les ] îpète presque indéfiniment. Elle est ancsthésiée de tout ] corps.

Le lendemain, dans la nuit, elle paraît s'assoupir, 1 ais en réalité elle est dans un état légèrement cata- ] 3tique, comme on peut s'en assurer quand on mo-

difïG la position de ses membres. Tout à coup elle se plaint et fait le geste de repousser quelqu'un. Elle raconte alors qu'elle a à côté d'elle une personne qui f'8l tout à fait elle, qui est couchée comme elle, et (jif il faut qu'elle se recule pour lui faire de la place. « C'est ennuyeux, dit-elle, d'être double comme cela.» Cette personne est plus petite qu'elle et plus jeune. Elle nu lui voit pas les pieds, cachés du reste par sa robe bleue qui se termine par une sorte de tortillon. Elle ne peut rien faire si cette personne ne le fait pas d'abord, et le niai in elle me raconte qu'elle n'a pas pu dornnir jiarce que l'autre devait dormir la première et ne voulait [KIS.

D^n^ la matinée elle paraît s'absorber un moment, le regard devient fixe, elle ferme les yeux, et se met de nouveau à faire le geste d'écarter quelque chose, en disant: a Je ne veux pas qu'elle revienne; sa robe est liop longue, elle me fait froid; on devrait bien lui dunnor une douche pour la réchauffer. »

En lui soufflant sur les yeux et l'interpellant un peu fortement, elle se secoue, reprend conscience de ce qui se passe autour d'elle, mais garde l'impression de son double qu'elle voit, et sent toujours près d'elle. Elle me dit aussitôt: « Elle est assommante, elle est toujours la ; il fallait qu'elle passe la première pour tout, pour ilorniir, pour remuer. C'est pour cela que je n'ai pas jm dnnuîr. Il fallait que j'attende. Je ne suis pas jolie si elle nie ressemble. » Elle a la tête lourde, elle sent la tête de Tautre tout près d'elle quelquefois, mais elle la voit surtout devant elle, qui tombe sur elle ; elle la ser . liè& légère; c'est surtout sa robe qui lui fait froid. A bout de quelques minutes qu'elle me cause ainsi, le yeox ouverts et paraissant éveillée, j'ai l'idée, constatai qu'elleest toujours insensible, de lui souffler dans les y eiT

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en lui disant énergiquement de se réveiller. Elle sursaute, me regarde et paraît me voir seulement alors : <( Tiens, bonjour, vous étiez là ? » me dit-elle. Elle sent beaucoup moins son double. J'insiste alors, lui ferme les yeux et souffle de nouveau dessus en lui ordonnant de se réveiller. Elle s'étire les membres et le tronc, bâille, et a le regard beaucoup pljis clair. Elle se figure encore que c'est seulement à l'instant même que je viens d'arriver et qu'elle me voit pour la première fois. Elle voit encore son double, mais elle ne voit ni ses bras, ni ses pieds. Or je constate qu'elle commence à recouvrer la sensibilité des bras et des jambes et qu'elle sent maintenant quand on la pince. Mais le tronc et la tête sont encore anesthésiés.

Je refais encore une fois la même expérience en lui mettant la main sur les yeux et lui ordonnant de se réveiller. Mêmes réactions de réveil, après quoi la sensibilité des bras et des jambes est beaucoup plus vive, sauf aux mains et aux pieds où le sens musculaire n'est pas revenu. Elle se rappelle parfaitement ses hallucinations de la nuit.

Dans la journée Thallucination persiste, mais assez effacée. La nuit suivante elle l'a de nouveau avec intensité. Le lendemain matin à la suite d'une crise de contracture je la fais se réveiller, c'est-à-dire recouvrer davantage sa sensibilité. Celle-ci reparaît aux membres et à la plus grande partie du tronc. Il ne reste que la partie supérieure de la poitrine et la tête qui sont insensibles. Or, elle ne voit presque plus son double, qui est à l'état vaporeux et plane loin au-dessus d'elle.

Dans l'après-midi l'anesthésie reparaît aux jambes et aux avant-bras. Elle y a reperdu le sens musculaire et il y a tendance à la catalepsie, car en marchant elle reste le pied en l'air sans s'en rendre compte. Par

contre la sensibilité du tronc s'est étendue et a cnvalii tout le cou. On la change de chambre et à partir de ce moment elle cesse de voir son doul>le. Le soir, la sensibilité est reparue aux jambes et aux avant-bras, et dans la nuit le double ne revient pas.

Le lendemain elle a même de la peîne à s'en souvenir et à se le représenter. La sensibilité est revenue presque partout. Elle a encore une crise de contracture le nialïn^ au sortir de laquelle elle est beaucoup plus éveillée et beaucoup plus sensible de partout. Le surlendemain, la sensibilité est revenue complètement, même à la tête, et depuis lors l'hallucination ne s'est jamais reproduite. La malade m'expliqua alors que la robe bleue qu'elle lui voyait était une robe qu'elle avait portée étant jeune fille, vers Page de quinze ans, et que son double était coifîé aussi comme elle Tétait alors avec deï? barrettes d'or dans les cheveux. Il v avait donc eu dans rhallucination autoscopique régression de sa [personnalité, comme je Tai signalée chez les hystériques qui perdent ou qui recouvrent leur cénesthésie.

Les rapports des troubles cénesUiésiques et de rhallucination autoscopique chez ce sujet sont nettement mis en évidence, car elle n'a dispani que du jour où la sensibilité thoracique est revenue, liée elle-même à la sensibilité viscérale, qui est pour nous la source la plus abondante des impressions cénesthésiques et la base de notre sentiment de personnalité physique. Le retour ou Vnh sence de la sensibilité des membres ne paraissaiei en effet avoir aucune influence. Ce n'est que 1 retour de la sensibilité thoracique qui a fait di^ paraître rhallucination.

AUTOSCOPIE EXTERNE ET INTERNE HQ

J'en eus du reste la contre-épreuve ultérieurement. Sous rinfluence d'une crise d'élimination morphinique, quelque temps après, cette malade eut de nouveau quelques petites crises avec bâillements, sensation de refroidissement intérieur, sensations de constriction et de picotements d'aiguille au cerveau, légère anesthésie et analgésie surtout du tronc et des extrémités des membres. Dans ces moments-là elle peut alors très bien se représenter son hallucination d'autrefois, mais cependant les troubles sont trop faibles pour que le phénomène autoscopique se reproduise.

La malade ne revit d'ailleurs jamais son double sous cette forme correspondant à sa personnalité antérieure. Mais il lui arriva plusieurs fois parla suite, à quelques mois de là, d'avoir l'hallucination spéculaire proprement dite, et de se voir, dans le costume même qu'elle portait ce jour-là, au moment où elle ouvrait la porte de sa chambre, ou tournait brusquement dans un corridor. Elle en conçut même une certaine appréhension pendant quelque temps, l'impression de se voir ainsi soi-même dans une chambre qu'on s'attend à trouver vide étant particulièrement désagréable et quelque peu angoissante.

X. — Voici enfin un dernier cas dans lequel il y a eu à la fois autoscopie externe et interne.

Il s'agit d'une jeune fille de vingt-deux ans, Jeanne S. . . , grande hystérique, que j'ai guérie par mon procédé de réveil cérébral par mécanothérapie et excitations sensivo-sensorielles et viscérales. Je ne rapporterai pour le loment que ce qui a trait à son autoscopie externe, me ^servant de donner en détail son observation d'autosipie interne plus loin. Je ne veux ici que faire remar^

tjuer la coexistence des deux formes d'autoscopie pour lîien mettre en évidence leur identité de nature, et mon- \ ler par là la contradiction singulière de ceux qui admettent Tautoscopie externe et nient Finterne, sans voir que c'est absolument le même phénomène et que la différence entre les deux porte simplement sur les parties du corps aperçues par le sujet.

Chez cette jeune fille les phénomènes d'autoscopie interne s'étaient montrés déjà d'une façon extrêmement nette au cours de son réveil cérébral, et celui-ci était aiTivé presque à la fin lorsqu'elle eut de l'autoscopie rv terne dans les circonstances suivantes.

Un soir qu'elle était assise près d'une table oii il y avait une petite lampe, ne faisant rien, et rêvassant, rlle se vit tout à coup comme dans une glace — c'est elle-même qui me l'expliqua ainsi. — Elle avait mêmes vêtements, mêmes mains et même figure. Mais ce qui Teffraya surtout, c'était de voir ses yeux qui la regardaient effarés. Elle se voyait respirer et vivre à Tunisson avec elle-même. C'est l'hallucination spéculai re parfaite. Elle ne proféra aucune parole. Elle ne sait plus ce qu'elle a ressenti alors. « Je ne sais ce que je i^entais, dit-elle, c'est comme si c'était moi qui avais été en face. » Comme je le faisais remarquer plus haut, c'est encore ici le vrai moi qui paraît être en dehors. Et pensant à ces yeux qui avaient l'air effaré, elle me fit la réflexion que les siens devaient avoir cette même expression dans le même moment, car elle était très clîrayée. Cela dura une heure environ; puis tout devint noir et elle se retrouva dans son fauteuil courbaturée et toute tremblante. .

XI. — A un moindre degré encore j'ai observé en quelque sorte l'ébauche du phénomène sous la forme

AUTOSCOPIE EXTERNE NEGATIVE

suivante, chez une jeune femme névropathe et très inteUigente. Elle eut un jour, au moment d'entrer dans un grenier, l'impression violente que si elle y entrait «lie s'y verrait. Cette impression l'émotionna tellement qu'elle appela à son secours une de ses parentes auprès de laquelle elle se réfugia et que jamais plus elle n'osa rentrer dans ce grenier. Depuis lors elle eut toute une série de phobies, de toutes sortes, qui se dissipèrent au bout de plusieurs années seulement, en la laissant encore très névropathe et impressionnable. Jamais d'ailleurs cette appréhension ne se reproduisit, ni aucune espèce d'hallucination.

AuToscopiE NÉGATIVE. — Enfin il n'est pas jusqu'à la forme négative que ne puisse recouvrer Tautoscopie externe. De même qu'on peut avoir rautoscopie positive, telle que nous venons de la voir à difTérents degrés, consistant à se voir comme dans une glaee, ou à voir un fantôme qu'on sent identique à soi-même, et tellement identique même qu'on le considère comme sa propre personne, tandis que notre corps réel ne représente plus notre vrai moi, on peut, en se regardant dans une glace, ne pas s'y voir.

XII. — Cette hallucination, Guy de Maupassant — c'est là une particularité assez curieuse de la retrouver chez lui après ce que j'ai rapporté plus haut — l'a eue aussi et l'a décrite dans le H or la. La coexistence chez lui de l'hallucination autoscopique spéculaire, de l'hallucination cénesthésique simple et de celle-ci, tend à montrer le rapport entre ces trois variétés d'hallucinations.

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LES PHENOMENES D AUÏOSCOPIE

J'en ai cité un cas à la Société mcflico-psychologique ^ sous le nom de perte de la vision spéculaire, chez, un jeune garçon hystérique de quaUhrze ans qui n*avait d'ailleurs pas présenté d'autres hallncinalions. Un j*»ur qu'il était en train de faire sa toilette et se regardait dans l'armoire à glace pour mettre sa cravate, il ressentit tout à coup comme deux coups de marteau aux tempes et cessa de se voir dans la glace. Il ne voyait pas davantage les meubles s'y réfléchir. Pour lui la glace lui paraissait comme un verre à vitre. Il voynîL tou^ autour de lui, mais comme s'il y avait eu un peu de fumée dans l'atmosphère, et les contours des objets étaient un peu indécis. Au bout d'une demiheure environ, il ressentit de nouveau comme deux coups de marteau aux tempes et l'hallucination négalive cessa, en même temps que la vue redevenait claire.

M. Lemaître ■ en rapporte également un exemple chez un jeune garçon de i3 ans, non hystérique, paraît-il, mais sujet à des extases, à des halluci- Dations nombreuses et variées (la sensibilité n'a pas été examinée).

En face d'un miroir il lui arrive souvent de ne plus se voir, mais en revanche de se trouver devant toutes sortoïi de scènes et de personnages inconnus, jusqu'à ce quL- ou bien tout à coup il revoie son image, ou bien remarque avec étonnement qu'il s'est déplacé.

Ce cas n'est pas tout à fait pur, car il y a substitution d'images hallucinatoires à l'image réfléchie du sujet dans le miroir.

t. Séance du 25 mars 1901, t. XIV, p. 80.

îl. Op. cit., p. 375.

MECANISME DE l'aUTOSCOPIE NEGATIVE 33

Nous pouvons donc établir, dès à présent, une première division dans Tauloscopie externe et distinguer la. forme positive et la forme négative.

Dans la première, le sujet se voit, ou se reconnaît dans le fantôme qu'il perçoit en face ou près de lui. Dans la seconde, il ne se voit pas quand il se regarde dans une glace.

Examinons maintenant comment se produit le phénomène dans les deux cas. Dans lautoscopie négative, le nombre des observations est trop restreint pour qu'on puisse rien dire de précis. C'est un phénomène rare dont je n'ai été témoin qu'une fois. Il semble qu'il se montre d'une façon inopinée, passagère. Les sujets n'en paraissent pas autrement effrayés, mais étonnés.

A quels troubles est-il lié ? Dans mon cas personnel le jeune garçon qui l'avait présenté avait ressenti au moment de son apparition et de sa disparition comme deux coups de marteau le frappant aux tempes. Dans les deux autres on ne signale aucun trouble physique, douloureux ou non, coïncidant avec. L'explication de ce phénomène est donc très obscure. On peut le rapprocher seulement des hallucinations négatives suggérées chez certains hystériques. Mais l'interprétation elle-même de ces hallucinations n'est pas établie.

Tout ce qu'on peut dire c'est que, dans deux cas, sur les trois connus, il y avait coïncidence SoLLiER. — Autoscopie. 3

34 LES PHÉNOMÈNES DAUTOSCOPIK

de Tautoscopsie négative avec les autres formes d auloscopie positive, ce qui permet de supposer €ju*il s'agit de phénomènes de même ordre, de même nature.

Vmttoscopie positive est mieux connue dans ses maniiestalions, et l'interprétation en est plus facile.

Tous les degrés peuvent se présenter depuis la simple impression qu'on va se trouver en présence de soi-même, jusqu'à la vision nette de son image comme si on se voyait dans une glace.

Suivant la forme du phénomène les conditions de son apparition et de sa persistance sont variables. Lorsque le sujet s'aperçoit devant lui comme dans une glace, l'apparition est ordinairement brusque, inopinée, et ne dure que très peu tic (emps. Il est d'ailleurs généralement incapable d^ippnxîier la durée du phénomène qui survient ordinairement dans un moment de distraction, ou de rcllcxion profonde, et qui le surprend assez jtaiir qu'il ne s'occupe que de sa manifestation extérieure. Une excitation quelconque suffit à le faire ilisparaître.

(^hiand le sujet se voit avec des attributs différents de ceux qu'il a actuellement, la durée du phénomène est ordinairement beaucoup plus longue et peut persister des heures, avec des variation & dans l'intensité. Il en est de même quand le double est seulement senti à côté de soi.

CONDITIONS DE l'aUTOSCOPIE EXTERNE 35

Le moment d'apparition du phénomène est presque toujours le soir, à la tombée de la nuit ou pendant la nuit dans des pièces faiblement éclairées par des lampes et des veilleuses. C'est encore au moment du réveil, lorsque les impressions du dehors ne sont pas encore nettement perçues, qu'il y a encore une légère somnolence, un certain engourdissement cérébral. Ces conditions sont à rapprocher de celles que M. Régis signale dans les hallucinations oniriques. C'est aussi dans des cas de rêverie qu'on le voit se produire. De sorte que ce qui paraît fondamental pour son éclosion, c'est l'affaiblissement de la conscience et de la sensibilité générale.

La distance à laquelle se montre ou se sent le fantôme est très variable. C'est tantôt à quelques mètres devant soi, tantôt tout contre soi. Tantôt le fantôme marche au-devant du sujet et s'efface tout à coup, tantôt il tourne autour de lui pour disparaître, tantôt encore il se meut à côté de lui reproduisant tous ses mouvements.

Le plus souvent le personnage autoscopique est muet. Quelquefois cependant nous avons vu qu'il peut y avoir dialogue entre les deux moi. Dans ce cas il y a ordinairement contradiction entre eux. Tantôt l'échange de paroles se fait sous la forme des hallucinations psychiques, tantôt sous la forme psycho-motrice.

Sous quel aspect se montre le fantôme autosco-

pique? Sous trois formes dilTérenles, Dans le premier cas, le sujet se voit devant lui comme s'il s'apercevait dans une glace. Il a le même visage et le même costume que celui qu'il porte actuellement. C'est l'autoscopie spéculai re proprement dite, l'ancienne hallucination spéculaire. Il y a identité physique, matérielle et morale entre le sujet et le fantôme. Dans le second cas, l'identité morale existe seule ; la ressemblance physique du visage peut être conservée, mais non toujours ; et quant à la ressemblance des attributs, du costume, elle n'existe pas. Tantôt c'est un personnage vêtu de noir a qui ressemble comme un frère » au sujet ; tantôt le costume du personnage est celui de quelque héros de roman qui a frappé autrefois l'imagination du sujet ; tantôt c'est un costume qu'il a réellement porté autrefois. Dans ce dernier cas le sujet se revoit moralement et physiquement, tel qu'il était à cette époque.

Mais le sujet peut voir un personnage qui ne lui ressemble ni comme physique, ni comme sexe, ni comme costume, mais qui lui est moralement identique et qu'il reconnaît pour être lui-même. Cette forme qu'on pourrait qualifier d'aulo^copie dissemblable correspond à ce qu'on désignait sous le nom d'hallucination deutéroscopique.

On peut en rapprocher ce que M. Féré a décr *

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