OBSERVATION VII
terminé la première fois, d'où la sensation de ce dédoublement moral dont elle n'avait pas osé me parler avant son départ et qu'elle ne m'avoua qu'à son retour. Il n'y avait donc qu'à activer ce réveil du cerveau dans ses parties les plus profondes. Elle consent cette fois à se laisser endormir. Mais je ne la plonge que dans un état d'hypnose très légère, suffisant cependant pour que, lorsque je lui ordonne de se réveiller complètement en l'empêchant d'ouvrir les yeux, elle se mette aussitôt à me présenter toutes les réactions motrices et sensitives habituelles dans le réveil de la sensibilité.
Elle secoue sa tête pendant des heures, s'étire, bâille, etc. A la suite de quelques séances, elle sent sa tête plus libre, plus sensible de partout. En même temps, les deux voix — l'instinct et la raison — disparaissent. Quand elle veut réfléchir, elle m'explique « qu'elle ferme les yeux, descend en elle-même, et qu'elle est surprise de la façon dont elle se rend compte de ses actes et de ses idées ». Elle ne sent plus de dédoublement; « elle descend directement au fond d'elle-même comme elle ne l'a jamais fait ». Mais en même temps « elle aperçoit de grands changements dans sa manière de voir les choses. Il lui semble qu'avant elle les a toujours jugées superficiellement. Aujourd'hui, au contraire, elle se sent une grande pénétration. Des choses, qui autrefois auraient à peine attiré son attention, provoquent chez elle des réflexions ; elle en cherche le pourquoi et les voit sous leurs divers aspects. Elle ne désire pas voir grand monde; elle préfère se saisir elle-même tout entière : « car c'est une sensation toute nouvelle pour elle que de se connaître ainsi au fond ».
Par le fait de la restauration de l'activité céré-
92 LES PHÉNOMÈNES dVuTOSCOPIB
brale, du réveil cérébral plus complet, plus profond, elle reprend donc de plus en plus conscience d'elle-même. Leshallucinalions, qui n'étaient que la manifestation de son dédoublement, disparaissent en même temps. Maintenant tout s'unifie : la continuité de sa personne morale s'établit. Elle peut raccorder ensemble le conscient, qui était le plus faible, avec rinconscient, qu'elle sentait en elle le plus fort ; elle peut partir de la sensation consciente actuelle pour descendre au fond d'elle-même ; elle parcourt ainsi une échelle beaucoup plus étendue de son moi . Elle se sent parallèlement modifiée dans ses jugements ; son caractère est plus pénétrant ; elle est plus pondérée, plus maîtresse d'elle-même, parce que les motifs lut apparaissent mieux e[ en plus grand nombre pour les idées et pour les actes.
Elle se croyait libre d'elle autrefois ; elle est étonnée de voir son inconscient marcher seul avec plus de précision et de justesse que sa raison. Aujourd'hui, où tout redevient conscient, elle commence à se croire de nouveau maîtresse d'elle-même et ne plus être une machine comme elle était. Toutefois cette impression que tout marche en elle suivant un mécanisme déterminé lui apparaît nettenuiiK et elle qui est très tel gieuse, très spirituidiste, ne peut s'empêcher d remarquer : « Mais alors nous ne sommes dor que des machines ! »
AUTOSCOPIE DU CERVEAU g 3
Je ne m'étais donc pas trompé en pensant qu'il ne s'agissait pas d'une rechute chez celle jeune femme, mais de la continuation du travail cérébral de réveil complet.
C'est à la suite d'une longue séance, à la fin de laquelle elle s'était réveillée spontanément, qu elle présenta pour la première fois des phénomènes d'autoscopie interne.
Elle n'osa pas me les confier d'abord, dans la crainte de me paraître ridicule çt les racoiila d'abord à mon interne. j
Voici en quoi ils consistèrent. Il lui semble que
dans certaines parties du cerveau — précisément cullcs l
où elle avait avant la séance de réveil de ranestliésio î
plus ou moins marquée — elle sent et voit des ptstUs j
cônes de formes diverses, plus ou moins gros, mais en !
réalité très petits et tout hérissés de filaments entre- 1
mêlés. Ces filaments ont une couleur blanc verdâlre ï
ou lie de vin. Ils sont durs, raides, et entourés d^in j
lacis comme de petites veines très abondantes et très |
enunêlées. « Qu'est-ce que c'est? lui demandai^ e, » |
— (( Je ne sais, pas ; c'est une sensation, je croîi^. >» |
Elle voit cela quand elle ferme les yeux et secoue sa \
tête pour la réveiller. Tous ces cônes sont rigides g et i
quand elle secoue la tête pendant les séances de réveil
(c ils remuent, remuent, puis ils se ramollissent, ilâ j
deviennent comme de la gélatine », ils se fondent et |
nfin disparaissent; et elle ne voit plus rien. Alors elle
,e trouve bien et sent sa tête libre et dégagée. Au- ;i
lessous de ces cônes se trouve une masse, « c'est ce J
pe j'appelle mon cerveau, dit-elle, c'est inerte ». Pour j
^' lui faire préciser je lui dessine la figure suivante en
5«, demandant si c'est bien cela.
lui I