V^TV
Fio. I.
Alors elle me prend le crayon et mç fait le dessin suivant :
A, jf
FiG. 2.
Je crois qu'il est difficile de ne pas reconnaître là la structure du cerveau avec son écorce, ses cellules, et sa substance blanche. Il est à remarquer que cette dame, tout en ayant de l'instruction, ne s'est jamais occupée de questions de physiologie ou de médecine. Elle ne connaît du cerveau (( que les cervelles qu'elle mange ». Je cherche à lui faire dire indirectement si elle a vu des coupes du cerveau, des descriptions des cellules cérébrales. Mais elle n'en a jamais vu, et d'aiUeurs en me parlant de ses petits cônes elle n'a pas cherché à les comparer avec les cellules cérébrales. Bien plus, ce qu'elle me décritcomm" étant son cerveau, cette masse inerte au-dessou des cônes, c'est seulement la substance blanche J'ajouterai qu'elle n'osait me parler de ces ph(
AUTOSCOPIE DE l'eSTOMAC qB
nomènes, et que leur apparition coïncide avec la fin du réveil cérébral, comme c'est la règle dans les autres observations.
Dans une séance ultérieure de réveil général elle éprouve de nouveau de la gêne de la poitrine, des points douloureux à l'estomac, des fausses régurgitations, des spasmes de l'estomac, etc., bref, tous les signes habituels du réveil du centre gastrique cortical, lequel était un des plus anciennement atteints, car ses troubles digestifs et son anorexie remontent à plusieurs années, quoique n'ayant jamais atteint une grande intensité.
Or, le lendemain, après avoir très bien dormi pendant la nuit, elle est obsédée, dès le réveil, par l'idée de dessiner ce qu'elle voit en elle en fermant les
Fio. 3.
yeux et concentrant sa pensée sur elle-même. Elle fait une douzaine de dessins en fermant les yeux et ne les
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ouvrant qu'Hun moment pour Iracer ce qu'elle voit et sent. Elle fait d'abord des roiid'^ parce qu'elle « voit et sent une boule au milieu d'elle », et elle arrive enfin à ce dessin qui représente un estomac.
Mais elle ne dit pas que c'est son eâtomac. Elle dit : <( Je vois ce que j'ai au centre de moi ; ça a de?> petites boules dedans, comme des petits boutons ; c'est mou, je ne sais pas ce que cVst (ce sont les^ petil^ points de son dessin). Je ne sais pas si j'ai bien placé ce tuyau (le commencemenl de son intestin) ; il peut être un peu plus haut, dit-elle, ^' — Elle me montre le cardia : « C'est là que ça se contracte quand j'ai des renvois; je ne vois ni le commencement ni la fin de ça (elle m'indique l'œsophag-e) ; ça ballotte dans moi. »
Je lui demande si elle a vu de quelle couleur c'était : c< J'ai essayé, dit-elle, de nie représenter de quelle couleur c'est ; il me semble que cei<l de la couleur du dessous de la langue avec des veines comme ça, js
Cette réponse est une preuve de sa sincérité, si j'avais pu en douter. Elle ne me dissimule pas en effet qu'elle a essayé de se représenter la couleur, et elle n'est pas aflBrmative, il lui semble seulement que c'était de telle sorte-
Il est à remarquer qu'elle est intelligente et assez instruite pour avoir >ti des figures d'estomac» et qu'elle sait dessiner assez bien.
Or, elle n'a pas dessiné du premier coup n^ estomac ; elle a été obsédée par le besoin de dei siner ce qu'elle voyait ce au centre d'elle-même >
Et même une fois qu'elle Ta dessiné elle ne
CÉNESTHÉSIE ET VISION 97
prononce pas le mot d'estomac, ni d'intestin, mais se sert des mots (( ça » et (( tuyau », comme les autres sujets. En outre elle ne Ta pas dessiné comme on le voit ordinairement dans les livres, mais tel qu'il est réellement situé, tel qu'elle le sent et le voit. Cela l'a soulagée de le dessiner.
A la suite de cette séance, elle a vu aussi de nouveau son cerveau, mais dans un seul point, sur le dessus, au vertex. Or, dans cette région, on observe une zone d'hyperesthésie douloureuse, comme cela arrive toujours quand la sensibilité revient, et avant qu'elle ne soit tout à fait normale. Elle me dit à ce propos : « Je vois cela comme dans un liquide ; on n'a pourtant pas d'eau dans la tête, et je ne vois cela que où je soufiFre. »
Je l'interroge sur la façon dont elle peut voir en elle, et voici notre dialogue textuel à propos de sa vision de l'estomac : — « Comment donc voyez-vous cela ? » — « Mais, en moi. » — « Oui, mais comment, comme avec vos yeux? » — « Oui, je vois et je sens aussi. » — (Elle s'arrête, ferme les yeux, fait le geste de palper un objet entre ses mains.) Quand je prends un objet dans les mains les yeux fermés, en même temps que je le sens, je le vois ; eh ! bien, c'est la même chose. »
Je ferai remarquer que c'est là l'interprétation que j'avais donnée du phénomène dans mon article de la Revue philosophique, composé avant d'avoir observé cette malade.
A la suite d'une autre séance de réveil, elle me raconte qu'elle a vu la forme de son estomac et que la SoLLiEB. — Autoscopie. 7
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peau intérieure n'est pas comme la peau, mais lisse et luisante. — « Et la couleur, comment l'avez-vous vue? lui dis-je. » — « Mais, comme je voyais l'estomac. » — « Mais vous me disiez que vous vous le représentiez, que vous le voyiez comme on voit un objet qu'on palpe les y4>ux fermés, que vous le sentiez plutôt ; alors ^ comment voyez-vous la couleur? l'avez-vous vue spontanément comme la forme ?» — a Ah ! non, c'est à force ^■- ^'y P^^^^^ q^^ j'sti essayé de voir la couleur, et je
hf n'ai trouvé comme ressemblance que le dessous de la
langue. »
C'est donc par une sorte d'amplification de son [. imagination, par un besoin de compléter sa re-
présentation visuelle, qu'elle donne une coloration à cette représentation visuelle, comme elle traduit sa sensation cénesthésique sous une forme visuelle aussi.
Quelque temps après elle m'en donna une nouvelle preuve à propos de son cœur. Comme elle en souffrait, je le lui avais fait ressentir. Le lendemain de la séance elle me dit : (( Il m'est arrivé quelque chose qui m'a fait bien peur hier soir. Je ne sais comment vous expliquer cela, il me semblait sentir mon cœur hors de la poitrine, comme si je l'avais tenu dans mes mains (et "elle en faisait le geste en même temps), c'était comme une masse rouge, sanglante ; je sais bien que çi n'était pas, mais j'en avais la sensation ; c'étail très désagréable et ça m'a bien duré une heure, avant de m'endormir ». Quoique moins précis