IX. — Voici maintenant le cas du D'' Vial, qui, ; M
pour être moins détaillé, n'en est pas moins très -'j^M
caractéristique aussi, et dans lequel on relève des ,'t^
expressions et des phénomènes qui corroborent v^
absolument tout ce que nous avons vu jusqu'ici. "^S
Cette concordance serait vraiment bien singulière ' -^^
s'il s'agissait seulement, comme certains le pré- :|
tendent, de phénomènes d'imagination, ou de //%
mémoire, sinon même, comme d'autres l'ont même |
avancé, de supercherie et de comédie. %
M"® P..., 32 ans. Antécédents héréditaires chargés au point de vue nerveux. • 5
' Hystérie congénitale. Convulsions à l'âge de i an. Enfance assez bonne. A 16 ans, à la suite d'une grande frayeur, chloro-anémie classique que Vial n'hésite pas, avec raison, à rattacher à des troubles v^so-moteurs hystériques. Elle se marie à 22 ans. Sa situation de fortune change ; elle tombe dans la misère. Surviennent alors de grandes crises syncopales (hystérie cardiaque). Le mari devient employé dans un théâtre ; cette profession fait surgir chez la malade des idées de jalousie. Ces derniers temps (i 900-1 901), elle est soignée par plusieurs médecins pour un ramollissement tuberculeux du sommet gauche.
Le D*" Vial fit à sa malade de la resensibilisation progressive sous hypnose. Arrivée au cœur, elle lui dit textuellement ceci : « Je vois là (région cardiaque) deux poches à gauche et deux à droite. Ça ne communique pas de droite à gauche. Du liquide noir monte d'ici (région hépatique), va dans les poches de droite, puis vient dans la poitrine et descend dans les poches
I08 LES PHÉNOMÈ>ES d'aUTOSCOPIE
de gauche. — Tiens! ajoutait-elle, le liquide esl devenu rouge... »
Pendant qu'elle réveillait son poumon gauche : « Je sens, dit-elle, des cordes qui tiennent mon poumon à la voûte, je les vois, ces cordes qui m'empêchent de bien respirer ; à droite je ne les vois pas. »
« Plusieurs fois la malade accusa les mêmes sensations, et toujours lorsque j'arrivais au même point précis de resensibilisation. En anesthésie ou en réveil, ma malade m'a toujours aflBrmé ne rien savoir de Tétat de son cœur ou de son poumon. »
« Je dois ajouter que chez elle, tout comme chez beaucoup d'autres, j'ai observé maintes fois la sensation du trajet douloureux des nerfs, — du pneumo-gastrique surtout. Il semblait, et toutes mes malades sont unanimes là-dessus, qu'elles avaient une ligne de feu partant de tel endroit pour aller à tel autre, me décrivant ainsi le trajet nerveux, et la ligne de feu cessait lorsque la sensibilité de l'organe était revenue. »
« Je signalerai, ajoute Vial, à jpropos du travail de resensibilisation de M™^ P..., que je n'ai jamais vu de réactions motrices semblables comme intensité et amplitude. De plus, dans son travail je l'ai amenée à l'âge de un an ; elle tétait, puis elle a eu sa convulsion à l'aller comme au retour, je veux dire à la régression comme à la progression de sa personnaUté. »
X. — Dans le cas du D' Bain, il s'agit d'une fille de 2 2 ans, infirmière, atteinte de grande hystérie à attaques, dont le début remonte probabh ment à la première enfance et qui, au moment o elle fut observée et traitée par lui, présentait 1< phénomènes suivants . Je laisse la parole au D'Baii
' OBSERVATION X ICQ
; Elle est hémi-anesthésique de tout le côté gauche ;
hypo-esthésie très marquée à droite. Points douloureux très nombreux disséminés un peu partout. Rétrécissement du champ visuel marqué surtout à gauche. Perte complète de l'odorat, du goût et inseilsibilité de la muqueuse buccale et pharyngienne. Engourdissement étendu à presque tous les viscères. Ralentissement marqué de toutes les fonctions physiologiques. Anorexie. Constipation. Règles extrêmement douloureuses. Perte complète du sommeil naturel. En revanche, depuis des séances de suggestion elle a pris l'habitude de l'hypnose qui survient chez elle spontanément.
A la suite d'une violente émotion elle ne peut plus faire son travail.
Le 6 août 1902 nous commençons la restauration fi
de sa sensibilité sous hypnose en commençant par le J
plus urgent, l'estomac. L'anorexie était en eflFet absolue. , f
Elle éprouve de la difficulté à réveiller cet organe Ji
parce que, dit-elle, il y a des saletés dedans: il y a ît
une espèce de liquide qui a la couleur de Thuile et ^
puis les parois sont couvertes de quelque chose de sale. ^V
^ Je lui ordonne de chasser tout ce contenu par en bas, '. 1
dans son intestin. « Cela ne passe pas, dit-elle, c'est '|
comme bouché. » En même temps, elle rend une gor- :
gée de mucosités mêlées de bile. r^
Son estomac une fois vide, les parois lui en appa- i
j raissent comme brûlées. J
Autour de son estomac elle voit « quelque chose de ^
|,, gros qui a des branches et qui s'en va je ne sais où 'J.
l vers la poitrine ». Immédiatement après cette première "^
\ éance elle mange, ce qu'elle n'avait pas fait depuis <^
rois jours. ^?
Le lendemain nous entreprenons la resensibilisation k5
■ du membre inférieur en commençant par le pied gauche ^^
IIO
auquel j'imprime quelques mouvements forcés. «Ça la la tire et ça lui brûle dans la tête » , et elle montre avec le doigt le niveau de la région rolandique supérieure droite. « Réveillez-le plus, lui dis-je. — Les os me font mal, dit-elle. — Combien y en a-t-il ? — Oh ! beaucoup... — Mais encore?... » Elle compte sur ses doigts : «J'en vois neuf; j'en vois bien d'autres pourtant, mais je ne les distingue pas. — Regardez-les et dites-moi combien il y en a. » Elle recommence à remuer le pied, ce qui est sa façon de regarder, puis elle me dit, après avoir compté de nouveau : « Je vois bien seize os': mais il y en a encore d'autres : j'ai beau faire, je ne distingue pas les autres. »
Le jour suivant, je lui fais recommencer ce qu'elle a fait la veille, ce qui est vite fait, puis nous abordons le pied droit. Mêmes réactions que pour le pied gauche; mais, avec la meilleure volonté du monde, elle ne distingue ici que i4 os.
En refaisant encore son estomac, elle nous montre avec son doigt, sur sa peau, le niveau de son cardia^ celui de son pylore et elle me dessine avec son index les contours de son organe avec une dépression, un angle rentrant au niveau de la grande courbure. La vérification de cette disposition anatomique serait intéressante si elle était possible.
Plus tard elle me parla encore de tubes partant de son rein pour venir à la vessie : elle appela du reste ces derniers organes par leur nom et ne me donna sur eux aucun détail.
En faisant son oreille gauche elle me décrivit « une petite peau qui se tendait comme prête à éclater quand elle poussait ; derrière cette peau il y avait une espèce d'endroit avec des petits os dedans et ça communiquait avec la bouche ».