OBSERVATION VIII ICI
rotulieos sont très exagérés ; la menstruation est irrégal ière.
Yoici les détails qu'elles nous a donnés sur son eûfance, au moment de la sortie, alors qu'on pouvait la considérer comme guérie.
Dans ses antécédents, il y a une double hérédité névropathique et tuberculeuse. Grand'mère suicidée, mère morte tuberculeuse, père hystérique mort tuberculeux. Trois sœurs hystériques.
Dès TAge de six ans, elle rêve beaucoup, elle a des crises somnambuliques qui l'obligent à quitter la pension. Elle revient chez elle et, là, elle présente des colères si brusques, des bizarreries telles, que le médecin n'hésite pas à ranger ces manifestations dans le cadre de l'hystérie.
A neuf ans, sur une observation de sa mère, elle veut se suicider en se jetant par la fenêtre ; elle est envoyée à la campagne, chez sa grand'mère, elle assiste au suicide de cette dernière : la première crise apparaît à cette occasion.
Elle retourne chez sa mère, elle a dix ans; sa mère meurt; le jour de la mort, la malade ne peut pleurer, mais elle se sent très mal à l'aise ; lorsqu'on met sa mère dans le cercueil, elle comprend qu'elle ne la re verra plus, elle tombe brusquement à la renverse et ne revient à elle que le troisième ou quatrième jour.
A partir de ce moment ses souvenirs sont un peu confus j elle sait seulement qu'elle ne veut plus écouter personne, pas même son père qui songe à la placer dans une maison de correction ; le médecin s'y oppose.
Réglée à onze ans; à l'âge de quatorze ans, elle devient ta maîtresse d'un pharmacien, jusqu'à quatorze ans et demi. Ce dernier la quitte parce qu'elle est trop nerveuse, il craint de le devenir à son contact. Ce
lOa LES PHENOMENES D AUTOSCOPIE
pharmacien Ta habituée à la morphine, ils se piquaient mutuellement ; après leur séparation la malade conserve l'habitude de la morphine ; elle en prend à une certaine époque i '^'', 5o par jour ; c'est pour faire traiter sa morphinomanie, qu'elle s'est présentée à l'infirmerie du Dépôt. Le 20 juillet elle est remise de sa démorphinisation et nous commençons à traiter ses accidents hystériques par la méthode de Sollier.
|> Nous faisons exécuter au pied droit des mouvements
passifs d'extension et de flexion ; pendant les manœuvres la malade s'endort spontanément, et continue seule les mouvements que nous lui faisons exécuter. Toute la série des réactions décrites par Sollier et les auteurs qui ont employé sa méthode, se déroulent ; nous ne nous attarderons pas à les relater. Nous lui faisons récupérer ainsi ses membres inférieurs par segment. Le 26 juillet 1901 nous commençons l'abdomen; par la pression au niveau d'un point situé dans la fosse iliaque droite, nous provoquons l'hypnose ; nous engageons la malade à réveiller tout son abdomen ; la malade présente les réactions caractéristiques, ce sont des mouvements de va-et-vient du ventre qu'on observe dans la crise complète, mais qui sont là Umités à l'abdomen, comme dans une crise partielle. Comme nous l'engageons à sentir plus, à réveiller tout à fait son abdomen, tout à coup la malade, qui jusque-là poussait quelques gémissements, s'écrie : (c Gomme c'est drôle le ventre... une pointe en os... puis Futérus qui correspond aux ovaires..., l'utérus est fendu, il est im peu ovale, rose rouge... il y a un boyau derrière l'utérus, un gros boyau, c'est sale, c'est sale, c'est pour les matières, il aboutit à Tanus, c'est dégoûtantj ça fait mal au cœur de voir ça... » puis la malade s€ tait. Nous nous assurons de la sensibilité, nous trouvons
AUTOSCOPIE DE L INTESTIN
une anesthésie complète et généralisée à tout le corps, les plus fortes piqûres n'entraînent aucune réaction ^ alors que le bas-ventre est le siège d'une sensibilité exquise. « Réveillez plus encore. » Au bout d'un instant, la malade repart : « Oh ! ce tas de boyaux, ce
qu'il y en a à droite, ils ont l'air mieux portants, plus -M,
clairs, la peau n'est pas terne, ils n'ont pas la même :1
couleur, il y a de petits vaisseaux rouges avec du sang ; * -^
de petits vaisseaux blancs, ils se tiennent tous ensemble, >|
, et ils ne sont pas de la même couleur. . . il y a une M
petite peau fine imperceptible qui couvre tout ça... il '/%
y a de l'eau qui se promène parmi tous ces boyaux, :J
il y en a qui ont une drôle de forme, ça forme des ^
petits ronds... pourquoi le côté gauche ne ressemble -1
pas au côté droit, ils sont plus ternes... le côté gauche -i
me fait plus mal, il n'est pas fait comme le droit, 'J
c'est terne... C'est quand on respire que ça forme des '^^
gros vers... en remontant vers l'estomac le boyau |
s'amincit... » — puis la malade se tait, elle continue V^
ses mouvements accompagnés de gémissements, encore A
pendant quelque temps; — nous lui disons de se !^^
reposer, elle reste dans l'hypnose, gardant une sensi- 3
bilité très marquée de toute sa paroi abdominale et J
une anesthésie profonde partout ailleurs ; un peu plus J
tard nous lui disons de réveiller toute sa poitrine, ' ^i
nous appuyons sur son point mammaire gauche : la :|
malade s'étire, se met dans la position favorable pour %
dilater sa poitrine; elle fait de grandes inspirations, se /%
plaint de souffrir, puis, au bout d'un instant, elle dit : |
<c Je vois mes poumons... on dirait que j'ai des bêtes -^
qui me rongent du côté gauche, à droite non... mais '^
à gauche il n'est pas entier..., et puis, c'est creux J:
tout ça... c'est vide, ça fait mal... c'est drôlement ^l fait, on dirait de l'éponge. »
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Quand nous passons au cœur la malade se plaint de souffrir atrocement dans la région précordiale, son pouh devient rapide et bat à 128. «Sentez plus! » Tout à coup, s'arrètant dans un gémissement, elle dit : <( ,., La pointe de mon cœur est malade, c'est pas gros c« ironie un cœur de mouton. . . il y a une grosse veine. . . mais p^iurquoi le sang ne sort pas par la pointe, il passe tout par en haut (d'un geste elle esquisse la crosse de l'aorte)... C'est pas des veines qu'il y a dedans, on dirait de la petite peau blanche, c'est fin, fin, on pourrait en prendre pour coudre ; . . . ces fils ne tiennent pas à la chair..., il y en a du sangla dedans,^ c>sl d'un beau rouge foncé... Oh! comme ça tient apro^ des fils, on dirait qu'il va se balancer, il fait pan pan, mais ce n'est pas le cœur, c'est le sang qui afflue. . , Ah ! il ne fonctionne pas bien, c'est pour cela qii il me fait mal... il y a une peau qui recouvre le conir... et puis ce qu'il y en a de petites veines autour... »
Pendant qu'elle parle, nous nous assurons que la setisibililé est extrêmement fine dans la région précordiale et le thorax, conservée sur l'abdomen, totalement abolie ^ur le reste du corps. Mais ce que nous ne pouvooïà rendre en transcrivant fidèlement les propos de la malade dans l'hypnose, c'est sa mimique exprimant loin h tour l'étonnement, le dégoût, la curiosité, et l'expression lente de sa parole comme si elle cherchait le;^ mots pour exprimer ce qu'elle voit.
Nous l'engageons à se réveiller tout à fait, elle acrompUt les mouvements encore pendant quelque lempSj puis nous dit qu'elle sent bien tout son ventre et >^ poitrine, elle s'étire, esquisse une crise et se réveille en se frottant les yeux ; nous la laissons; un peu plii^ tard, nous constatons qu'elle n'en a pas la moin-
OBSERVATION VIII. Io5
dre idée ; du reste son instruction est très rudimentaire.
Nous avons continué, les jours suivants, les séances de réveil partiel, et cela pendant plusieurs mois ; la malade reperdait très rapidement la sensibilité retrouvée, de, sorte qu'il fallait refaire fréquemment ce qui avait été déjà fait. Jamais plus, elle ne nous a, au cours des séances de réveil consécutives, fait de l'autoreprésentation, même quand nous avons travaillé de nouveau à la sensibilité thoracique et abdominale. En septembre, alors qu'elle travaille sa poitrine, elle est prise d'une quinte de toux persistante ; nous appuyons à- l'extrémité et un peu au-dessus de la pointe du sourcil gauche dans la région temporale, la quinte de toux augmente, la malade s'écrie : « Vous m'étouffez, vous m'appuyez sur la poitrine, laissez-moi respirer, vous me faites mal... » Quand la quinte cesse, la simple pression à ce point rappelle la toux ; ce fait vient corroborer ce qu'a écrit Sollier sur les localisations cérébrales.
Quand nous en eûmes fini avec le tronc, les viscères et les membres, nous procédâmes au réveil de la tête : nous avons assisté à une régression de la personnalité, non pas en une seule séance, mais en plusieurs, à dixsept ans en arrière : la malade se retrouvait à l'âge de douze ans, elle revivait toutes les périodes de sa vie mouvementée avec un dédoublement complet de sa personnalité : cela nous entraînerait trop loin de donner, même en raccourci, l'histoire de la malade, histoire k laquelle nous assistions comme si nous avions tenu 3 récepteur d'un téléphone et écouté la conversation 'un seul interlocuteur: c'était les scènes de la vie 'une pauvre ouvrière qui se prostitue pour vivre, et [ui, malade, s'adonne à la morphine ; compromise dans
des vols, elle passe en jugement deux fois, purge à Saint-Lazare, puis à Nanterre, une condamnation à un an de prison; scènes de famille, scènes d'atelier, scènes avec des amants de passage, heures de prospérité passagères, heures de misère consécutives, la vie à SainJt-Lazare et à Nanterre. En janvier 1902 la malade quittait Tasile sur sa demande, très améliorée sinon guérie : elle avait beaucoup engraissé, dormait spontanément la nuit, était active et travaillait. Elle rédigea à notre demande une note, oii elle retraçait tous les incidents de sa vie ; cette note contrôlait tous les renseignements qu'elle nous avait fournis dans l'hypnose en retrouvant sa sensibilité cérébrale.
Le D*" Bain ajoute judicieusement les réflexions suivantes dans sa thèse a propos de ce cas. « Si nous avons reproduit le carricalam vitœ de cette malheureuse, ce n'est point sans raison. Nous en retirons en eflet la conviction qu'elle ne pouvait avoir appris précédemment les détails anatomiques qu'on trouve dans sa description. A part les quelques mots scientifiques (ovaire, utérus) que peut lui avoir laissés la fréquentation de son pharmacien, à l'âge de i4 ans, son instruction nous apparaît comme des plus rudimentaires : ce n'est point du reste en général au contact d'un pharmacien que l'on acquiert des notions anatomiques bien précises. Nous en tirerons plus tard des cor clusions contre l'hypothèse d'un phénomène nrn morial. »