OBSERVATION XII
bien l'épingle avait été rendue à Tinsu de la malade et avait passé inaperçue ; ses selles avaient été surveillées, examinées, pendant plus d'un mois ; puis la malade ne se plaignant pas, on avait cessé la surveillance et il n'avait plus été question de l'épingle, si peu question que, lorsque l'on m'avait amené la malade quatre mois plus tard pour les accidents hystériques qu'elle
présentait, on ne m'avait même pas parlé, ni elle, ni j|
les siens, de l'incident de l'épingle. ^M Il s'agissait cette fois encore d'une grande hystérique * '^
vigilambule chez laquelle je n'hésitai pas à employer :|
la méthode de traitement qui m'avait donné de si bons -J
résultats. Cette malade présentait en particulier la -'^^
manie d'avaler dans l'hypnose tous les menus objets .|
qui lui tombaient sous la main. Un jour (octobre 1902) ;;;|
où je lui disais, au cours d'une séance, de réveiller la ^.{^
sensibilité de son intestin, de le sentir, elle s'arrêta -^^
tout à coup, en disant qu'elle ne pouvait plus continuer - ;|
« parce que ça la piquait ». Je pensais qu elle tradui- ;^
sait ainsi une des manifestations douloureuses causées '^
par le réveil de la sensibilité et j'insistai. Elle fit encore |
quelques mouvements et s'arrêta de nouveau en disant |
que « ça lui faisait réellement trop mal, que ça la M
piquait trop. — Quoi donc? — Je ne vois pas bien, \t
mais c'est pointu, ça doit être une petite épingle que J
j'ai avalée il y a deux mois. — Sentez plus et faites 5;
attention ». Elle fait alors des mouvements moins ^i
étendus et moins rapides, localisés surtout d'un côté ■ j
et me dit après quelques minutes : « Mais je vois très .^;
bien, ce n'est pas la petite épingle que j'ai avalée il y a .|
deux mois, c'est celle que j'ai avalée il y a six mois, '^
je la reconnais, mais je croyais bien l'avoir rendue ;|
depuis longtemps. — Comment la reconnaissez-vous? '|^
Vous la voyez donc ? — Oh ! mais oui, elle était fP.
beaucoup plus grosse que l'autre et je la reconnais bien ; elle est longue et a près de 3 centimètres, mais elle est piquée dans mon intestin de telle façon qu'elle ne pourra plus partir, et je vois maintenant qu'en faisant des mouvements tout à l'heure, je l'ai enfoncée davantage. Je souffre beaucoup. »
J'interrompis la scène; ceci se passait un jeudi. Au réveil la malade se plaignait de souffrir beaucoup dans le ventre, d'un côté, et de ressentir une sensation de piqûre très douloureuse ; elle me demanda ce qu 'elle avait ou ce que je lui avais fait, et ne parla nullement de son épingle. Je la questionnai alors, lui demandant entre autres choses pourquoi on ne m'avait jamais parlé de ce fait. Elle me répondit que c'était sans importance et que depuis sept mois il devait y avoir longtemps que l'épingle était ressortie. Je la laissai étendue toute la journée avec une alimentation liquide et de la glace sur l'abdomen.
Le lendemain je rendors la malade et la questionne de nouveau. Elle me décrit comme la veille les dimensions et la situation exacte de l'épingle. Je lui demande alors si elle peut la déplacer. Elle fait quelques mouvements et me dit que c'est très diflficile, car chaque mouvement l'enfonce davantage I » Il faudrait, me dit-elle, que je fasse remuer mon intestin en sens inverse, et c'est très difficile. — Essayez. » Elle fait d'autres mouvements et me dit : « Elle bouge, je l'ai fait bouger d'un centimètre, elle commence à ressortir, mais ça saigne et je n'ose plus bouger. »
J'arrête la séance. Journée mauvaise avec hoquet, nausées, sensation de douleur et de chaleur dan* l'abdomen.
Le troisième jour je la rendors. Elle me dépein « tout l'intérieur de son ventre rouge et à l'endroit d<
PERCEPTION DE CORPS ETRANGERS
la piqûre la tête de l'épingle a fait un petit trou et s'est collée dedans ». Je lui demande de me décrira exactement la situation de l'épingle et si elle la voit assez bien pour me dessiner avec un crayon sa situation. « Oui, dit-elle ». Je lui donne un crayon et du papier, et dans l'hypnose, sans hésiter une minute j elle fait le dessin ci-dessous, m'expliquant que la têtt? de l'épingle est en haut et qu'elle traverse la paroi intestinale sans cependant en prendre toute l'épaisseur, puis ressort en bas d'un centimètre environ.
FiG. 7.
Elle prend même son drap de lit et le replie sur son
doigt pour mieux m'expliquer comment l'épingle est
piquée: « Elle passe, me dit-elle, sous la petite peau
mince qui entoure l'intestin : heureusement qu'elle ne
la traverse pas aussi ; sans cela mon intestin gérait
crevé. » (L'épingle est donc piquée dans l'épaisseur de
^a paroi, elle a traversé la muqueuse et la musculeuMe,
espectant la séreuse, et, un centimètre au-dessous, elle
ressort dans l'intérieur du tube intestinal, comme le
montre bien le dessin de la malade.) Je lui dernaude
encore si c'est dans le gros intestin. « Vous voyez bien
LES PHE!ÇOME>ES D AUTOSCOPIE
que non >, me dit-elle en montrant son dessin. Et en effet elle a bien dessiné une anse d'intestin grêle.
Je m'arrête car elle souffre trop. Je la laisse reposer et continue dans la journée Talimentation liquide et la glace sur Tabdomen.
Le lendemain, nouvelle séance. Je lui dis de faire partir Tépingle de la place occupée. Elle fait des efforts qui paraissent très douloureux et en allant avec? beaucoup de précautions. Je comprends à ses explications qu'elle est obligée de faire faire à son intestin des contractions anlipéristal tiques. Elle me dépeint toutes les positions successives que prend cette épingle, tous les mouvements qu'elle fait : elle se repique, elle s'accroche, elle tourne, elle bouge, elle se heurte à la paroi, etc.. Enfin après un quart d'heure environ, Tépingle est sortie, elle est maintenant libre dans Fintestin. « Mais, ajoute-t-elle, il faut que je la fasse descendre, car elle est restée si longtemps à cette place qu'elle pourrait avoir tendance à y revenir, et j'ai eu trop de mal à la faire partir pour recommencer. »
EUe me dit que « l'endroit de la piqûre saigne un peu et que ça fait une plaie ». J'arrête la séance. Le 5® jour, je recommence ; l'épingle a fait du chemin avec les liquides absorbés par la malade. Elle me dit qu'elle est passée dans le gros intestin. Enfin, le 6® jour, je l'endors et je lui dis de faire avancer l'épingle.
Elle fait toujours des mouvements abdominaux, mais me dit à la fin qu'eUe a peur que l'épingle se pique à la fin de l'intestin. Je lui fais administrer un lavement pour en faciliter l'expulsion. Elle me dit à ce momen* que l'eau arrive bien jusqu'à l'épingle et l'entraîne, e elle rend enfin cette épingle, qui était bien conforme . sa description, en disant : « Ça y est, elle est sortie ! > L'épingle était dépolie par les liquidés intestinaux
PERCEPTION DE CORPS ETRANGERS
Je réveille la malade, je la lui montre ; elle n'hésite pas une seconde: « C'est bien celle-là », dit-elle.
... Les jours suivants, la malade me décrivit dans l'hypnose les progrès de la cicatrisation de la petite plaie causée par l'épingle : sur l'endroit ulcéré s'était déposée de la sérosité qui s'était transformée en une petite croûte molle très mince. « Il ne faut pas que je mange, disait-elle, car le plus petit fragment de nourriture entraînerait ma croûte et mon intestin serait percé, pas tout à fait cependant, car il y a encore la petite peau qui l'entoure ; mais elle est bien rouge et j'ai grand'peur qu'elle ne se perce aussi. » Elle se perce, en effet, malgré l'immobilité absolue et la diète alimentaire. Puis, c'est la croûte qui se décolle à moitié, mais qui, heureusement, finit par se recoller. Enfin au bout de quelques jours la cicatrisation s'opère, l'inflammation péritonéale diminue et la malade put bientôt reprendre l'alimentation normale, me disant qu'il n'y avait plus qu'une petite cicatrice et une petite dépression de la paroi intestinale à l'endroit où la tête de l'épingle avait appuyé si longtemps.
Depuis, la malade a repris son travail et ne s'est plus jamais plainte de son intestin.
Interrogée par Comar, comme la précédente, sur la façon dont elle voyait, elle lui répondit textuellement : « Quand je veux voir, je n'ai qu'à suivre les nerfs qui partent du point de ma tête correspondant, et qui descendent dans mon dos et vont enfin jusqu'à l'endroit que je veux voir ; mais je ne les vois pas comme avec mes yeux. . . Il y a des endroits que je ne peux pas bien voir, il faut que ça parte de ma tête où je le sens en même temps. Quand je sens bien un organe, je ne le vois plus. Ainsi vous m'avez fait sentir mes jambes, je les voyais, je voyais dedans ; maintenant que je les sens
la^ LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE
bien, je ne les vois plus de la même façon ; je les vois seulement dessus avec mes yeux. Ce que je ne sens pas un peu, je ne le vois pas, il faut d'abord que j'aie trouvé à quel endroit de mon corps et de ma tête est Torgane que je veux voir...
« Mais, quand vous avez vu l'épingle dans votre intestin, comment l'avez- vous vue? — Je ne sentais pas mon ventre avant, je ne voyais rien ; quand j'ai commencé à sentir, j'ai commencé à voir. Or, un jour, le 17 octobre (c'est, en effet, le 17 octobre exactement qu'elle m'a dit voir l'épingle), j'ai mieux senti mon k intestin, alors j'ai bien vu l'épingle en entier. -^ Vous
'£'. l'avez vue.^ — C'est-à-dire que j'ai senti qu'il y avait
^: ' quelque chose dans mon intestin. Alors j'ai regardé
^. dans ma tête avec les nerfs de mes yeux, les nerfs qui
fv sont en arrière de mes yeux, et à l'endroit qui, dans
■ ! ma tête, correspondait à mon intestin, j'ai vu comme
^. une ombre sur un voile, une raie noire ayant la forme
^: d'une épingle, et en même temps que je voyais ça dans
ma tête, je le sentais dans mon ventre. »
Et le D** Comar termine par ces quelques réflexions sur r interprétation possible de ces phénomènes si singuliers en apparence et où la vérification expérimentale a été faite de la réalité des sensations éprouvées par les sujets et de leur sincérité. (( J'ai transcrit textuellement, je le répète, i les paroles de mes deux malades. Toutes deux
m'ont, en résumé, dit la même chose. Leurs pf rôles me semblent fournir une explication du phé r^ nomène décrit. Les malades sentent d'abord <
^ interprètent ensuite les phénomènes de sensibiUt