MOMENT D APPARITION
Conditions et moment de l'apparition du phénomène.
C'est au cours du réveil cérébral, amenant la restauration de la sensibilité en même temps que le retour de l'activité organique, que s'est montrée d'abord l'autoscopie interne. J'avais cru que ce n'était que pendant le sommeil hypnotique, au moment même où se produisent les réactions diverses qui accompagnent le réveil cérébral. Et de fait c'est le plus souvent ce qu'on observe. Mais le dernier cas que j'ai rapporté (obs. VII) montre au contraire que le phénomène autoscopique peut parfaitement persister après que le sujet est sorti de l'hypnose, si les centres corticaux sous la dépendance desquels se trouve l'organe aperçu ne sont pas encore complètement réveillés, ou même en dehors de l'état hypnotique, mais toujours sous l'influence du réveil de la sensibilité cérébrale.
Mais il est deux points à mettre en évidence. Le
premier, c'est que malgré le nombre aujourd'hui
considérable des cas où le réveil cérébral s'est
produit avec toutes les réactions motrices, sensi-
*vo-sensorielles et intellectuelles que j'ai décrites
ans mes ouvrages sur la genèse et sur le traite-
lent de l'hystérie, malgré l'intensité de certains
.e ces cas, je n'ai rencontré que très rarement l'au-
SoLLiER. — Autoscopie. 9
l3o LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE
toscopie vraie, complète, telle qu'elle existe dans les exemples ci-dessus. De rexamen que j'ai fait comparativement de tous ces cas, je crois pouvoir conclure qu'ils étaient plus graves, plus invétérés, d'une intensité surtout plus grande que tous les autres. Et ceci ressort, non seulement de la multiplicité, de l'intensité, de la généralisation des phénomènes morbides, mais surtout de la ténacité de certains d'entre eux et de la longueur du traitement qu'ils ont nécessité. C'est à cette fixité,^ à cette ténacité de certains troubles fonctionnels, qu'on peut mesurer le mieux l'intensité de la maladie, car on peut voir la même multiplicité, la même généralisation des accidents dans d'autres cas oîi la restauration des fonctions, le retour à l'état normal, physique et moral, se font avec une grande facilité et, une fois obtenus, persistent sans grand effort. Dans tous ces cas au contraire il y avait une fixité des phénomènes et une facilité de récidive, décourageantes parfois.
Il ressort de cette remarque que l'autoscopie ne se rencontre que lorsque l'état hystérique a revêtu un caractère d'intensité et surtout de fixité particulière.
Le second point à considérer est beaucoup plus intéressant et important. C'est celui du mic ment de l'apparition du phénomène. Rien ne pei i met de le prévoir chez un sujet. C'est au momei g où on s'y attend le moins qu'il se montre. Toi: v
ACTIVITÉ CORTICALE ET REPRÉSENTATION l3l
nos sujets se sont comportés de la même façon à cet égard. Après avoir semblé recouvrer complètement leur sensibilité et leur fonctionnement normal, après avoir paru tirés d^'affaire définitivement, et n'avoir plus qu'à consolider leur état, tout à coup, au cours d'un réveil cérébral général pour perfectionner tout ce qui peut encore rester un peu au-dessous de la normale, ils se mettent à présenter de nouvelles réactions subjectives et en même temps à décrire certains de leurs organes d'une façon tout à fait caractéristique, non seulement dans leur conformation extérieure, mais encore dans leur structure la plus intime, même microscopique, ainsi qu'on a pu s'en rendre compte par la lecture des observations précédentes.
Il semble donc que ce soit en perfectionnant leur fonctionnement, l'activité de leurs centres corticaux, que le phénomène survienne. C'est comme si, après avoir recouvré une activité des centres corticaux suffisante pour percevoir les changements qui s'opèrent en eux sous l'influence du fonctionnement organique, cette activité renaissait dans toute son intensité, et que le pouvoir de représentation, lié à cette activité dans les limites relativement restreintes mais suffisantes pour qu'il y ait conscience, s'étendait à toute la substance des organes, à toutes les modifications, si infimes soient-elles, qui se produisent au sein
l32 LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE
de leurs tissus. Il semble qu'il y ait augmentation de ce pouvoir de représentation, à la fois en intensité et en extension.
A la vérité, quand on y réfléchit, il n'y a peutêtre pas lieu d'en être si étonné. Tout n'est en somme, au point de vue de notre subjectivité, qu'une question de degré, et il y a peut-être moins de différence entre les perceptions habituellement conscientes et considérées comme normales, très confuses, de notre fonctionnement organique, et celles que nous rencontrons dans le phénomène de l'autoscopie, si nettes et s'appliquant à des éléments anatomiques si fins, qu'entre les différences de degrés de l'activité visuelle, auditive, ou tactile qui existent entre plusieurs individus.
Organes susceptibles de représentation autoscopique,
La lecture des différentes observations prouve qu'aucun organe n'échappe à l'autoscopie. Les suejts ont pu en effet se représenter la disposition et la structure, microscopique dans certains cas, de tous les organes : poumons, estomac, intestin, organes génitaux internes, seins, cerveau, ca r et vaisseaux, muscles et articulations, le sang 1 même. Chez tous, ce sont les organes qui avait t présenté les troubles pathologiques les plus m -
MODE DE REPRÉSENTATION l33
qués qui ont été Tobjet des phénomènes d'autoscopie les plus complets, les plus délicats.
Il n'y a du reste aucune raison pour que tous les organes ne soient pas susceptibles d'autoscopie, car il est bien certain que tout Torganisme est relié à lacorticalité, que tous les points de cet organisme sont projetés sur Técorce et que celle-ci renferme des centres de perception, et de représentation par conséquent, tenant sous leur dépendance toutes les fonctions organiques. C'est là une conception universellement admise aujourd'hui et sur laquelle j'aurai heu de revenir à propos de l'explication anatomo-physiologique du phénomène.
Mode de représentation dans Vautoscopie,
Comment les sujets se représentent-ils les organes qu'ils décrivent ainsi quand le fonctionnement reparaît avec la sensibilité consciente.^ Est-ce une sensation visuelle, est-ce une sensation cénesthésique.î^ Les voient-ils au dedans ou au dehors d'eux-mêmes .^^
Il semble tout d'abord que ce soit une sorte de vision intérieure, car les sujets disent qu'ils : voient » réellement. Mais ils ajoutent aussi souent qu'ils « sentent» ce qu'ils décrivent, comme ►ourraient par exemple le faire des aveugles. Cette ision est tantôt intérieure, tantôt extériorisée.
i34 i-*^-^ peÉ3s-«É:?fES d'autoscopie
L'an i:ri .|u"iî a c»>mine des veux daasle ventre, l'aufr? î-^-îne d^ns l'espace avec son doigt ses ors-in-r^ à m-e^ure «lu'il les décrit, un autre se ^oit o.-Rin.e «lins une glace, ou bien comme s'il ^e r?^irl.i:t de dedans, et ïoit par exemple sa il jure f^r-d-^s*:»as la peau comme un masque recini-: pjr -inTî^re. un autre encore dira qu'il se voit C'jnin^.e j:«ar transparence. Chez le même sujet on peut ob>er> er aussi ces difiKrentes manières de •• v.tîr »■. successivement ou simultanément, même p:»ur les différents organes considérés.
Cetle diversité me parait montrer qu'il ne s arit pas d'un phénomène de vision proprement dite, ce qui d'ailleurs ne se comprend pas, mais d'un phénomène de représentation basé sur les sensations céneslhésiques parties de l'organe, ou pour mieux dire rapportées à l'organe dont le centre recouvre son activité. Ce n'est pas dans le centre Wsuel que se passe le phénomène, mais dans les centres Wscéraux.
n se produit, à mon avis, quelque chose d'analogue à ce qui se passe quand nous décrivons, les yeux fermés, un objet que nous ne connaissons pas et que nous explorons par le contact. Nous transformons nos sensations tactiles en représentations visuelles, et nous décrivons l'objet d'aprè cette représentation visuelle. En réahté il n'y pas de vision proprement dite. De même ici, 1 mise en activité de nos centres organiques éveill
CÉNESTHÉSIE ET REPRÉSENTATION VISUI^LLIj; I 35
•des représentations cénesthésiques que nous rapportons à la périphérie, aux organes eux-mêmes ; •ce sont ces représentations cénesthésiques, ordinairement inconscientes et fondues dans la masse •de nos sentiments^corporels, que nous tranijforirions en représentations visuelles.
Telle était TexpUcation que j'avais cru pouvoir donner de cette amplification visuelle» ^i je puis dire, des sensations cénesthésiques, lorsque la clinique s'est chargée spontanément de m/en démontrer le bien fondé. Dans robservatioii \ II. en -effet, la malade s'est servie elle-même de la comparaison que j'avais faite avec ce qui !^e passe quand nous cherchons à nousrepréseatei\ les yeux fermés, la forme d'un objet que nous (oiichons. Un des sujets du D"^ Comar a parlé dans le même sens.
Que le sujet situe sa représentation au niveau de l'organe lui-même qui est en cause, ou qu'il la projette, sous forme d'hallucination en quelque sorte, en dehors de lui, cela n'a aucune impor* tance. C'est une question de procédé mental de sa part, et l'intensité même de la représonlatioii n'y est pour rien. 'En reprenant la comparaison de tout à l'heure avec ce que nous faisons lorsque nous cherchons à nous représenter un objet inconnu que nous palpons les yeux fermés, nous remarquons que les uns se le représenlciit a la place même qu'il occupe, d'autres en dehors et
l36 LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSGOPIE
sans contact avec eux-mêmes, d'autres enfin tantôt d'une façon, tantôt d'une autre. Ce n'est guère qu'à la fin, quand ils en ont pris une connaissance complète qu'ils en projettent la représentation dans l'espace d'une façon tout à fait indépendante de l'objet lui-même. Il en est de même chez nos sujets qui peuvent présenter tantôt l'un, tantôt l'autre mode de représentation, et qui, à la fin, ont également parfois une autoscopie externe complète.
Ces remarques montrent encore, comme je l'ai déjà dit, qu'entre l'autoscopie interne et Tautoscopie externe il n'y avait aucune difierence de nature. C'est une simple question de projection au dehors ou non de la sensation cénesthésique, et de localisation ou de générahsation de cette sensation à certains organes ou à tout l'organisme. Et cela est si évident que, non seulement on peut voir l'autoscopie interne alterner avec l'externe chez le même sujet, mais encore la première se transformer en la seconde, pendant l'évolution du sujet vers le réveil cérébral complet. Je ne comprends donc pas comment on peut nier ou admettre Tune sans nier ou admettre l'autre. C'est pourtant ce qui est arrivé, sans que les sceptiques au sujet de l'autoscopie interne, qui ne mettaien' pas en doute les hallucinations autoscopiques, c'est-à-dire l'autoscopie externe, se doutassent de leur contradiction.
TERMES SPECIAUX iSj
Termes spéciaux employés par les sujets.
Une chose frappe immédiatement quand on entend ces sujets décrire ce qu'ils voient en eux, c'est leur langage, ce sont les expressions qu'ils emploient, les périphrases, les comparaisons dont ils se servent. Jamais presque ils ne disent un mot technique, n'emploient une expression propre, même pour les choses qu'ils doivent connaître. Les muscles, les tendons sont des cordes ; les vaisseaux aussi sont des « cordes » ou des c( ficelles » , puis à mesure que la sensation se précise , ils deviennent des (( tuyaux dans lesquels il coule quelque chose » ; l'ovaire est un (( petit sac » avec des (( grains » ; les trompes sont des (( tuyaux » , le vagin aussi est un (( gros tuyau », l'utérus est un tuyau aussi avec des parois très épaisses ; Thymen est une petite « peau », les bronches sont des (( branches de corail » , qui peu à peu se laissent canaliser pour que l'air passe ; les poumons sont une « grappe de raisin » , le foie et la rate des (( éponges », l'estomac une « poche », un (( sac », l'intestin un « long tuyau », les seins sont des « grappes » aussi, mais qui ne sont plus pareilles à celles du poumon ; les cellules cérébrales
ont des « petites cases » avec des pointes, avec quelque chose de mou dedans » ; des petits cônes. » Jamais on ne les entend appeler les
hoses par leur nom scientifique ou vulgaire. Il
l38 LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE
semble que ce soit pour eux des choses nouvelles, inconnues. Leurs impressions sont si nouvelles en effet, qu'ils ne sauraient les rapporter à rien de connu pour eux, ce qui prouve d'ailleurs, de même que Tidentité des termes employés par tous, leur sincérité.
En les interrogeant, je m'efforçais toujours de leur faire préciser les choses sans me servir d'aucune expression qui pût leur rappeler d'anciennes notions anatomiques. Je faisais comme si je ne comprenais pas ce qu'ils voulaient me dire.
Jamais je n'en ai vu me dire que ce qu'ils me décrivaient était tel ou tel organe. Tout au plus arrivaient-ils à dire : ce doit être tel organe. Mais ils ne Taffu^maient pas. Ils évitaient presque de se servir des termes exacts. Le nombre des cas est assez grand aujourd'hui pour voir qu'il y a dans cette manière constante de s'exprimer, chez des sujets d'éducation et d'instruction très variées, autre chose qu'un hasard ou une pure coïncidence.
Cela peut étonner au premier abord. Tout le monde, même sans études, a pu voir, ne fut-ce que chez un boucher, des poumons, un cœur, un cerveau, des intestins, etc. Il est donc singulier que le sujet qui voit autoscopiquement ces différents organes en lui ne les reconnaisse pas et n cherche pas, pour les décrire, de comparaisoi avec ce qu'il connaît déjà chez les animaux, O' qu'il a pu voir sur des figures.
TERMES SPÉCIAUX l 3q
J*insisterai sur ce point qui a une grosse importance au point de vue de la véracité des sujets et de la valeur qu'on doit accorder à leurs descriptions.
Je ne puis m'expliquer cette particularité que de la manière suivante. Tout d'abord le rclour de la sensibilité ne donne pas tout de suite la notion de l'organe complet. C'est peu à peu, par parties et non dans l'ensemble, que cette notion apparaît. Le sujet ne peut donc rapporter les impressiiïiis qu'il ressent à rien de connu, pas plus que. si on présentait une préparation microscopique du poumon à quelqu'un de profane en fait d'anatomie, il ne pourrait dire que c'est du poumon, mais simplement décrire ce qu'il verrait et le comparer avec des choses du monde extérieur connues, pour se faire comprendre dans sa description. En elTct, ce n'est que lorsque tout l'organe a recouvré son fonctionnement et sa sensibilité, — c'esi-à-dire que lé centre cortical de l'organe a repris son activité complète — que le sujet s'aperçoit que ce qu'il vient de sentir est tel ou tel organe ; jusquelà tout ce qu'il en percevait était tellement dîHerent de ce qu'il en connaissait, qu'il ne pouvait le lui attribuer, et pour en donner une idée était obligé d'emprunter ses comparaisons à de tout autres objets.
En second lieu le sujet n'a jamais ressenti co qu'il éprouve alors. Il en est donc surpris lui-
l4o LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE
même ; il se demande et il demande ce que c'est, à quoi cela se rapporte. C'est quelque chose de nouveau et d'imprévu, n'ayant aucun rapport avec ses sensations habituelles. Il n'est donc pas étonnant qu'il ne sache pas rapporter à tel ou tel organe qu'il n'a jamais perçu — comme l'ovaire ou l'utérus par exemple — d'une façon isolée et précise, les sensations qu'il y éprouve et qui tiennent à un fonctionnement tout à fait spécial.
Degrés de Vautoscopie.
Il est à remarquer que l'autoscopie ne porte pour ainsi dire pas tant sur un organe dans son ensemble, sur sa morphologie, mais plutôt sur sa structure intime, sur ses éléments. A cet égard on est étonné, à la lecture des observations, de voir à quel degré de finesse peut atteindre le phénomène, et les cas les plus curieux sont peut-être ceux où mes sujets ont décrit leurs cellules cérébrales, les ovaires avec les ovules, ou ceux du D' Comar dont un a décrit le sang, comme un liquide blanc dans lequel circulent de petits grains rouges et aplatis.
A ce propos, comment peut se faire cette vision des couleurs ? C'est là un point qui paraît difBci) à expliquer. Elle n'est cependant pas niable < beaucoup de sujets l'ont présentée. Il me para; vraisemblable d'admettre que, cette vision de
VISION DES COULEURS î4l
couleurs se produisant à un moment où le sujet reconnaît à quel organe il a affaire, les connais* sances ou les réminiscences qu'il en a peuvent lui faire amplifier ce qu'il sent par ce qu'il sait. C'est là un phénomène qui se produit très fréquemment même chez les gens normaux. Les réponses de certains sujets à cet égard paraissent confirmer cette interprétation. La vision incolore des organes, qui s'est ajoutée, pour la coinplélcr par le mécanisme que j'ai indiqué tout à l'Iicure, à la perception cénesthésique, ne leur sufïil pas* Tous mes sujets, ne l'oublions pas, étaient des visuels; certains même l'étaient à un point tel qu'ils avaient de l'audition colorée. Il n'est donc pas surprenant de les voir amplifier, compléter leurs représentations visuelles par des couleurs. Ils « s'efforcent » de trouver cette couleur, comme me disait cette malade (obs. VII) qui se sentait poussée à dessiner ce qu'elle sentait au milieu de son corps. Qu'alors, l'organe étant perçu d'une façon très nette dans sa forme, dans sa situation, dans sa structure, le sujet le reconnaisse et lui applique les données conscientes ou non qu'il a sur lui, c'est très possible et même vraisemblable.
Mais je tiens à faire remarquer que ce n'est [ju'à la fin de l'autoscopie interne que se fait, dans quelques cas et pour certains organes seulement, l'adjonction des couleurs.
Si certains malades ont parlé de la couleur du
lia LES PHÉ>OMr^Es d'autoscopie
sang, de la muqueuse de reslomac, aucun n'a indiqué celle des ovules, des glandes de l'estomac, des bronches, des artères et des veines, de tous lesorganes où la couleur leur est mal ou pas connue sur le vivant. Presque tous au contraire ont parlé de la couleur du sang que tout le monde connaît. n faut distinguer en effet dans ces phénomènes les diverses périodes de leur évolution, leurs divers degrés. Au début du phénomène le sujet accuse simplement des sensations bizarres, qu'il traduit en disant que c'est « comme s'il y avait en lui telle ou telle chose ». Puis la précision devient plus grande. Il aperçoit quelque chose qu'il compare avec un objet vulgaire qui lui ressemble plus ou moins. Ensuite la perception est très nette ; non seulement il sent y mais il voit ce qui est en lui, mais sans reconnaître ce que c'est réellement. Enfin il le reconnaît, mais toujours d'une façon douteuse en quelque sorte ; il n'ose jamais avouer ce qu'il croit être. Il cherche alors volontairement à s'en faire une idée complète, et comme c'est sous une forme visuelle que se produit alors la sensation cénesthésique, il est naturel qu'il y applique, inconsciemment peut-être, une couleur qu'il sait ou qu'il croit convenir à l'organe représenté. Il ne faudrait donc pas conclure de cette amplification volontaire et imaginaire à la supercherie pour le reste du phénomène, ou à un effet de pure imagination pour l'ensemble.
SENSIBILITÉ TACTILE ET CÉNESTllï^:âIE 1 43
Les derniers cas du D** Comar, où il s'agît de corps étrangers de l'estomac et derintestin, et oii la preuve a pu être faite de la réalité de leur existence, démontrent que Tautoscopie intonie ne s'applique pas seulement à l'organisme, niais encore aux corps étrangers qui y sont contenus,
Y a-t-il lieu de s'en étonner quand on sait que les corps étrangers articulaires sont parraitement appréciés comme volume par ceux cjiii en sont atteints? Pourquoi la muqueuse intestinale ne percevrait-elle pas la forme d'une épingle» d'une arête ou d'un morceau d'os qui y seraient implan* tés ?
Ces observations confirment la comparaison que je faisais au début du précédent cliopitrc entre la sensibilité tactile générale et la ccnesthésie. Il n'y a en réalité aucune difierence entre les deux, si ce n'est dans la netteté de l'une et iobtusion habituelle de l'autre. Mais au point de \ oe des notions qu'elles peuvent nous fournir sur le monde extérieur — et dans le cas particulier un 1 1 >rps étranger se comporte vis-à-vis des organes internes comme un objet quelconque du monde extérieur vis-à-vis de la surface du corps — les deux mode3 de sensibilité sont absolument comparables.
Autoscopiquement donc les sujets peuvent rendre connaissance des objets qui sont au con* ict des organes, et de ces organes eux-mc*mes ans les plus petits détails de leur slruclure.
lii LES PHÉÎÇOMÈXES DAUTOSCOPIE
même microscopique, même de lem-s cellules constituantes. Si singulier et nouveau que le fait paraisse, je ne crois pas, après tous les cas que j'ai rapportés précédemment, qu'il soit niable, et il est préférable de chercher à l'expUquer et le comprendre que de le nier a priori, comme on Ta fait sans se donner la peine de répéter les expériences , de se remettre dans les conditions où il s'est produit. C'est là un mode de discussion qui n'a rien de scientifique et qui dénote combien la systématisation de nos conceptions entrave, même chez des hommes rompus à la méthode scientifique, l'admission de faits nouveaux contrariant cette systématisation- Je reviendrai d'ailleurs plus loin sur la valeur qu'il convient d'accorder à ces phénomènes autoscopiques.
Il est un point cependant sur lequel je dois insister un peu, car il soulève précisément le plus d'objections. C'est celui de la perception d'éléments microscopiques qu'on ne peut apercevoir qu'avec de forts grossissements.
Je ferai remarquer d'abord qu'il ne s'agit pas, ainsi que nous le verrons plus loin et que nous l'avons déjà démontré pour l'autoscopie externe, d'un phénomène visuel, mais d'un phénomène purement cènes thésique. Or, nous ne savons pas qu degré de perfection peut atteindre la sensibiU cénesthésique, attendu que dans l'état normal 1 impressions qui nous sont fournies par elle soi