‹ Les phénomènes d'autoscopieChapitre 35 sur 38 · ACUITÉ DE LA CÉNESTHÉSIE · texte numérisé non relu

ACUITÉ DE LA CÉNESTHÉSIE

masquées par les impressions sensorielles beaucoup plus fortes.

Nous connaissons, d'autre part, le degré d'acuité que peuvent atteindre les sensations lorsque nous sommes conscients, non pas quand nous sommes inconscients. Or, à quelle finesse de perception peut-on descendre dans les états inconscients, c'est précisément là ce qu'on ignore et que les faits actuels permettent d'apprécier. De ce qu'ils nous révèlent une perceptivité que nous ne pou* vions soupçonner, ce n'est pas une raison pour les nier. Il serait plus sage de chercher à vérifier si cela est exact et d'en comprendre la possiljililé. Or, nous avons des exemples de sensibilité cénesthésique très aiguë, quoique grossière en comparaison de ce que nous venons de voir, daris leis états inconscients ou subconscients comme le sommeil. Tels senties rêves prémonitoires, dany^ lesquels des personnes qui vont être atteintes d'une maladie s'en voient frappées, un ou deux jours auparavant, alors qu'à l'état de veille rien n'attire leur attention. Il en est de même de beaucoup d'hypocondriaques, de persécutés, où de simples et très légères modifications de vascularisalion, qui ne seraient pas perçues en temps normal, ervent de point de départ à des conceptions défiantes, donnant heu à des sensations objectivées, lès que les malades présentent du trouble et de l'affaiblissement de la conscience.

SoLLiER. — Autoscopie.

ÎO

1^6 LES PUENOMÈXES d'aUTOSCOPIE

Il est évidenl que ces phénomènes ont pour sièjje récorce cérébrale. Or, comme tout porte à le croire, tout ce qui se passe dans les centres cérébraux lient à un état moléculaire donné des cellules de ces centres. Supposons qu'un organe soit altéré. Si, comme on l'admet, tout notre organisme est représenté dans l'écorce, il doit y avoir une modification dans le fonctionnement des cellules cérébrales correspondant à l'organe altéré, c'est-à-dire à Taltération des cellules composant cet organe. Il reste dès lors à se demander quel nombre de cellules de l'organe doit être altéré pour que l'état moléculaire du centre cortical correspondant soit lui-même modifié sous l'influence des impressions partant de cet organe. Nous n'en savons rien. Mais s'il y a un rapport entre le centre et l'organe, il est logique d'admettre que la moindre modification cellulaire, fût-ce d'une seule cellule, doit avoir son corollaire dans l'état moléculaire du centre cortical de l'organe.

Pourquoi, dès lors, étant donné un état moléculaire du centre cortical, — produit par une inhibition quelconque de ce centre, et correspondant à celui qui serait provoqué par une altération de l'organe placé sous la dépendance de ce centre, — le retour de l'activité de ce dernier ne détermi nerait-il pas une représentation, inconsciente ? l'état normal, tout comme le retour de l'activitt cellulaire de l'organe atteint déterminerait un<

DISPARITION DU PHENOMENE l^^

sensation, inconsciente elle aussi d'ailleurs !* Mais dans de certaines conditions, que nous verrons plus loin, cette représentation, au lieu d'être inconsciente, est connue par le sujet, et cesse seulement d'être consciente quand racli\it6 de l'écorce a repris son cours normal. Il ne s'agit plus dès lors que d'une question de degré, car si à l'état normal nous percevons dans une certaine mesure la forme générale des organes qui sont troublés dans leur fonctionnement — elle résultat est le même quand, au lieu de l'organe, c'est son centre cortical fonctionnel qui est atleiiiL .seulement — , dans l'état d'inconscience et de subcoiiscience nous pouvons en avoir une perception beaucoup plus nette encore, et rien ne nous autorise à lui assigner une limite arbilraiie. Nous devons nous incliner devant les faits, et dans le cas particulier, si ceux-ci nous montrent que la perception peut atteindre les éléments microscopiques eux-mêmes des organes, nous n'avons pas le droit de supposer que c'est une invention ou une invraisemblance. Nous verrons d'ailleurs plus loin , à propos de l'explication du phénomène autoscopique, quelle est la condition nécessaire pour que cette perception devienne consciente momentanément.

Moment de la disparition du phénomène > : De même qu'il est apparu d'une façon assez

3^> u*- j-inSii'iŒ^as » AUiK^îOCipiE

ii« •;»liH^- j^ ;«ijt-i»:'iiit'ii€' oesse très rapidemenl 4Uî-*L. :r-' '^ru* njrtliiî-bra^qpeiiient eo général. Le ^.ui-e'î. t:«T4*r L^ 'iT t'j«r>Tnéî^»Titeî' les sensations qui h'M''*zi zi-c^Tij-'^A iLL:«-:ùfljf»inent le reloor delà sen- ^li'lLir jr ]":»r::tzjr — ^nsations spéciales pour (Lb:j-jt -rr^Li^ — ^prc^nve \ou\ à coup le pliénorijrrjt £r : cu::r<: :.pie- pecdant lequel il se borne à Ct^crîi>e te :5j.i"i] viàî en lui sans savoir à quel •irrarie c-la se r^j j^itiie. quoiqu'il le sut au début. Apr^ àv îr prt^nl^ les reactions qui accompj-nieiil le rt-l iir de la sensibilité organique — rr^^^îcti'.Tjs >p.-:ijLles à chaque organe comme le» >-n>at3c«ns — il cesse de percevoir autoscopiquement l'or-rane et c^i^ntinue à présenter les mêmes seïi!satic«ii- et les m»/mes réactions de retour de la sj-ii^ibiliti' que^"il n'avait pas eu momentanément dautoscopie : ce sont des sensations de détente, de chaleur douce, de bien-être, de fusion de l'organe avec les parties voisines. Il a enfin la sensation que H tout est bien », et il ne présente plus aucune réaction : il n"a plus aucune action volontaire sur l'organe mis en jeu.

Or, pendant cette période qui suit la perception auloscopique, si on l'interroge sur ce qu'il a raconté pendant cette période, si on lui demande s'il voit encore, ou s'il se rappelle ce qu'il voyai même en lui précisant les termes qu'il a employa tout à l'heure, il ne comprend plus ce qu'on It demande, il ne sait plus de quoi on veut lui parler

m DISPARITION DU PHENOMENE l49

il nie avoir rien vu ni senti de semblable. En un mot, tout ce qu'il a éprouvé a cessé d'exister pour lui, en même temps que l'état qui engendrait ces sensations se transformait lui-même et disparaissait. C'est là d'ailleurs un phénomène qui se produit également dans les cas où il n'y a pas eu autoscopie, au cours de la restauration de la sensibilité, c'est-à-dire, rappelons-le, au cours de la remise en activité des centres cérébraux plus ou

► moins inhibés. Et cette identité dans les réactions psychiques des sujets, comme dans leurs réactions sensitiveset motrices, montre bien qu'il ne s'agit nullement là de supercherie ou de réminiscence.

ICe qui est, c'est que lorsqu'un état quelconque de l'activité des centres corticaux se produit, il entraîne avec lui des réactions motrices, sensitives et psychiques spéciales, et que, lorsqu'il cesse, k ces diverses réactions, non seulement cessent ^ aussi de se produire, mais même de pouvoir être représentées. En effet, pour être représentées conk: sciemment, il faudrait que le même état qui les a ^ engendrées se reproduisît, et c'est précisément ce qui ne peut pas être, puisque les réactions du sujet, et les excitations qu'on lui a faites ont eu )Our résultat de le détruire.

Dans la grande majorité des cas nous avons vu jue c'était seulement pendant l'hypnose que le retour de l'activité corticale amenait la production de l'autoscopie interne. Mais cette reprise

l5o LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE

de l'activité des centres inhibés peut se continuer quand on a réveillé le sujet, et alors Fautoscopie se montre comme dans le cas où elle se produit pendant la veille. Le sujet y assiste et nous le décrit au fur et à mesure qu'il se développe, exactement comme cela se passe dans l'hypnose, ou dans Tautoscopie externe.

Validité et explication du phénoiriène.

Il nous reste à savoir quelle valeur il faut attribuer à ce phénomène de Tautoscopie. Personne ne songe à le nier quand il s'agit d'autoscopie externe, d'hallucinations autoscopiques, qui portent sur le sujet tout entier. Il n'y a donc pas de raison pour le nier quand il porte seulement sur un point particulier de l'organisme. Mais ce qui peut étonner, c'est la finesse, la précision des détails aperçus autoscopiquement, c'est que ce ne sont pas seulement les formes extérieures qui sont ainsi l'objet de l'autoscopie, mais la structure anatomique elle-même, jusqu'aux éléments microscopiques. Quelle interprétation peut-on donner de ce phénomène, et quelle créance ajouter d'abord à sa production ^ On ne manquera pas de dire sans doute qu'il s'agit là de choses déjà connues des sujets, ou de réminiscences, de souvenirs inconscients, ou encore de suggestion, ce qui ne veut rien dire, mais satisfait généra-

VALIDITÉ DU PHÉNOMÈNE iBl

lement Tesprit ; on ne laissera pas enfin de penser à la supercherie.

Je dois faire immédiatement justice de celle explication simpliste. Quoiqu'il soit toujours très scabreux de se porter garant de la sincérité rie pareils sujets, je crois pouvoir le faire cependant ici. Les quatre sujets chez qui j'ai obneivéde Tautoscopie interne sont en effet bien connus de moi : je les ai observés pendant longtemps, je les observe encore depuis leur guérison, et jamais je n'ai constaté chez elles aucune fraude, aucune supercherie, aucun mensonge même. Mais cela ne prouverait rien.

Je ferai remarquer alors que ces phénomènes étaient absolument inconnus des sujets, puisqu'ils n'avaient jamais été publiés encore et qu'ils ne pouvaient ainsi en avoir eu connaissance par aucune voie. En outre, quand ils se sont produits, je ne m'attendais en aucune façon a les voir surgir et j'ai été fort étonné de les con^later, car ils se sont manifestés à un moment du tniitement où tout paraissait terminé et où rien ne pouvait me les faire prévoir. EnfiTi il est singulier de voir des sujets n'ayant jamais eu aucun rapport les uns avec les autres présenter des phénomènes d'une aussi parfaite identité, tant dans l'époque de leur apparition, que dans la manière dont ils se déroulent et dans les termeis mêmes avec lesquels les sujets les décrivent.

sans qu'ils soient régis par un déterminisme spécial.

La supercherie est une explication trop facile, et pour l'admettre il faudrait au moins se demander quel intérêt les sujets y pouvaient avoir. Se rendre intéressantes ? Il est bien singulier de les voir choisir un moment très précis de leur évolution morbide pour le faire de cette manière, et mieux encore discuter des choses dont elles n'ont jamais entendu parler, et pour cause, puisqu'elles n'ont jamais été décrites, des choses sur lesquelles personne ne leur pose de questions, dont on ne s'enquiert pas, et auxquelles elles ne peuvent par conséquent penser que l'on s'intéresse. Or, dans aucun cas, les sujets n'ont été interrogés à cet égard. C'est eux qui, spontanément, ont manifesté leurs impressions, et l'on peut remarquer dans les dialogues entre eux et les observateurs que ces derniers se sont bornés à leur demander de préciser leurs explications sans leur en fournir aucune eux-mêmes, et sans manifester même aucun étonnement pour ce qu'ils leur racontaient, de façon précisément à éviter de les poussera se croire très intéressants et à exagérer tout ce qu'ils éprouvaient.

La supercherie étant mise décote, on est en droi de se demander si ces sujets ne connaissaient pa déjà les organes qu'ils décrivaient. Sans doutf aucun d'eux n'avait été sans voir, ne fût-ce qu

VALIDITÉ DU PHÉNOMÈNE l53

<?hez des bouchers, dea poumons, un cœur, un foie, un intestin, etc., mais de là à en décrire la structure intime, microscopique, il y a loin. On peut répondre qu'ils en avaient lu des descriptions dans des livres de physiologie populaire. Mais l'un des sujets du D"" Comar était une paysanne sans instruction : deux au moins de mes sujets étaient absolument ignorantes des choses de la physiologie et de Tanatomie, ainsi que j'avais pu m'en assurer avant même qu'elles présentassent de Tautoscopie.

Souvenirs inconscients, dira-t-on encore. Je n'aurais eu garde de ne pas m'en méfier et, pendant leur sommeil, dans l'état par conséquent où elles pouvaient, en même temps qu'elles me faisaient leur description, se rappeler les connaissances qui leur permettaient de les faire d'une manière si précise, je leur ai demandé où elles avaient vu décrit ce qu'elles me racontaient, et elles m'ont toujours répondu qu'elles ne savaient pas de quoi il s'agissait.

Mais les sceptiques à outrance pourraient répondre encore qu'elles dissimulaient leurs connaissances. Je demanderai alors comment il se fait qu'elles n'emploient presque jamais de termes techniques, même pour des choses où l'appellation technique est d'usage courant. Or, toutes, sauf une, décrivent leurs organes, au moins certains, comme des choses absolument incon-

l54 LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE

nues auparavant et qui ne leur rappellent rien ; elles se servent de termes vulgaires, les mêmes chez toutes pour les décrire, comme ferait quelqu'un qui les verrait pour la première fois : ce sont des tuyaux, des cordes, des sacs, des poches : elles font des comparaisons avec des objets connus, du corail, des grappes, etc. Elles oublient d'ailleurs ces descriptions dès que la sensibilité et le fonctionnement de Torgane sont redevenus normaux, et ce n'est que lorsque les organes ont recouvré un certain degré de perfection que tout à coup le sujet se dit que ce qu'il sent « doit être tel organe » et affirme enfin que « c'est tel organe».

Pourquoi enfin l'autoscopie ne se montre-t-elle pas pour tous les organes chez tous nos sujets ? Pourquoi n'a-t-elle lieu que pour les organes qui sont précisément le plus profondément troublés dans leur sensibilité et dans leur fonctionnement, sinon parce que ce n'est que dans certaines conditions qu'elle peut se produire, parce qu'elle est liée à un certain état particulier de l'activité des centres corticaux, pendant le retour de cette activité normale ?

Pourquoi ne se produit-elle pas dès le début de la restauration de la sensibilité, mais seulement quand celle-ci est très avancée et qu'on a presque le droit de la croire complètement normale, sinon parce que c'est à un degré supé-

VALIDITÉ DU PHÉNOMÈNE l55

rieur, de perfection plus grande de cette sensibilité, qu'elle correspond?

Pourquoi est-elle si rare relativement aux cas tellement fréquents où se produit une régression considérable de la personnalité, et où les sujets ont tout autant d'instruction et de connaissances P

Il est aussi un point à noter, c'est rassocJation de Tautoscopie externe, des hallucinations autoscopiques avec l'autoscopie interne. Cette association s'est manifestée d'une façon reniiiiquahle chez le premier de nos sujets, montrant bien ainsi qu'on a affaire au même phénomène. On ne nie pas le second ; il n'y a donc pas lieu de nier le premier.

Mais, dira-t-on encore, c'est delà suggestion. Je pourrais répondre à cela qu'on ne sait pas, même en s'entendant sur la définition de la suggestion, de quelle façon elle agit. Or, toute la question est là et toutl'intérêt de ce plu'noînèoe. Nous allons l'examiner plus loin. Pour le moment, je me bornerai à faire remarquer que la suggestion ne saurait être incriminée ici. même dans son sens le plus large. Tout d'abord le D' Comar, qui a signalé le premier ces phénomènes, aurait été bien empêché de les suggérer, puisqu'il les ignorait complètement. Je me trouvais dans le même cas pour ainsi dire, car au rnornenl où je les ai constatés j'étais bien loin de m'y attendre et rien ne pouvait me les faire prévoir.

l56 LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE

lisse sont déclarés d'une façon tout à fait inopinée. Quant à avoir fait de la suggestion indirecte et involontaire, il suffit de lire nos observations pour voir avec quel soin nous avons évité cet écueil. Bien loin de posera nos sujets des questions capables de les mettre sur la voie de la description anatomique, nous nous sommes au contraire bornés à enregistrer ce qu'elles nous disaient, et même le plus souvent nous les avons forcées à préciser en faisant comme si nous ne comprenions pascedont elles nous parlaient, comme si c'étaient elles qui ne savaient ce qu'elles disaient, et si leur description ne correspondait à rien de réel. Et malgré tout elles continuaient, et cela dans des termes qui se sont trouvés identiques.

On a été jusqu'à penser que mes sujets avaient deviné la nature des renseignements que je recherchais ; qu'une parole, un geste de moi ou de mon entourage avaient pu suffire à mettre leur attention en éveil. Mais comment auraient-ils deviné une intention que je n'avais pas, que le D^ Comar pouvait avoir encore bien moins, lorsqu'il observa ces faits pour la première fois. Quant aux imprudences par gestes, j'étais seul les premières fois où cela s'est produit, et fussé-je entouré d'un ou deux aides, il faudrait admettr chez ces sujets — les yeux fermés — une perspica cité vraiment extraordinaire pour comprendre sui un geste de surprise ou d'attention que je désir

VALIDITÉ DU PHÉNOMÈNE l5j

qu'elle me décrive tel ou tel organe. Il est surprenant de voir que les gens qui supposent de pareilles explications ne s'aperçoivent pas qu'elles sont plus invraisemblables et plus jnerveilleuseâ que les faits auxquels ils prétendent lijs opposer. Ils suspectent la^ valeur de Tautoscopic en essayant de l'expliquer par la seconde vue des magnétiseurs.

En ce qui concerne la validité de T expérience, la réalité du phénomène, je crois doric qu'U est difficile de ne pas les reconnaître comme assurées.

Reste à se demander comment cela peut se produire. Je crois qu'à cet égard les études que j'ai faites autrefois sur la nature de Thyçitérie et sur les phénomènes qui accompagnent le retour de l'activité cérébrale consciente nous permettent d'interpréter d'une façon assez satisfaisante le phénomène.

Tous nos organes, c'est là un fait admis universellement aujourd'hui, sont représentés sur l'écorce cérébrale par des centres rrialeurs, sensoriels et viscéraux ; et si ces derniers ne sont pas encore admis officiellement, malgré les cas nombreux où j'ai pu les contrôler et les expériences que j'ai indiquées pour les constator, il n'y a aucune espèce de motif pour les nier apnori, et toutes les raisons au contraire pour les prévoir. Après avoir nié les centres moteurs de Fécorce, il

l58 LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE

a fallu les admettre ; après eux, il a fallu reconnaître l'existence des centres sensoriels ; chez les animaux on est arrivé à déterminer des centres corticaux pour divers organes ; il est singulier de voir qu'on nie aujourd'hui encore Texislence de ces derniers chez Thomme, malgré les nombreux exemples que j'en ai donnés, en les démontrant physiologiquement et cliniquement dans la majorité des cas, anatomo-pathologiquement même, pour le centre de l'estomac. Dans un article récent de Ia Revue neurologique (20 oct. 1902), MM. Parhon et Goldstein ont cependant pris en considération mes recherches sur ce sujet, et penchent en faveur de la localisation que j'ai donnée du centre de l'estomac.

Il est du reste hors de contestation que, par ce qu'on appelle la suggestion, on peut agir sur les fonctions viscérales. Or, pour que la suggestion, qui, de quelque façon qu'on se la représente, est un phénomène psychique qui ne peut se produire qu'au niveau de l'écorce cérébrale, agisse ainsi, il faut bien admettre que la représentation des viscères et des mouvements propres à les mettre en état de fonctionnement se fait aussi dans l'écorce absolument comme la représentation de toutes nos autres fonctions motrices et sensorielles. C'est du reste l'opinion de Wernicke et de ses élèves. deMeynert, Griesinger, et de Munck aussi, que h conscience que nous avons de notre corps n'est

CENTRES CORTICAUX lOg

que la somme des images formées par nos sensa- !

lions organiques ou internes, cènes thésiques en ,

un mot, de même que notre représentation du j

monde extérieur est la somme des images ré.sul- i

tant de nos sensations externes. Seulement, Wer- 1

nicke pense qu'aucune des images des diverses |

parties de notre milieu interne n'atteint le dcgi*o j

de discrimination de nos représentations du ^

monde extérieur, et que la conscience du premier j

est une notion d'ensemble en opposition avec la variété des actions du second. Cela est certaine- |

ment vrai dans l'état normal de notre fonctionnement cérébral. Mais lorsque ce fonctionnement est altéré, et, qu'après avoir été frappé d'inhibil ion en certains points, il reprend son activité normale, il n'en est plus de même, et des représentations partielles très nettes des parties du corps correspondant aux points inhibçs peuvent se produire.

Or, dans les états hystériques, quand il y a anesthésie d'un membre, perte de la fonction motrice de ce membre, arrêt d'activité du centre cortical moteur correspondant, le sujet ne peul plus se représenter ce membre, ni les mouvements dont il est capable normalement et qu'on lui demande d'exécuter. 11 ignore sa forme, m situation dans l'espace, son existence même parfois. Lorsque, par un procédé quelconque, on réveille l'activité du centre moteur, le sujet perçoit

l6o LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE

de nouveau ce membre, d'une façon très vague d'abord, puis de plus en plus précise : sa sensibilité s'affine, les mouvements volontaires reparaissent et se précisent, jusqu'à ce qu'enfin le sujet se représente complètement son membre et puisse alors lui faire exécuter facilement tous le& mouvements qu'il veut.

Si on compare ce qui se passe pour un membre avec ce que nous venons de voir pour les viscères, on ne trouve en réalité aucune différence. Sans doute, à l'état ordinaire, nous avons une représentation très nette de nos membres alors que nous n'en avons qu'une extrêmement faible de nos organes internes. Mais il faut remarquer que la représentation de nos membres est trèscomplexe, et qu'elle n'est pas constituée par un seul ordre d'impressions, les impressions cénesthésiques et kinesthésiques, mais que ces impressions sont complétées et contrôlées par les impressions visuelles et tactiles qui leur sont associées. Or, ces dernières ne contribuent en rien à la représentation que nous pouvons avoir de nos viscères, où les impressions cénesthésiques sont les seules qui nous les fassent connaître. Si on ajoute à cela que les changements organiques qu donnent naissance à ces impressions sont toujour les mêmes ou peu s'en faut, que l'habitude qu nous en avons nous les fait négliger, à moins d( fonctionnement anormal, et que ce fonctionne

REPRÉSENTATIONS CÉNESTHÉSIQUES i6i

ment lui-même peut se faire par la seule entremise des centres nerveux inférieurs, sans intervention de la volonté et par conséquent de la conscience, on ne sera pas surpris que la représentation normale de nos viscères soit très faible, très vague, et que nous ne l'évoquions pas. Mais il n'en reste pas moins que toutes les impressions qui partent de nos organes internes aboutissent à l'écorce cérébrale et contribuent, avec toutes les autres parties des organes moteurs et sensoriels, à la constitution de nos états de personnalité.

Dès lors, si une cause quelconque vient inhiber les centres des fonctions viscérales, il se passe quelque chose d'analogue à ce que nous voyons pour les organes de mouvement. Le sujet perd la notion de l'existence de son viscère, il ne ressent plus les besoins qui lui sont liés. Mais, dès que l'activité corticale est rétablie, il perçoit de nouveau des impressions qui prennent une intensité particulière en raison de leur isolement au milieu des autres organes insensibles et à fonctions ralenties et inconscientes. De même que le retour de la sensibilité et du fonctionnement d'un membre s'accompagne de réactions spéciales, motrices, sensitives et psychiques, de même aussi le retour de la sensibilité et du fonctionnement d'un viscère s'accompagne de réactions particulières, spéciales à chaque organe. Le sujet prend alors conscience de cet organe, de sa forme, de

3oLLiER. — Autoscopie. n

l63 LES PHÉNOMÈNES D*AUT08C0PIE

son fonctionnement, comme jamais il n'a pu être à même de le faire. Mais de même que nous sentons pour les membres nos muscles se contracter, et que nous nous en représentons ainsi la forme et les mouvements, nous pouvons nous représenter également la forme et les mouvements de nos viscères. Cela ne nous surprend que parce que nous n'en avons pas Thabitude, parce que pour les membres nous ne cherchons guère à nous les représenter cénesthésiquement, mais visuellement ou tactilement, et que nous en arrivons presque à laisser de côté les impressions cénesthésiques qu'ils nous donnent. Pour les viscères nous en sommes au contraire réduits à cette représentation cénesthésique, que nous ne pouvons réellement concevoir que lorsque nous l'avons perdue et que nous la retrouvons, ce qui arrive précisément dans l'état hystérique d'une façon quelquefois complète.

Mais comment peut-on « voir » des choses qui ]ious sont toujours cachées, qui sont dans Tintérieur de notre corps ? Nous avons discuté plus haut la façon dont les sujets « voient » leurs organes . En réalité ils ne les « voient » pas. comme avec la vue, ils se les représentent commue nous pouvons nous représenter une contraction musculaire quoique nous ne voyions pas non plus nos muî clés. Ils en ont une représentation cénesthésique

[ MODE DE PERCEPTION l63

I comme on peut en avoir une tactile — comme les I aveugles par exemple — qui nous donne cepen- [ dant la notion de la forme et du mouvement. Ces^ faits prouvent tout simplement que nos représen- ■ tations cénesthésiques peuvent nous donner le;^ ; mêmes renseignements que les représentations j tactiles, ce qui n'a absolument rien d'extraordinaire, ni de contraire à aucun enseignement ph) - ; siologique. La question de finesse des représenla- ' tions n'a plus d'intérêt/ C'est une chose toute relative, et rien ne nous empêche d'admettre que nous pouvons rencontrer sous ce rapport une I échelle d'acuité sensitive aussi étendue que pour ; toutes les autres espèces de sensations externes.

D'ailleurs il ne s'agit pas seulement d'une question d'acuité sensitive individuelle plus ou moins grande. Comme je l'ai dit plus haut, il est de lu plus grande importance de remarquer que les organes qui sont l'objet de l'autoscopie sont ceuv où l'arrêt fonctionnel a été le plus marqué, oia le trouble de l'activité centrale a été le plus profond. Une Test pas moins de noter le moment de l'apparition du phénomène, alors que la sensibilité et le fonctionnement de l'organe semblaient redevenus normaux.

De ces deux considérations on peut en eirct conclure que l'autoscopie tient non pas à l'inten^ site ou à l'acuité de la sensibilité, c'est-à-dire de

l64 LES PHENOMEXES d'aUTOSCOPIE

l'activité du centre cortical mise de nouveau en jeu, mais à l'extension de cette sensibilité et de cette activité à tous les éléments organiques, même les plus délicats. Le premier réveil de l'activité cérébrale ramène un fonctionnement en apparence suffisant de l'organe intéressé, mais en réalité incomplet. Le réveil complet avec autoscopie ramène le fonctionnement des éléments les plus infimes avec toute l'intensité d'activité dont ils sont capables. Dans la majorité des cas le trouble fonctionnel n'atteint les organes que superficiellement en quelque sorte, et, lorsque l'on restaure la sensibilité et l'activité fonctionnelle du centre cérébral correspondant à chaque organe, on ne constate que des réactions motrices et sensitives relativement grossières et ne portant que sur l'ensemble de l'organe. Dans nos cas au contraire les tissus eux-mêmes sont atteints dans leur activité, et le retour de cette activité liée à celle du centre cortical correspondant provoque dans ce centre des représentations, non plus de l'organe dans son ensemble comme dans les cas précédents, mais des représentations des éléments anatomiques eux-mêmes. Ce n'est en somme qu'une question de degré dans l'étendue du trouble fonctionnel. Du moment que nous admettons — et les faits sont là assez nombreux pour nous y obliger — que le retour de l'activité d'un centre cortical amène une représentation d'ensemble de l'organe

Page 1