‹ Les phénomènes d'autoscopieChapitre 36 sur 38 · INTERPRETATION DU PHENOMENE · texte numérisé non relu

INTERPRETATION DU PHENOMENE

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placé sous sa dépendance, et que nous ne pouvons connaître que par les impressions cénesthésiques qu'il envoie à notre écorce cérébrale, il n'y a aucune raison de ne pas admettre aussi que, ai l'activité de ce centre a été complètement inhibée, si les éléments anatomiques eux-mêmes les plus délicats ont été arrêtés dans leur fonction propre et spéciale — la fonction trophique, vitale, étant bien entendu conservée — le retour de cette activité amène également des représentations de ces éléments anatomiques.

Rapports de Vautoscopie interne avec l'autoscopie externe.

J'ai déjà indiqué ces rapports à propos de Tautoscopie externe. Je ne veux y revenir actuellement que pour montrer que dans les deux cas le phénomène est absolument de même nature. Ce qui est capital, c'est qu'il s'agit non d'un phénumène visuel, mais d'un phénomène cénesthésique, et que Yaatoscopie n'est pas en réalité le fait fondamental, mais que c'est la représentation, ou pour mieux dire Vaperc^plion, de sa propre personne, totalement ou partiellement, avec un plus ou moins grand nombre de ses attributs physiques et moraux, extérieurs ou intérieurs. Et ce qui montre bien que les deux phénomènes sont de même nature, c'est qu'on les voit coexister chez

l66 LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE

le même sujet, se substituer l'un à Tautre à des moments différents du réveil de l'activité corticale, et, chez nos différents sujets, l'autoscopie interne se manifester tantôt sous la forme spéculaire, tantôt sous la forme extériorisée simulant l'hallucination, comme lorsque le sujet dessine dans l'espace ce qu'il décrit en lui-même, tantôt sous la forme autoscopique interne pure, comme lorsque le sujet voit ses organes à leur place même et de dedans en dehors. Il n'y a donc, à mon sens, aucune différence de nature entre ces diverses formes.

J'ai dit qu'il s'agissait de représentation, mais, en réalité, s'il s'agit bien d'une représentation dans le cas d'autoscopie externe, dans l'autoscopie interne il s'agit, au conti^aire, d'une véritable sensation, liée à un état d'activité corticale particulier et qui se modifie comme cet état lui-même. C'est là une distinction qu'il importe de signaler, encore qu'elle ne change rien à la conception générale de l'autoscopie. •

Conséquences et Conclusions.

Il résuite de ces phénomènes des conséquences que je crois d'une assez grande importance pour la psychologie, et que j'examinerai rapidement i spécialement au point de vue de la conscience de la suggestion.

Tout d'abord un fait se dégage d'une façon V

CONSÉQUENCES iCj

nette, c'est que nous pouvons avoir des représentations de tous nos organes, dans leurs plus petits détails, dans l'intimité même de leur structure.

Si ce point est admis, on comprend quelle importance cela pourra avoir pour la connaissHuce des conditions du fonctionnement cérébral. Tous les sujets qui ont eu conscience autoscopiquemenl de leurs cellules cérébrales, par exemple, ont indiqué un état vibratoire correspondant à l'évocation des images. Il faut sans doute être très circonspect dans l'observation de ces faits, qui ne prendront une réelle valeur que lorsque leur nombre, recueilli dans des conditions aussi exactes que possible, sera assez considérable.

Un second fait non moins évident se manifeste, c'est que cette aperception ne se produit que lorsque le centre cortical d'un organe, après avoir perdu de son activité à un degré plus ou moins marqué et permanent, la récupère.

Un troisième fait apparaît enfin, c'est que, au

* fur et à mesure que l'activité du centre coriical

reparaît, les représentations qui sont liées aux

, phases successives de ce retour s'effacent les unes

les autres, jusqu'à ce qu'enfin le sujet, ayant recou-

i vré le fonctionnement normal de son organe , cesse

1 l'en avoir une représentation isolée, nette, et perd

^ usqu'au souvenir de ces représentations succcs-

ives.

l68 LES PUÉ^OMÈ^-ES d'aUTOSCOPIE

De tous ces faits nous sommes donc amené à conclure que c'est à des changements dans l'activilé corticale que sont liées nos représentations. Dès qu'il y a un état d'arrêt ou d'activité amoindrie, le sujet n'a plus de représentation des fonctions ou en a des représentations fixes. Dès que l'activité cérébrale reprend, les représentations liées aux états inférieurs de cette activité font place aux représentations normales. Or, ces représentations normales de nos viscères et de leurs fonctions sont très vagues, très confuses, fondues dans l'ensemble de notre cénesthésie, et cessent d'être isolables consciemment, l'activité cérébrale consciente étant presque absorbée par les fonctions motrices, sensorielles et intellectuelles. Elles ne sont pas inconscientes d'une façon absolue, mais relative, n'étant en réalité que masquées par des représentations et des sensations beaucoup plus nombreuses, variées et intenses.

^fous constatons en outre ceci, qui a une grosse importance, c'est que la conscience n'est pas liée au maximum de raclivilé cérébrale. Elle existe à tous les degrés de cette activité, même les plus inférieurs. Ce que nous appelons la conscience ordinairement, c'est le sentiment spécial que nous avons de notre fonctionnement normal. Mais, au-dessous de ce fonctionnement normal, nous pouvons avoir également connaissance, d'une façon aussi précise et aussi nette, de ce qui se passe en

CONDITIONS DE LA CONSCIENCE lOQ ;

nous. Nous prenons alors conscience des phéno- /x^

mènes qui, à l'état normal, sont subconscients ou inconscients. De sorte qu'en réalité nous pouvons prendre conscience de tous les états, même les plus inférieurs, de notre activité cérébrale ; la subconscience et l'inconscience ne sont pas des termes absolus mais relatifs, et, lorsque nous som- '; mes dans un état d'activité inférieure à la normale, tous les phénomènes normalement accompagnés ji de conscience deviennent subconscients et même 1 inconscients, tandis que ceux qui sont normale- -f^-; ment subconscients ou inconscients deviennent * > au contraire conscients. i:

La conscience nous apparaît ainsi comme liée ^; uniquement, non pas au maximum de l'énergie ^^ cérébrale normale, mais au maximum de l'énergie cérébrale disponible dans un moment donné.

Elle n'est pas au sommet de la hiérarchie des manifestations cérébrales ; elle accompagne chaque degré de cette hiérarchie, jusqu'aux plus inférieurs. Il n'y a jamais à proprement parler d'inônscience ; l'inconscience équivaudrait à la mort

I , jJe l'organe ou de son centre cortical.

le a kie

Nous voyons, en outre, que la conscience ne se , montre que s'il y a modification dans l'état de l'activité cérébrale, et qu'elle correspond toujours EL un dégagement de cette énergie, à une remise 'en activité de l'écorce cérébrale. Aussi voyonsmous qu'elle accompagne le retour de cette activité

jusque dans ses degrés les plus inférieurs, quand les centres fonclionnels ont été atteints d'un arrêt presque complet, allant jusqu'à enrayer, nonseulement le fonctionnement propre des organes, mais même celui de leurs éléments constitutifs.

Quand un centre cérébral a recouvré ainsi tous les degrés de son activité, alors seulement la conscience ne se montre que dans ses manifestations d'ordre supérieur, de même que lorsqu'il était inhibé, engourdi, elle se montrait à propos des manifestations correspondant à son maximum d'activité.

Il ressort encore de l'étude de ces phénomènes d'autoscopie et des conditions dans lesquelles ils se produisent, conditions très faciles à déterminer aujourd'hui, comme je l'ai montré, que la conscience disparaît suivant un ordre déterminé et absolument parallèle à celui des fonctions : les plus délicates, les plus spécifiques de chaque organe disparaissant les premières, et celles d'ordre plus général, jusqu'aux fonctions vitales des éléments anatomiques elles-mêmes, diminuant à leur suite. Dès que la fonction propre de l'organe a perdu son activité — c'est-à-dire le centre cortical qui la tient sous sa dépendance — on voit survenir la perte du besoin organique spéci \ puis de l'anesthésie de l'organe intéressé, et, 1 même temps, de l'inconscience, et la perte 11 pouvoir de représentation de la fonction d'abo ,

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CONDITIONS DE LA CONSCIENCE I7I î^

des modifications et excitations de l'organe ensuite, et de son existence enfin, quand il y a inhibition complète. Dès qu'il y a anesthésie et perte de la conscience normale, on ne peut présumer du degré d'amoindrissement de l'activité du centre cérébral que parla façon dont s'accomplit la fonction qui en dépend. Mais on n'a jamais une mesure très exacte. Au contraire, quand on réveille, par un moyen quelconque, l'activité de ce centre cérébral, on constate avec la plus grande facilité jusqu'à quel point elle était enrayée, grâce à la conscience qui accompagne le retour de la fonction, et par l'appréciation du degré d'activité fonctionnelle le plus inférieur dont le sujet peut prendre conscience.

Telles sont, rapidement exposées, pour ne pas sortir du cadre de cet ouvrage, les principales conséquences que nous pouvons tirer de ces faits, joints à tous ceux que j'ai signalés dans d'autres travaux, en ce qui concerne les conditions de la conscience. Il nous reste à examiner celles qu'on peut en tirer au point de vue de la suggestion.

Quoique ce soit un phénomène dont on a usé et abusé depuis un certain nombre d'années, dont on a fait le pivot de toute une pathogénie des névroses et de toute une thérapeutique, je crois que, considérée comme une idée imposée à l'esprit et acceptée par lui, elle n'existe pas. Les adeptes de la suggestion se sont arrêtés avec prédilection sur tous

f2 LES PHE^OME^SES D AUTOSCOPIE

I».-* effrrt- hlzarres oa paraissant tels qu'elle pouvait donner. H* ne «e sont guère préoccupés de la <^u\e chose qui élaît cependant la plus essentielle, à savoir comment les sujets pouvaient exécuter des ordres su:jzérés d'actes mettant en jeu des organes échappant à la volonté, à Tétat normal. 11 > n'ont pas remarqué qu'il est aussi difBcile d'explirpier jKiurquoi l'ordre de lever mon bras, que je viens d'entendre, se transforme en mouvement que de comprendre comment l'ordre de vomir^ donné dans le sommeil hypnotique à un sujet hystérique, se transforme en vomissement. Ils ont cru tout élucider, et on a fini par admettre, les yeux fermés, celle explication, en disant que c'était par suggestion que le vomissement se produisait. L ne telle réponse n'est qu'un aveu d'ignorance ; mais on a une lelle tendance à prendre les mots pour des exphcations que l'on s'en est contenté ; on ne s'est pas demandé si ce n'était pas exactement par le même mécanisme que celui de lever le bras quand on l'ordonne, que se produisait le vomissement quand on le suggère dans le sommeil hypnotique, c'est-à-dire par la volonté du sujet, capable dans cet état de se représenter son organe et d'agir ainsi sur lui comme sur les muscles volontaires.

Quand on considère les faits que nous rappor tons ici, on constate une fois de plus ce que j'a démontré dans mon ouvrage sur la genèse et 1

MÉCANISME DES ACTES SUGGÉRéS 178

nature de Thystérie : c'est que dans les états d'hystérie, dans les états d'engourdissement plus ou moins marqué des différents centres cérébraux, et d'arrêt plus ou moins complet des fonctions organiques qui en dépendent, les sujets peuvent agir volontairement sur leurs muscles lisses, qui échappent normalement à l'action de la volonté, de même qu'ils ont conscience des phénomènes organiques ordinairement inconscients. Les faits nouveaux que nous apportons ici montrent jusqu'à quelles limites extrêmes, et que je n'avais pas observées alors, cette conscience des organes et de leur fonctionnement peut aller.

Or, en même temps, nous constatons que les sujets peuvent agir volontairement sur ces organes et sur ce fonctionnement, grâce à la conscience et à la représentation qu'ils en ont. Des organes qui, à l'état normal, échappent à la volonté, lui deviennent au contraire soumis quand l'activité cérébrale est diminuée. Et nous pouvons remarquer ainsi que la volonté suit exactement les mêmes lois que la conscience et qu'elle accompagne, comme elle le maximum de l'énergie disponible à un moment donné, d'un centre donné, mais non pas le maximum normal de son activité. Si donc la volonté se montre parallèlement à la conscience à tous les degrés, même les plus inférieurs, de l'activité cérébrale, au moment où son activité amoindrie se réveille, nous sommes ramenés au

l'ji LES PHÉ>OMÊ>ES d'aUTOSCOPIE

cas simple d'un ordre exécuté avec nos membres, avec des muscles striés, dit volontaires. On ordonne à un sujet de vomir, et il vomit, parce que dans l'état de sommeil hypnotique il a pu se représenter son estomac et les mouvements nécessaires pour provoquer le vomissement, et qu'en même temps il a pu agir sur lui.

Les fervents de la suggestion ont en effet oublié aussi une chose, c'est de remarquer pourquoi chez un même sujet toutes les suggestions ne sont pas possibles, et l'état de fonctionnement et de sensibihté des organes sur lesquels la suggestion peut s'exercer. Ils auraient pu constater alors que ce n'est que chez les sujets profondément anesthésiés, à fonctions extrêmement ralenties, dont l'état de conscience était le plus inférieur, que la suggestion se faisait le plus facilement, mais surtout que, même chez ces sujets, c'était seulement pour les organes les plus atteints qu'on pouvait suggérer des actes quelconques, qu'à l'état de conscience normale ils n'auraient jamais pu exécuter volontairement. Rien ne leur devient plus facile du moment qu'ils ont conscience de leur organe et de son fonctionnement.

Nous comprenons maintenant comment cela peut être, et nous sommes dès lors amené à cett~ conclusion : que la suggestion n'est pas autre chos qu'un ordre quelconque et que son mécanisn n'est pas différent de celui par lequel s'exécutei

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