‹ Les phénomènes d'autoscopieChapitre 6 sur 38 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Remarquons la justesse de la distinction que Goethe fait des yeux de la chair et de ceux de Tintelligence, qui prouve bien qu'il a saisi la vraie difiFérence entre le phénomène autoscopique et r hallucination visuelle commune. L'impression du sujet est toute différente dans les deux cas.

Shelley voyait aussi sa propre personne qui parfois lui adressait la parole. Mais le poète qui a présenté Tautoscopie externe la plus nette est certainement Musset qui l'a parfaitement décrite dans la Nuit de décembre et qui a dû l'éprouver dans les circonstances les plus émouvantes de sa vie quand il dit :

Du temps que j'étais écolier, Je restais un soir à veiller Dans notre salle solitaire.

Devant ma table vint s'asseoir Un pauvre enfant vêtu de noir, Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :

A la lueur de mon flambeau, Dans mon livre ouvert il vint lire.

Il pencha son front sur sa main.

Et resta jusqu'au lendemain, Pensif, avec un doux sourire.

de personnage lui apparaît dans les diverses ases de son existence mouvementée :

ÏO LES PHÉNOMÈNES d'aUTOSCOPIE

Je m'en suis si bien souvenu, Que je l'ai toujours reconnu A tous les instants de ma vie.

C'est une étrange vision ; Et cependant, ange ou démon, J'ai vu partout cette ombre amie..

Partout où j'ai voulu dormir.

Partout où j'ai voulu mourir.

Partout où j'ai touché la terre, Sur ma route est venu s'asseoir Un malheureux vêtu de noir Qui me ressemblait comme un frère.

Et le poète se demande :

Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère.

Qui n'apparais qu'au jour des pleurs?

Un de nos plus illustres romanciers contemporains, Guy de Maupassant, y a été sujet aussi, sous deux formes que nous aurons l'occasion de distinguer, la forme positive et la forme négative. Un de ses amis intincies m'^ rapporté qu'en 1889, c'est-à-dire au moment où il entrait dans la paralysie générale, il avait eu cette hallucination d'une façon très nette un après-midi et la lui avait racontée le soir même.

Etant à sa table de travail dans son cabinet, où son domestique avait ordre de ne jamais entrer pendant qu'il écrivait, il lui sembla entendre sa

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porte s'ouvrir. Il se retourna et ne fut pas peu surpris de voir entrer sa propre personne qui vint s'asseoir en face de lui, la tête dans la main, et se mit à dicter tout ce qu'il écrivait. Quand il eut fini et se leva, l'hallucination disparut. Du reste, le Horla dç cet auteur n'est que l'ébauche de l'hallucination cénesthésique que nous décrivons ici. G. de Maupassant raconte, en effet, qu'il le sentait près de lui sans cesse, qu'il pénétrait en luimême, mais il ne le distinguait pas, ne le voyait pas. Dans ce cas, il a eu la vraie hallucination autascopique, ce qui montre bien ses rapports avec les autres cas où il n'y a que sensation cénesthésique.

Malheureusement, comme dans la plupart des cas, il est impossible de savoir quels ont été les troubles physiques, de sensibilité générale ou autres, qui ont accompagné le phénomène.

Lasègue^ l'a rencontré chez un alcoolique subaigu.

C'est Féré qui, dès 1891 \ a proposé le nom à! hallucination autoscopiqae ou spéculaire. Il fait observer que ce nom vaut mieux que celui de deutéroscopie que lui donnait Brierre de Boismont, et l'épithète plus extensive d'autoscopie est préfé-

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