AVANT-PROPOS
L'étude du coryza spasmodique a fait l’objet de nombreux travaux. Les auteurs classiques discutaient passionnément sa pathogénie et avaient établi une classification exclusivement fondée sur les conditions d’éclosion des crises. Ils distinguaient :
19 Le coryza spasmodique périodique, dont les crises surviennent tous les ans à la même époque (15 mai au 15 juillet) ; :
20 Le coryza spasmodique apériodique, dont les crises éclatent inopinément à n'importe quelle période de l’année.
Le premier type, vulgairement appelé rhume des foins, a été très étudié. Il est considéré actuellement comme une affection de nature anaphylactique, c’est donc une manifestation clinique de choc. Le second type a été moins étudié. Certains auteurs en ont fait une affection distincte du rhume des foins, et l’ont confondu avec les réflexes d’origine nasale.
Nous étudierons ici ce coryza spasmodique apériodique. Nous montrerons qu’il constitue aussi, quelle que soit sa cause provocatrice, une manifestation clinique de choc.
Ainsi apparaîtra nettement, tant au point de vue physiopathologique qu’au point de vue pathogénique, l'identité de ces deux variétés de coryza spasmodique, identité déjà soutenue au nom de la chnique par Garel et Molinié.
Nous consacrerons au rhume des foins un court chapitre. Nous y rassemblerons seulement les arguments qui permettent de le rattacher aux phénomènes de choc et de le ranger, comme une simple forme étiologique, dans le cadre plus large du coryza spas-
modique.
AÀ.— PHÉNOMÈNES SUBJECTIFS
On désigne sous le nom de coryza spasmodique un syndrome à manifestations nasales exclusives ou prédominantes, dont les signes cardinaux sont :
Les éternuements ;
L’écoulement nasal aqueux ;
L’obstruction nasale.
Des phénomènes réactionnels de voisinage s’associent à ces symptômes nasaux cardinaux, mais restent au deuxième plan. Ce sont surtout des signes oculaires : picotement des yeux, spécialement à leur angle interne, au niveau de la caroncule lacrymale, injection des conjonctives, larmoiement. Ces symptômes oculaires apparaissent, en général, en même temps que les symptômes nasaux, mais parfois les précèdent, marquant le début des accidents. Souvent le malade se plaint de démangeaisons du conduit auditif externe, a la sensation d’oreille bouchée et souffre d’une gêne respiratoire mécanique liée à l’obstruction nasale.
Ce syndrome a un caractère très spécial : c’est son allure paroxystique. Il survient par accès brusques dont l’intensité est des plus variable, non seulement chez les différents sujets, mais aussi chez un même malade. C’est tantôt la petite crise de cinq à dix éternuements espacés, avec obstruction nasale légère et écoulement nasal modéré, le malade mouillant à peine un ou deux mouchoirs ; c’est tantôt la grande crise spasmodique de cinquante à ceut éternuements et plus, subintrants ou en salves, avec obstruction nasale complète, rinorrhée profuse, phénomènes oculaires intenses et même atteinte de l’état général : lourdeur de tête, inaptitude au travail, sensation de courbature, malaise, état fébrile même.
Cette crise est généralement courte, sa durée est de quelques minutes ou de quelques heures. Elle cesse brusquement comme elle a débuté, disparaît sans laisser de traces.
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Le rythme suivant lequel se reproduisent les crises est infini-
ment varié : elles sont espacées, accidentelles ou répétées, habi-
tuelles, limitées à une saison ou échelonnées sur toute l’année. Ce rythme dépendra de la cause du coryza, qui est extrêmement variable.
Habituellement, la crise de coryza spasmodique se limite à ces symptômes nasaux et oculaires. Mais il n’est pas rare qu’elle soit suivie de phénomènes asthmatiques, allant de la simple oppression jusqu’à la crise d’asthme franc : c’est alors la forme oculo-nasobronchique du coryza spasmodique. En règle générale, pendant longtemps, ces phénomènes asthmatiformes n’apparaissent qu’accidentellement après une crise spécialement intense de coryza spasmodique. Le rhume des foins est le type clinique le plus connu de ce coryza spasmodique dans ses deux variétés : oculo-nasale et oculonaso-bronchique.
Parfois la crise de coryza spasmodique se borne à l’écoulement nasal aqueux : c’est alors le syndrome connu sous le nom d’hydrorrhée nasale, terme créé par Bosworth (1) en 1889 pour désigner « une curieuse affection des fosses nasales ayant pour principal « symptôme un abondant écoulement par le nez de liquide aqueux. « Cette affection présente une certaine analogie avec le rhume des « foins, mais en diffère par le moment de son apparition, laquelle « peut survenir en toute saison. Elle n’est pas toujours dépourvue « d’un certain degré de périodicité, car elle est susceptible parfois de « reparaître à jours fixes ou à certaines heures déterminées. »
M. Marcel Lermoyez (2) a donné de cette hydrorrhée nasale une description suggestive. « Mon nez coule comme une fontaine. » « Les malades, qui s’efforcent ainsi de nous apitoyer sur leur infor- « tune, cisèlent la description de l’hydrorrhée nasale en une phrase « lapidaire. Nulle image n'illustra jamais meilleure comparaison. « Une sécrétion fluide, transparente, incolore sort des fosses nasales. « Les mouchoirs qui la recueillent s’en imbibent aussitôt. Quand ils « sont séchés, ils ne montrent ni taches ni empois. Ils peuvent « décemment reprendre leur service. L’eau claire d’une fontaine « ne les aurait pas mieux lavés. L’écoulement rhino-hydrorrhéique « est profus, parfois ruisselant. Certains nez trempent soixante mou- « choirs par jour. Et le mouchoir d’un hydrorrhéique est grand; « l'élégance a reculé devant l’utihté, le chiffon de mousseline est « devenu serviette. Quand éclate la crise (l’hydrorrhée nasale est « paroxystique), il semble que se déclare une violente épistaxis « blanche. On ne mouche pas alors son nez, on l'éponge. »
L'examen microscopique de ce liquide nasal aqueux nous a
montré, dans les quelques cas où nous avons pu le pratiquer, l’absence d'éléments cellulaires.
Le rhume des foins prend exceptionnellement cette forme ; aussi Bosworth l’en distinguait-il. L’hydrorrhée nasale se répète en général toute l’année sans cause bien évidente. Elle constitue, lorsqu'elle acquiert une grande intensité, une véritable infirmité qui entrave la vie sociale du malade. Bien souvent, sur ce fond d’hydrorrhée nasale, éclatent de temps à temps des crises d’éternuements, des accès d'asthme même, qui complètent accidentellement le tableau clinique du coryza spasmodique.