LA PLUIE, LE VERGLAS, LA NEIGE, LE GRÉSIJ
On a déjà vu que la vapeur d'eau est un des éléments constituants de l'air, mais que la proportion pour laquelle elle entre dans sa composition est peu considérable. Cette proportion est en outre très variable. Un certain espace ne peut jamais contenir qu'une quantité limitée de vapeur. Cette quantité est la même, que l'espace dont il s agit soit d'ailleurs parfaitement vide, comme l'est, par exemple la chambre barométrique, ou qu'il contienne déjà de l'air ou tout au'tre gaz proprement dit. Dans les deux cas, lorsque l'espace ou l'air qui y est compris a absorbé toute la vapeur qu'il est capable de recevoir on dit qu'il est saturé. Mais le point de saturation varie avec la température. Si dans deux vases d'égale capacité, l'un vide, l'autre plein d'air sec, ayant même température, on introduit une quantité d'eau telle que la totalité de cette eau transformée en vapeur soit nécessaire pour la saturer, on verra, dans le vase vide, l'eau se vaporiser et dis paraître très rapidement; elle se vaporisera et disparaîtra aussi dans 1 autre, mais beaucoup plus lentement. Le vase vide sera donc saturé immédiatement; tandis que l'espace plein d'air ne le sera qu'après un temps d'autant plus long que la densité de l'air sera plus grande ou en d'autres termes, que l'air sera plus comprimé. D'où l'on voit que la pression de l'air est sans influence sur le point de saturation d'un espace donné, mais qu'elle a pour effet de retarder la formation et 1 expansion des vapeurs. Si maintenant on ajoute de part et d'autre une nouvelle quantité d'eau, il ne se formera plus de vapeur, à moins qu on n élève la température. Bien plus, comme l'addition d'un certain volume de liquide dans les deux vases aura nécessairement diminué 1 espace précédemment saturé, cet espace ne pouvant plus contenir la même quantité de vapeur, une partie de cette dernière reviendra à letat liquide ou, comme disent les physiciens, se précipitera. Un abaissement de température produirait le même résultat.
On conçoit aisément, d'après cela, qu'au sein de l'atmosphère la formation et la précipitation des vapeurs dépendent exclusivement de la température ; que , dans les divers phénomènes auxquels cette formation et cette précipitation donnent lieu, ce soit toujours la chaleur qui, comme dans les vents et les tempêtes, joue le principal rôle, qu'en un mot, ici encore, le soleil, — « ce grand agitateur des masses aériennes, » disait Babinet, — exerce sur le temps une action souveraine, modifiée, bien entendu, par une foule de causes secondaires.
C'est, en effet, sous l'influence de la chaleur solaire que les mers, les fleuves, les lacs, les étangs émettent successivement des vapeurs qui se répandent dans l'atmosphère. La plus ou moins forte proportion de vapeur que l'air tient en dissolution constitue son humidité ou sa sécheresse, ou, pour nous servir d'une expression plus scientifique , son état hygrométrique ou sa fraction de saturation.
Il est d'un grand intérêt, dans les recherches météorologiques, de déterminer l'état hygrométrique de l'air, en d'autres termes, le rapport qui existe entre la quantité de vapeur qu'il contient actuellement, et celle qu'il renfermerait s'il était saturé à la même température. On fait usage pour cela d'instruments appelés hygromètres. Ces instruments sont aujourd'hui très nombreux; mais ils peuvent être tous ramenés à quatre espèces, savoir : les hygromètres chimiques, les hygromètres à absorption, les hygromètres à condensation et les psy-
ehromètres.
Les hygromètres chimiques sont des appareils dans lesquels on fait passer, à l'aide d'un aspirateur, un volume d'air déterminé, dont la température est connue, sur une substance très avide d'eau, telle, par exemple, que le chlorure de calcium. Celte substance a été pesée avant l'expérience. On la pèse de nouveau après que l'air lui a abandonné toute son humidité. La différence représente évidemment la quantité de vapeur d'eau que l'air tenait en dissolution. On en déduit par le calcul la fraction de saturation.
Les hygromètres à absorption sont fondés sur la propriété que possèdent certaines matières organiques de s'allonger lorsqu'elles absorbent de l'humidité, et de se raccourcir, au contraire, en se desséchant. A cette espèce d'instrument appartiennent les hygromètres populaires oui sont censés annoncer la pluie et le beau temps, et auxquels le vulgaire accorde une confiance aussi peu justifiée que le nom de baromètre qu'on leur donne communément. Je veux parler de ces figures en carton, représentant soit un moine qui ôte son capuchon quand le temps est au beau, et qui le rabat sur sa tête quand la pluie menace, soit un chat qui tient sa patte baissée dans le premier cas , et , dans le
second , la relève vers sa tête comme « pour faire sa toilette ». Le moteur de ces petites machines prophétiques est une corde de boyau, fixée par|une de ses extrémités à la planchette qui soutient la figure, et par l'autre au capuchon du moine ou à la patte du chat. Cette corde est tordue, et sa torsion change lorsque le temps est humide, ce qui fait tourner l'extrémité mobile du boyau à laquelle est attaché l'index;
Hygromètres populaires.
malheureusement ce résultat ne se produit qu'avec une extrême lenteur; de sorte qu'il n'est pas rare de voir la prédiction suivre l'événement, au lieu de l'annoncer.
Le célèbre physicien Théodore de Saussure a construit un hygromètre à cheveu, dont le mécanisme est analogue à celui des instruments dont je viens de parler, et qui, bien que beaucoup plus délicat, ne laisse pas de présenter aussi de graves imperfections. Il se compose d'un cadre sur lequel est tendu un cheveu, fixé invariablement par un bout, tandis que l'autre bout s'enroule sur une poulie à double gorge. Sur la seconde gorge de la poulie est enroulé, en sens contraire du cheveu, un fil de soie auquel est suspendu un petit contrepoids, de manière à maintenir le cheveu toujours également tendu. Une aiguille fixée à la poulie décrit sur un cadran des arcs proportionnels aux allongements et aux raccourcissements du cheveu. Il est indispensable que ce dernier, avant d'être adapté à l'instrument, ait été dégraissé dans l'éther, puis lavé à grande eau. Il faut en outre que le mécanisme de la poulie et de l'aiguille soit extrêmement léger et
mobile. Enfin la graduation du cadran doit être faite en prenant le point cent, ou de saturation, dans un vase hermétiquement fermé et contenant une épaisse couche d'eau. Le point zéro ou de sécheresse extrême doit être déterminé dans le même vase, où l'eau est remplacée par de l'acide sulfurique concentré. L'hygromètre à cheveu doit être accompagné d'une table construite pour chaque cheveu en particulier, qui indique la fraction d'humidité pour chaque nombre. Le degré 72 est voisin de la fraction 1/2. C'est que , comme M. Regnault l'a prouvé, malgré toutes les précautions, des hygromètres à cheveu peuvent bien être comparables entre eux lorsqu'ils ont été construits avec des cheveux de même espèce, lessivés de la même manière, et qu'ils ont été réglés dans le même vase; mais il n'en est plus ainsi pour des hygromètres dont les cheveux diffèrent seulement de nature,' à plus forte raison quand les points extrêmes n'ont pas été déterminés dans des conditions identiques.
En 1752, Le Roy, médecin de Montpellier, s'avisa le premier, pour mesurer la quantité de vapeur dissoute dans l'air, de condenser cette vapeur sur les parois extérieures d'un vase métallique , contenant de l'eau qu'il refroidissait en y ajoutant successivement de petits morceaux de glace. Un thermomètre plongé dans le vase donnait la température de saturation de l'air ambiant : ce qu'on a appelé le point de rosée. Plusieurs physiciens ont construit depuis des appareils de formes et de dispositions différentes , mais destinés également à mesurer la fraction de saturation de l'air par la condensation de sa vapeur.
La méthode dite psychrométrique , dont la première idée appartient à Gay-Lussac, se réduit à l'observation comparative de deux thermomètres, dont l'un est simplement exposé à l'air ambiant, tandis que le réservoir de l'autre est constamment humecté par une mèche de coton trempée dans l'eau.
Tout le monde sait qu'il y a des vents secs et des vents humides, et que leur plus ou moins de sécheresse ou d'humidité dépend à la fois de leur température et de la nature des régions sur lesquels ils ont . passé. En Europe, par exemple, les vents de l'est et du nord-est sont toujours secs ; les vents de l'ouest, du nord-ouest et du sud-ouest sont toujours humides. On peut dire que la tension de la vapeur d'eau, par les différents vents, suit une gradation descendante depuis le nord-est jusqu'au sud en passant par l'est, et ascendante depuis le sud jusqu'au nord-est en passant par l'ouest et le nord.
L'humidité de l'air par les différents vents varie d'ailleurs selon les saisons. D'après les observations de Kaemtz, ce sont les vents de l'E. et du N.-E. qui, en hiver, sont les moins chargés de vapeur, et néanmoins les plus humides, parce qu'en raison de leur basse température
ils sont aussi les plus rapprochas de leur point de saturation. En été, ce sont les vents d'O. et de S.-O. dont la fraction de saturation est la plus forte. Au printemps, ce sont les vents du N. et du N.-O.; et en automne, ceux du N.-O. et du S.-E. La moyenne hygrométrique de l'hiver est la plus élevée; puis vient celle de l'automne, puis celle du printemps, et en dernier lieu celle de l'été.
Quant aux variations hygrométriques locales, il est évident que, toutes choses égales d'ailleurs, elles tiennent d'une part à l'altitude, de l'autre à la présence ou à l'absence, à l'abondance ou à la rareté des eaux. On sait que la quantité absolue de vapeur dissoute dans l'air va en diminuant avec la chaleur de l'équatcur aux pôles; mais on ignore jusqu'à présent si, dans des localités semblables, bien que situées à des distances inégales du pôle, l'humidité relative se comporte de la même manière ou d'une manière différente. Sur l'Océan, à toutes les latitudes, l'air doit être à l'état de saturation. Cependant, comme l'eau de mer est salée, la tension de vapeur est un peu moindre qu'elle ne serait pour de l'eau pure, à température égale; ou, en d'autres termes, elle est la même que si l'eau était pure et que la température fut un peu plus basse qu'elle n'est en réalité.
Sur les côtes, à latitude égale, l'humidité est plus grande qu'en aucun lieu des continents, et elle diminue à mesure qu'on pénètre dans l'intérieur. Cette loi, sauf les irrégularités dues à la présence des lacs ou des cours d'eau, ne souffre point d'exception. Elle se vérilie aussi bien dans la Sibérie que dans les plaines de l'Orénoque, dans l'intérieur de la Nouvelle- Hollande que dans les déserts de l'Asie ou de l'Afrique. Ces déserts, où l'eau manque presque entièrement, ne sont le siège d'aucune évaporation sensible; mais d'autre part l'ardente température qui y règne, accrue encore par la réverbération du sable, s'oppose aux précipitations aqueuses. L'air qui y afflue des latitudes supérieures conserve donc toute la vapeur dont il est chargé; mais il acquiert une température qui diminue d'autant sa fraction de saturation. Ce n'est donc pas sans raison que les voyageurs parlent du vent « desséchant » des déserts, et l'on peut se faire une idée de l'avidité avec laquelle l'air absorbe l'humidité partout où il la rencontre, après avoir passé ou séjourné dans ces fournaises de la zone torride.
Lorsque l'air est très chargé de vapeur d'eau et que sa température vient à s'abaisser, il arrive souvent que, par le fait de ce refroidissement, son point de saturation est dépassé. Une partie de la vapeur qu'il contenait doit revenir à l'état liquide. Mais elle n'y revient pas toujours sous la même forme. Le plus ordinairement même, avant de se précipiter en eau, elle passe par un état particulier de division qui lui permet de rester suspendue dans l'air, tantôt près du sol, tantôt à des
hauteurs plus ou moins grandes, jusqu'à ce que, par l'effet d'une grande accumulation, d'un nouveau refroidissement ou d'une perturbation électrique de l'atmosphère , elle se condense tout à fait ou même se congèle, el tombe en plus ou moins grande abondance. Les divers modes de précipitation de la vapeur contenue dans l'air donnent lieu aux phénomènes de la rosée, du givre ou gelée blanche, des brouillards, des nuages, de la pluie, de la neige, du grésil et enfin de la grêle.
La rosée a été autrefois le sujet de bien des hypothèses erronées, de bien des fables. Ce qui intriguait fort les physiciens (au temps où les physiciens savaient peu de chose de la chaleur et de ses effets sur les corps), c'est que la rosée se produit toujours la nuit, quand le temps est beau; et cette sorte de pluie tombant sans qu'on la voie ni qu'on la sente tomber, en l'absence de tout nuage , ne leur semblait pas un moindre prodige que les foudres éclatant dans un ciel serein. Plusieurs la prenaient pour la sueur de la terre; d'autres pour une pluie très fine, venue des hautes régions de l'atmosphère; quelques-uns même y voyaient une émanation des astres, et lui attribuaient des propriétés merveilleuses. C'est un médecin anglais, le docteur Welsh, qui a donné enfin de ce prétendu prodige une explication très simple et très satisfaisante. Il a montré que le phénomène de la rosée est le même qui se passe journellement sous nos yeux, lorsque de la buée se dépose sur les vitres de nos appartements, la température extérieure étant peu élevée, ou sur la surface d'une carafe contenant de l'eau fraîche, qu'on apporte dans une pièce chaude ; que ce n'est, en un mot, qu'une condensation de vapeur produite par le refroidissement des couches d'air en contact avec une surface refroidie.
Pendant le jour, sous l'action des rayons solaires, l'air s'imprègne plus ou moins de vapeur. Lorsque le soleil a disparu derrière l'horizon, la terre ne reçoit plus de chaleur; c'est elle, au contraire, qui rayonne dans l'espace la chaleur qu'elle a reçue; au lieu de s'échauffer, elle se refroidit, et elle se refroidit d'autant plus que le ciel est plus pur; car si le ciel est voilé de nuages, ceux-ci rendent à la terre une partie de la chaleur qu'elle leur envoie. Les couches d'air en contact avec le sol participant à son refroidissement, la vapeur qu'elles contenaient se condense, humecte la terre, ruisselle sur les pierres, ou se suspend en gouttelettes limpides aux brins d'herbes et aux pétales des fleurs. Si le temps est assez froid pour que la température s'abaisse au-dessous de zéro, la rosée se congèle et devient du givre ou de la gelée blanche.
La gelée blanche ne se produit pas seulement en automne ou en hiver, mais aussi au printemps, surtout dans le mois d'avril, époque où souvent, dans nos climats, souffle le vent du nord-est. Les journées
sont belles et tièdes , partant l'évaporation est abondante; mais les nuits sont froides et longues encore. Le rayonnement nocturne devient alors funeste aux jeunes pousses, que le froid désorganise et roussit comme si elles eussent été brûlées.
Le vulgaire, qui, dans ces nuits claires et froides, voit la lune briller au ciel de tout son éclat, attribue cet effet au pauvre astre, qui n'en peut mais. C'est la lune rousse, dit-il, qui grille les plantes. D'illustres pbysiciens , Arago entre autres , se sont donné la peine de combattre cet absurde préjugé , qui n'en persiste pas moins parmi le peuple des campagnes. Heureusement ce préjugé-là n'induit pas, comme tant d'autres , les cultivateurs en des actes contraires à leurs intérêts. Tout en attribuant à tort à la lune une action malfaisante dont elle n'est nullement coupable, ils ne laissent pas de prendre des précautions qui atténuent ou cmpêcbent le mal : à savoir, de couvrir pendant la nuit leurs plantes potagères avec des toiles ou des nattes de paille. Us croient les garantir ainsi des rayons dangereux de la lune; ils les garantissent, en réalité, du refroidissement qui leur serait fatal.
Ce qu'on nomme le serein est un phénomène très analogue à la rosée. Seulement, tandis que celle-ci se dépose pendant toute la nuit et principalement aux approches du matin , le serein ne se produit que le soir, en été, après le coucher du soleil. C'est une petite pluie très fine, qui tombe sans que le ciel soit nuageux , et qui provient de la vapeur condensée au sein des couches peu élevées de l'atmosphère.
Il faut, on le voit, des circonstances particulières, une nuit froide et sereine succédant à une journée chaude ou tiède, un refroidissement brusque du sol et des couches d'air qui l'avoisinent, pour amener directement la précipitation de la vapeur sous forme de gouttes d'un certain volume et d'un certain poids. Ordinairement les choses ne se passent pas ainsi. Avant de se condenser tout à fait et de retomber sur la terre, la vapeur passe par un état en quelque sorte intermédiaire, qui est celui auquel on applique communément — et improprement — le nom de vapeur, c'est-à-dire par l'état de globules très ténus, mélangés de petites gouttelettes, et dont l'agglomération en grandes masses constitue les nuages et les brouillards.
Disons tout de suite que ces deux mots désignent un seul et même phénomène : toute la différence est que les brouillards demeurent à la surface du sol, tandis que les nuages flottent dans les régions supérieures de l'atmosphère. L'aéronaute dans la nacelle de son ballon, le voyageur sur les cimes des hautes montagnes , traversent souvent des nuages qui pour eux deviennent des brouillards; et lorsque, environnés d'un air limpide, ils abaissent leurs regards vers les contrées placées au-dessous d'eux, ils y voient fréquemment des masses vapo-
reuscs aux contours arrondis et argentés , ayant le même aspect que les nuages qui se meuvent au-dessus de leur tête, et ne différant, en effet, de ceux-ci que par leur position. Le spectacle des brouillards vus ainsi de haut, par une belle matinée ou par une belle nuit, est assurément un des plus saisissants et des plus curieux que les campagnes accidentées offrent aux amateurs de pittoresque. On l'observe journellement dans les pays de montagnes, sur les vallées arrosées par des cours d'eau ou coupées de marécages. Le soir, les brouillards se forment souvent avec assez d'abondance pour couvrir la vallée d'une nappe irrégulière, du sein de laquelle on voit saillir çà et là un arbre, un clocher d'église, une pointe de rocher, qu'on dirait noyés dans une inondation ou bien ensevelis sous des monceaux de neige. A mesure que la nuit s'avance, le brouillard va s'épaississant ; mais aux premiers rayons du soleil, au premier souffle de la brise du malin, il s'entr'ouvre çà et là, se déchire, se subdivise en masses inégales. Bientôt ce ne sont plus que des nuages disséminés dans les gorges, dans les prairies, sur les flancs des collines. On dirait d'énormes moulons aux formes bizarres, à la toison blanche et floconneuse, errant et paissant sous la garde d'un pasteur invisible, et qui, les uns après les autres, disparaissent, s'évanouissent comme une vision fantastique.
Les brouillards sont surtout épais et fréquents dans les contrées humides, marécageuses, au-dessus des fleuves, des rivières, des lacs, lorsque la température de l'air est froide, et que celle du sol et des eaux se maintient à un degré plus élevé. C'est ce qu'on remarque, par exemple, pendant la plus grande partie de l'année, dans les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, et pendant l'hiver à Paris. Londres est bien connu pour son atmosphère presque constamment brumeuse, et la renommée des brouillards de la Tamise n'est point usurpée. Il ne se passe point d'année, à Londres, où l'on ne soit plusieurs fois obligé d'allumer en plein jour les becs de gaz pour permettre aux passants de se reconnaître et de se guider tant bien que mal dans les rues. A Paris même, nous avons tous vu, en certains jours de novembre ou de décembre, les agents de police échelonnés de distance en distance avec des torches à la main, pour éclairer la marche des citadins.
On peut, d'après cela, se faire une idée de ce que sont les brumes de mer dans certains parages, notamment dans les hautes latitudes, sur le parcours des grands courants d'eau tiède dont les abondantes vapeurs se condensent incessamment au sein d'une atmosphère très froide. Ces brumes, très persistantes, et qui embrassent de vastes étendues, sont pour les marins, sur ies routes très fréquentée! par les navires, une source de sérieux dangers. Les feux et les signaux ne s'apercevant pas à quelques mètres de distance, il en résulte souvent,
entre les navires qui se croisent au milieu de ces ténèbres impénétrables, des abordages meurtriers. La perte de l'un des bâtiments du moins, sinon de tous deux, est à peu près certaine. Tantôt, s'ils sont de force très inégale, c'est le plus fort qui passe par-dessus le plus faible; tantôt c'est un navire qui enfonce son avant dans le flanc de l'autre, le coupe en deux, et lui-même, brisé par la violence du choc, ne peut ni porter secours à sa victime ni se défendre contre ta mer qui l'envahit et le fait sombrer.
On pourrait appeler les brouillards des nuages terrestres, et les nuages des brouillards aériens. Il est à remarquer cependant que si les seconds s'abaissent souvent vers la terre, ils n'y retombent jamais tout à fait, au lieu que les premiers demeurent rarement près du sol. Ceux-ci se dissipent par l'effet de la chaleur; ou bien ils achèvent de se condenser sous forme d'une petite pluie 1res fine, vulgairement connue sous le nom de bruine et de crachin; ou bien enfin ils s'élèvent dans l'air et deviennent des nuages proprement dits. .MM. Becquerel pensent même que l'origine de tout nuage est an brouillard. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en général la constitution de ces deux variétés «le météores est identiquement la même. Je dis en général, parce que dans certains nuages, tels que celui que MM. ISixioet Barrai traversèrent avec leur aérostat le 26 juillet 1^50, l'eau est a l'état solide. Mais dans la grande majorité des cas, les nuages, comme les brouillards, sont formés d'une multitude infinie de très petites spbérules, dont Kaemtz évalue le diamètre moyen à deux cent vingt-quatre dix-millièmes de millimètre, entremêlées d'une grande quantité de gouttelettes d'eau. Ces sphérules sont-elles pleines ou creuses? Les météorologistes ne sont pas d'accord sur cette question. Cependant la plupart inclinent vers la seconde hypothèse, et considèrent ces éléments des nuages et des brouillards comme aulanl de petites bulles remplies, soit d'air, soit de vapeur, et dont l'eau n'est que l'enveloppe. Ils les appellent, en conséquence, des véskulea de vapeur ou de la vapeur véiicalaire.
Quoi qu'il en soit, il se présente ici une question très importante, et qui a fort exercé la sagacité des physiciens : c'est celle de savoir quel'e force tient suspendues à plusieurs centaines, h plusieurs milliers de mètres au-dessus du sol, les particules d'eau ou de glace qui constituent les nuages, et comment il se fait que ces derniers ne tombent jamais, bien que leur poids spécifique soient incontestablement plus considérable que celui de l'air. Cette apparente anomalie s'explique, en somme, d'une manière assez simple.
« Nous devons admettre, dit Kaemtz, que les vésicules du brouil.'ard sont plus lourdes que le milieu dans lequel elles sonl suspendues; eependant elles s'élèvent avec une grande rapidité... En elle!., un
nuage n'est pas une masse immobile, comme on pourrait le croire en l'observant de loin; il est, au contraire, dans un mouvement perpétuel. Quand les vésicules entraînées par le vent arrivent dans un air sec, elles se dissolvent, tandis que du côté du vent la vapeur se précipite à l'état vésiculaire. Ainsi un nuage immobile en apparence s'abaisse souvent lentement , et sa partie inférieure se dissout continuellement, tandis que la supérieure s'accroît sans cesse par l'addition de nouvelles vésicules.
« Il existe en outre une force directement opposée à la chute des nuages : c'est celle des courants ascendants. Par un beau temps, la vésicule tombe avec une vitesse d'environ trois décimètres par seconde; mais le courant ascendant a une vitesse beaucoup plus considérable, et par conséquent il entraînera la Vésicule.
« Qui n'a observé, ajoute le savant météorologiste, des graines, des plumes, du sable, etc., élevés à une hauteur prodigieuse, et transportés à de grandes distances? A plusieurs myriamètres de la côte d'Afrique, des navires ont été couverts de sable venant du Sahara, et l'on sait que le vent transporte à des distances énormes les cendres vomies par les volcans. Ces corps sont cependant beaucoup plus denses que les vésicules d'eau. Ne cherchons donc point à expliquer leur suspension par des causes extraordinaires; elle est aussi facile à comprendre que
celle de la poussière. »
Rien sans doute n'est plus varié, rien n'est plus changeant que les formes et l'aspect des nuages. Cependant une observation attentive et suivie permet de constater, au milieu de leurs métamorphoses continuelles, la prédominance de certains types qui , dans des circonstances météorologiques déterminées, apparaissent constamment, et qui, en se combinant, en se fusionnant dans d'autres circonstances, donnent naissance à des sous-types, à des espèces intermédiaires faciles à reconnaître.
Howard a distingué les nuages, d'après leur forme, en quatre espèces principales, savoir : les cirrus, les cumulus, les stratus et les nimbus.
Les cirrus (en latin, boucle ou mèche de cheveux) , appelés par les marins queues de chat, et par les paysans suisses nuages de sud-ouest, sont des nuages légers et diaphanes, qui ressemblent, so.t, comme leur nom l'indique, à des mèches de cheveux plus ou moins frisées, soit à des faisceaux de longs filaments, soU à des réseaux déliés. Ils occupent toujours les plus hautes régions de l'atmosphère , et l'on sait aujourd'hui qu'ils sont formés de particules de glace ou de flocons te neige très divisés; ce qui s'explique par la basse température qui règne au sein des couches d'air très raréfiées où ils sont suspendus.
« L'apparition des cirrus, dit KaemU, précède souvent les change-