‹ Les phénomènes de l'airChapitre 17 sur 24 · Stratus. - 2. Cumulus. - 3. Cirrus. - k. Nimbus · texte numérisé non relu

Stratus. - 2. Cumulus. - 3. Cirrus. - k. Nimbus

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ments de temps. En été, ils annoncent de la pluie; en hiver, de la gelée ou du dégel. Même quand les girouettes sont tournées vers le nord, ces nuages sont souvent entraînés par des vents du sud ou du sud -ouest, et bientôt ceux-ci se font aussi sentir à la surface de la terre. » On peut admettre que ces nuages sont amenés par des vents du sud , qui déterminent la baisse du baromètre, et dont les vapeurs se précipitent à l'état de pluie. Telle est du moins la théorie de M. Dove , et elle justifie la dénomination sous laquelle les paysans suisses ont désigné ce genre de nuages.

Les cumulus {balle de coton des marins) sont bien reconnaissables à leur forme arrondie et mamelonnée à la partie supérieure, rectilignc à la partie inférieure, à leurs contours nettement dessinés et d'un blanc argenté. On les voit très souvent, dans les beaux jours, étages au-dessus de l'horizon , où ils présentent l'aspect de montagnes couvertes de neige. Ils sont moins élevés que les cirrus; mais ils se maintiennent cependant, d'ordinaire , à d'assez grandes hauteurs.

Les stratus (ce mot latin signifie couche) forment à l'horizon de longues et larges bandes. Leur couleur fondamentale est le gris; mais comme ils se produisent surtout le soir à la tombée du jour, du côté de l'ouest, les feux du soleil couchant les teignent de couleurs très vives et très belles. On observe aussi des stratus du côté de l'orient au lever du soleil , et quelquefois même en plein jour, sur divers points de l'horizon; mais ils sont alors ou plus diffus, ou combinés avec d'autres nuages, et revêtent un caractère mixte dont je parlerai tout

à l'heure.

Enfin les nimbus sont de grands nuages très épais, de nuance foncée, frangés, déchiquetés ou estompés sur les bords , et nageant dans les couches inférieures de l'air, quelquefois avec beaucoup de lenteur, d'autres fois avec une extrême rapidité. Ce sont des nuages de mauvais temps; lorsqu'on les voit apparaître, on peut affirmer à coup sûr que la pluie ne se fera pas attendre. Howard appelait les nimbus des cirrocumulc- stratus, pour indiquer qu'il les considérait comme un mélange de tous les autres nuages; et en effet, c'est lorsque, par suite de l'abondance des vapeurs vésiculaires, une grande masse de nuages divers, occupant en hauteur et en largeur une vaste étendue, viennent à se réunir et à se souder, que le ciel se charge de nimbus , et que la pluie ou la neige commence à tomber.

Aux trois formes fondamentales des cirrus, des cumulus et des stratus ' se rattachent les formes mixtes que les météorologistes dé-

1 Par respect pour la langue latine, à laquelle ces noms sont empruntés, quelques auteurs, notamment M. L. Maillard (Noies sur Vile de la Réunion), que j'ai cité plus haut, disent au pluriel cirri, cumuli, slrali, nimbi. Je me

signent sous lus noms de cirro -cumul us. cirro- stratus, cumula- stratus , strato- cumulus.

Les cirro-cumulus se produisent lorsque les cirrus restent stationnâmes. Ils indiquent en général un temps sec, et sont fréquents en été, rares en hiver. Ce sont des nuages moutonneux et ondulés qui font le ciel pommelé , lequel, suivant un dicton populaire, « n'est pas de longue durée. » Le fait est qu'ils sont ordinairement le signe d'un changement prochain dans l'état de l'atmosphère ; mais ce changement est au moins aussi souvent favorable que défavorable. Selon Kaemtz, les cirro-cumulus annoncent la chaleur. Les cirro stratus, au contraire, précèdent le vent et la pluie, et se voient fréquemment dans les intervalles des orages. Ces nuages se juxtaposent en bandes horizontales qui, au zénith, montrent un grand nombre de nuages allongea et déliés, mais qui, à l'horizon, apparaissent sous la forme d'une seule couche très longue et très étroite.

Les cumulo-stralus prennent naissance lorsque les cumulas deviennent plus épais, se rejoignent et s'étendent sur le ciel. Ils ne tardent guère à se changer en nimbus. Kaemtz distingue les cumulostralus des strato-cumulus. Ceux-ci se rapprochent plus qui' les premiers des stratus par leur forme; mais ils sont plan 1 * plus haut que les stratus. Ils se montrent surtout dans l'après-midi, en masses très denses, arrondies, à contours irréguliers, et le soir ils envahissent le ciel tout entier.

L'abondance des nuages varie comme celle des vapeurs, unis dans des conditions différentes, selon l'heure du jour, la saison, la direction du vent, l'état électrique de l'atmosphère, le climat. Ces circonstances se combinent ou se contrarient de cent manières; en sorte qu'il est impossible d'en préciser les effets, et qu'il faut s'en tenir sur ce sujet à des données générales et approximatives.

En général donc, le ciel est plus couvert le matin avant le lever, et le soir après le coucher du soleil qu'au milieu du jour et même que pendant la nuit. Vers midi, ce sont les rayons du soleil qui redissolvenl dans l'air la vapeur vésiculaire. La nuit, ce sont les courants supérieurs résultant de l'ascension de masses d'air échauffées pendant le jour, qui chassent et dissipent les nuages. Quelque physiciens attribuent aussi au rayonnement de la lune un pouvoir calorifique capable de contribuera ce résultat, sinon de le déterminer intégralement.

Je n'apprendrai rien au lecteur en disant que l'air est plus souvent

permettrai de faire observer que, dans son zèle puni' La grammaire laline, M. Maillard oublie qae strali est un barbarisme , le substantif stratus (génitif slrj.liU) appartenant à la quatrième déclinaison.

chargé de nuages en hiver qu'en été, plus souvent aussi au printemps qu'en automne.

L'état électrique de l'atmosphère paraît dépendre lui-même delà température, et du plus ou moins d'activité de l'évaporation à la surface du sol ; puis il réagit ensuite sur la précipitation des vapeurs. Je traiterai plus loin du rôle, si important et encore si mal connu, de l'électricité dans les perturbations atmosphériques.

Pour ce qui est des vents, on conçoit, sans qu'il soit besoin d'y insister, que ceux qui sont à une température élevée tendent à dissoudre les vapeurs, tandis que les vents froids tendent à les condenser. On remarque cependant que dans nos contrées les vents tièdes du sud, du sud-ouest et de l'ouest sont les plus nuageux, tandis que par les vents du nord-est et de l'est le ciel est presque toujours serein. C'est que les premiers arrivent des régions chaudes , où ils se sont imprégnés d'une grande quantité de vapeur; à mesure qu'ils avancent vers le nord , ils se refroidissent, et cette vapeur passe à l'état vésiculaire. Le contraire a lieu pour les vents du nord-est, par exemple, qui ont passé surdos pays froids, où l'évaporation est peu considérable, et qui, s'échauffant sous nos latitudes , s'éloignent d'autant plus de leur point de saturation.

A mesure que des latitudes polaires où, pendant la plus grande partie de l'année, le ciel est voilé de brumes épaisses, on descend vers la zone tropicale, on voit le ciel devenir p!us pur et plus transparent. Son état ordinaire peut toutefois varier d'une manière très notable , par suite de circonstances tout à fait locales. J'ai déjà indiqué ces circonstances et les effets qui s'y rapportent. Je dirai seulement ici quelques mots d'un phénomène très remarquable que présente la zone des calmes équatoriaux : c'est l'immense ceinture de nuages qui enveloppe en cet endroit le globe terrestre tout entier, sur une largeur d'environ cinq degrés. Maury compare cette ceinture à l'anneau de la planète de Saturne , et la désigne sous le nom de cloud-ring. Elle est soumise à un déplacement annuel qui suit la déclinaison du soleil, et lui fait parcourir l'espace compris entre le cinquième degré de latitude sud et le quinzième de latitude nord.

Le cloud-ring, « en voyageant, dit M. Zurcher, avec la zone des calmes équatoriaux, protège alternativement contre l'ardeur du soleil les divers parallèles qu'il couvre, et y ramène la pluie à des époques déterminées... Les décharges électriques sont très fréquentes au sein de ce sombre dais de nuages. Le son s'y répercute comme au milieu des montagnes , et les marins qui traversent les régions qu'il couvre entendent le roulement continuel du tonnerre... La pluie continuelle dégage une énorme quantité de calorique latent, qui contribue puis-

samment à produire dans la région équatoriale la raréfaction d'air par laquelle sont créés les vents alizés. C'est aussi à cette raréfaction qu'on doit attribuer la baisse très sensible du baromètre dans toute l'étendue de la zone. »

Lorsque les vésicules aqueuses dont se composent les nuages s'accumulent et se réunissent en gouttes assez grosses pour que l'action des courants horizontaux et celle des courants ascendants ne suffisent plus à les tenir en suspension , elles tombent sous forme de pluie. Des causes particulières, et jusqu'ici peu connues, interviennent évidemment dans ce phénomène, plus complexe qu'on ne pourrait le croire au premier abord; car l'explication tris simple que je viens d'en donner, d'après les météorologistes les plus autorisés, ne rend pas compte des caractères très divers qu'il présente dans des circonstances en apparence identiques. Ces causes favorisent ou contrarient, retardent ou accélèrent la condensation et la précipitation des vapeurs vésiculaires.

Tout le monde a pu remarquer que, dans certains cas, le ciel demeure pendant de longues heures, quelquefois pendant des journées entières, obscurci par d'énormes nuages sans qu'il tombe une goutte de pluie; que, dans d'autres cas, la pluie s'échappe en abondance, soit d'un nuage isolé , soit d'une nappe étendue, mais peu compacte; que tantôt les gouttes sont très ténues et très pressées, tantôt elles sont d'un volume énorme et très écartées les unes des autres; tantôt enfin ce ne sont pas des gouttes qui tombent, mais des filets continus, ou même de véritables flots; que si, en général, la pluie commence faiblement pour augmenter ensuite, puis cesser graduellement, il n'est pas rare non plus de voir des grains qui débutent à l'improviste avec une extrême intensité, pour s'arrêter aussi tout à coup, comme par enchantement.

A côté de ces bizarreries inexplicables, il en est dont un examen un peu attentif donne aisément la raison. Ainsi il arrive souvent que la pluie tombe abondamment à une grande hauteur, sur le sommet d'une montagne, tandis que, sous les mêmes nuages, elle est nulle eu presque nulle à la surface du sol ; ou réciproquement, que la pluie est très faible en haut et très forte en bas. C'est que , dans le premier cas , les gouttes, en approchant de terre, passent par des couches d'air sec et chaud où elles se vaporisent en tout ou en partie; dans le second cas, les couches inférieures sont humides et froides, et les gouttes de pluie s'y grossissent par la condensation de nouvelles quantités de vapeur.

Une foule de causes influent sur l'abondance ou la rareté des pluies dans les divers pays : les vents régnants , la proximité de la mer, les saisons, la latitude. En thèse générale, on peut dire que plus un pays

loi

est chaud, plus l'évaporalion y est considérable, et plus il y doit pleuvoir. On remarque, en effet, que, toutes choses égales d'ailleurs, l'abondance des pluies diminue de l'équateur au pôle. Cependant cette règle souffre de nombreuses exceptions, dues à diverses circonstances locales. Une carte météorologique dressée par M. Berxgaus indique quatre régions où il ne pleut jamais. Ce sont, en Afrique, le grand désert du Sahara; en Asie, le nord de l'Inde ou de la Chin^ (ou de l'Indo-Chinc) ; en Amérique, quelques points du Mexique et des rôles du Pérou ou du Chili.

D'après les relevés donnés par M. de Gasparin dans sa Météorologie agricole, la parlie de l'Italie située au nord des Apennins est la contrée de l'Europe où il pleut le plus. L'Angleterre vient ensuite, puis la France méridionale, etc. La Russie n'arrive qu'au dernier rang. A Taris, la hauteur d'eau qui tombe annuellement est de ra 564, répartie comme il suit : pour l'hiver, ra 107 ; pour le printemps, 0™ 174 ; pour l'été, 0» 101 ; pour l'automne, ra 122. C'est donc en hiver qu'il tombe le moins d'eau. On a trouvé à Bordeaux, pour hauteur moyenne des pluies tombées en un an, m 650; à Madère, 0'" 767; à la Havane, 2'" 32; à Saint-Domingue, 2 m 73.

Lorsqu'en hiver, par un changement de temps subit, la pluie vient à tomber après une gelée de quelques jours, en touchant le sol, dont la température est restée inférieure à 0°, elle se congèle et forme à sa surface cette couche glacée qu'on nomme verglas. La pluie continuant à tomber et le sol s'échauffant peu à peu, celte couche finit par se dissoudre.

Les Parisiens se souviendront longtemps du verglas du 1 er janvier 1875. Vers dix heures du soir, la pluie fine et serrée qui tombait depuis quelque temps déjà commença à se congeler, et en peu d'instants le sol de la ville était recouvert d'une couche de glace rendant impossible la circulation des voitures et même des piétons. Une foule de personnes durent rester cette nuit-là dans les maisons où elles étaient allées passer la soirée, et celles qui sortirent des théâtres, vers minuit, eurent mille peines à rentrer chez elles. De nombreux accidents ont été causés par ce dangereux verglas, et les journaux de l'époque fourmillent d'épisodes tantôt tristes, tantôt burlesques, qui ont signalé cette nuit mémorable.

Quand la température de l'air est voisine de zéro, surtout lorsqu'elle est au-dessous , les vapeurs vésiculaires , au lieu de se condenser en pluie, se précipitent en particules glacées, qui, réunies en petites masses, constituent la neige. Kaemtz dit que plus la température de l'air s'abaisse, moins il tombe de neige, parce qu'alors l'atmosphère contient moins de vapeurs. Il pst cependant constant que, dans les pays

où l'kiver est très froid, il tombe chaque ann''e de grandes quantités de neige. Il est bien vrai que dans ces pays et dans cette saison l'air contient moins de vapeurs; mais à mesure que la température se refroidit, les vapeurs formées précédemment ou apportées par les vents chauds se condensent en grande abondance, et les nimbus, au lieu de verser de la pluie , donnent de la neige.

Le grésil résulte probablement de ce que les flocons de neige, passant par des couches moins froides que relies où ils se sont formés, éprouvent un commencement de fusion, puis se congèlent de nouveau par suite de l'évaporation qui se produit, et du m Hivernent très rapide que le vent leur imprime. C'e-t surtout à l'époque des giboulées do mars et d'avril que le grésil tombe mêlé à la pluie. Ce mode de p-écipitation est vulgairement désigné sous le nom de neige fondue. Il ne faut pas confondre le grésil avec la grêle, qui accompagne exclusivement les orages électriques , et dont il sera parlé au chapitre suivant.

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