LA PRESSION ATMOSPHÉRIQUE — LE BAROMÈTRE
L'année 1630 est une date mémorable. Elle fut signalée par une de ces découvertes qui font époque dans les fastes de la science. Personne , jusque-là , n'avait soupçonné que l'air fût un corps pesant , qu'il exerçât, comme l'eau, sur les corps immergés dans sa masse une pression proportionnelle à sa hauteur et à l'étendue de la surface pressée. Archimède, le grand Archimède, le père de l'hydrostatique, avait ignoré que les lois qui président à l'équilibre des liquides et des corps qui y flottent ou qui y sont plongés, s'appliquent identiquement aux gaz, et par consé juent à l'air.
Au xvil siècle, on connaissait pourtant plusieurs des effets de la pression atmosphérique, et l'on savait fort bien les appliquer à la construction des pompes, des fontaines jaillissantes, etc. Mais, au lieu de lei attribuer à leur véritable cause, on les expliquait par l'aphorisme ancien : Naiura abhorret a viduo (la nature a horreur du vide), — apho-
risme que la nature, chose assez étrange, n'avait jamais démenti, parce qu'on n'avait jamais essayé d'élever l'eau, par aspiration, à plus de trente-deux pieds.
Le grand -duc de Toscane eut, en 1630, cette fantaisie ambitieuse et toute princière. Des fontainiers reçurent de lui l'ordre d'installer dans son palais des pompes capables d'élever et de distribuer l'eau jusque dans les appartements supérieurs. Cela dépassait toutes les hardiesses hydrauliques qu'on s'était permises précédemment. Les fontainiers néanmoins se mirent à l'œuvre sans hésiter, convaincus que, puisque Son Altesse grand-ducale voulait que l'eau montât, l'eau monterait. Les appareils furent donc établis avec grand soin. On en fit l'essai; ils fonctionnaient parfaitement. L'eau monta jusqu'à trentedeux pieds; on continua à pomper, l'eau ne monta plus ; on redoubla d'efforts, mais en vain. On examina les tuyaux; point de fuite, pas la moindre fissure par où l'air pût pénétrer; et cependant les pistons n'aspiraient plus de liquide. Grand étonnement parmi les fontainiers, grand émoi parmi les ingénieurs et les savants de Florence. Pour la première ibis, la nature semblait se départir de son horreur du vide.
On en référa au grand-duc. Celui-ci ne vit qu'un homme dans toute l'Italie, dans toute l'Europe, qui fut capable d'expliquer un si étrange renversement des idées consacrées : c'était Galilée. Hélas! Galilée, pris à l'improviste, ne sut trouver au problème qu'une solution erronée. C'était, dit-il, le poids de l'eau qui empêchait ce liquide de s'élever davantage. Au fond, il devait bien s'avouer que c'était là une piètre explication. Mais quoi! il fallait dire quelque chose : un tel homme ne pouvait rester court devant une question de physique. Le grand-duc et les ingénieurs florentins se contentèrent de sa réponse.
Il y avait à Rome, en ce temps-là, un jeune physicien de vingt-trois ans, nommé Evangelista Torricelli. II suivait les leçons deCaslelli, élève de Galilée. Malgré sa vénération pour le grand homme qui avait été le maître de' son maître, Torricelli trouva peu satisfaisante l'explication donnée par Galilée du phénomène de Florence, et il se mit en devoir d'en chercher une autre plus plausible. En y réfléchissant, il ne tarda pas à se convaincre que la prétendue horreur de la nature pour le vide était une pure imagination, sans fondement comme sans portée, une de ces phrases vides de sens qui répondent à tout sans rendre compte de rien, et qu'il faut bannir impitoyablement du répertoire philosophique. Si, comme le prétendait Galilée, c'était le poids de l'eau qui l'empêchait de dépasser dans le corps de pompe une hauteur de trente-deux pieds, pourquoi ce même poids lui permettait-il de l'atteindre? Car enfin l'ascension de l'eau s'opérait en dépit et au rebours
de la pesanteur!... N'y a-t-il donc pas là, se demanda Torricelli, quelque chose d'analogue à ce que l'on voit dans la balance : un poids faisant équilibre à un autre ? Alors il songea à l'air, dont personne ne tenait compte, et qui, étant une substance matérielle, devait, comme toute autre, obéir à la pesanteur, exercer sur les corps placés à la surface du globe une certaine pression. De là à présumer que, dans un corps de pompe, l'eau s'arrête au point où elle fait équilibre à la pression extérieure de l'atmosphère, et que ce point est précisément à trente-deux pieds, ni plus ni moins, au-dessus du niveau normal, il n'y avait qu'un pas, mais un de ces pas que le"génie seul sait faire, et qui mènent un homme à l'immortalité.
Toutefois, pour transformer en certitude une présomption si nouvelle, si contraire aux idées qui avaient cours de son temps, Torricelli avait besoin de la vérifier par quelque épreuve décisive. Si elle était juste, la hauteur de la colonne liquide capable de faire équilibre à la pression de l'atmosphère devait être inversement proportionnelle à la densité du liquide. Ainsi le mercure (on disait alors argent vif) étant environ quatorze fois plus lourd que l'eau, et ce dernier liquide pouvant monter dans le vide jusqu'à trente-deux pieds, le premier ne monterait qu'à une hauteur quatorze fois moindre, c'est-à-dire à vingthuit pouces. — Encore une induction qui nous paraît aujourd'hui la plus simple du monde, mais qui pourtant n'était venue encore à l'esprit de personne, pas même de Galilée, et dont les conséquences théoriques et pratiques ont été immenses.
Passant aussitôt du raisonnement à l'expérience, Torricelli prit un tube long d'environ trois pieds et fermé à l'une de ses extrémités. Il le remplit de mercure, et, appuyant un doigt sur l'orifice, il renversa le tube dans une cuve contenant aussi du mercure. Puis il retira son doigt et abandonna le métal à lui-même, en ayant soin seulement de maintenir le tube dans une position verticale.
Il vit alors le mercure descendre, osciller pendant quelques instants, et s'arrêter enfin à une certaine hauteur en laissant dans le tube, audessus de son ménisque 1 , un espace vide. La hauteur de la colonne métallique était précisément de vingt-huit pouces. Certes, en présence d'un pareil résultat, il fallut que le jeune physicien fût bien maître de lui pour ne point s'élancer hors de son laboratoire et parcourir les rues de Rome en s'écriant comme Archimède, avec une joie insensée : « Je l'ai trouvé ! »
1 On donne le nom de ménisque à la surface courbe qui termine les colonnes liquides dans les tubes de petit diamètre, et qui est concave ou convexe, selon que le liquide mouille ou ne mouille pas le tube. Le ménisque du mercure est toujours convexe.
L'expérience de Torricelli et les conclusions légitimes qu'il en tirait produisirent dans le monde savant une émotion extraordinaire. Les partisans du plein universel les attaquèrent avec fureur, tandis qu'elles étaient défendues par un parti nouveau, encore bien peu nombreux, que nous pouvons appeler le parti du vide. En France, le parti du vide eut pour chef Pascal. Avec un tel champion, le triomphe de la vérité
Expérience de Torricelli.
ne pouvait longtemps tarder. La célèbre expérience exécutée sur le Puy-de-Dôme, d'après les instructions de Pascal, par son beau-frère Florin Périer, et répétées à Paris par Pascal lui-même sur la tour de Saint- Jacques-la-Boucherie 1 , ouvrit les yeux aux plus aveugles et ferma la bouche aux plus obstinés. « S'il arrive, avait écrit Pascal, que la hauteur du vif-argent soit moindre au haut qu'au bas de la montagne, il s'ensuivra nécessairement que la pesanteur et pression de l'air est la seule cause de cette suspension du vif-argent, et non pas l'horreur du vide, puisqu'il est bien certain qu'il y a beaucoup plus d'air qui pèse
1 Voir le récit de ces deux expériences dans notre Voyage scientifique autour de ma chambre (chap. xvu).
sur le bas de la montagne que non pas sur le sommet; au Heu que l'on ne saurait dire que la nature abhorre le vide au pied de la montagne plus que sur le sommet. » En effet, entre les hauteurs du mercure au bas et au haut du Puy-de-Dôme, on avait observé constamment une différence de plus de trois pouces; et Pascal lui-même constata une différence de deux lignes et demie environ au bas de la tour Saint- Jacques et sur la plate-forme de cet édifice. Les différences étaient justement proportionnelles aux hauteurs, celle du Puy-de-Dôme étant de 1,465 mètres, et celle de la tour Saint- Jacques de 50 mètres seulement.
L'épreuve était donc décisive, et montrait en même temps l'usage qu'on pouvait faire du tube de Torricelli pour mesurer la pression de l'air à diverses hauteurs, et, par suite, ces hauteurs elles-mêmes. De là le nom de baromètre qui a été donné à cet appareil, dont les applications depuis se sont fort multipliées; car on a reconnu que le poids de l'air varie, non seulement selon les hauteurs, mais encore en raison de diverses circonstances de température, d'humidité ou de sécheresse, d'agitation ou de calme, etc. Et c'est ainsi que l'on en est venu à tirer de l'ascension ou de la dépression du mercure dans le baromètre des indications précieuses sur l'état de l'atmosphère.
Nous verrons plus loin jusqu'à quel point ces indications permettent de présumer à l'avance les changements de temps. Je me bornerai, pour le moment, à rappeler sommairement les modifications que l'admirable instrument de Torricelli a subies depuis son origine.
Le baromètre-type , celui qui se rapproche le plus de l'appareil primitif, est le baromètre à cuvette. Il consiste en un tube de verre long de quatre-vingts à quatre-vingt-cinq centimètres, fermé à l'une de ses extrémités, rempli de mercure qu'on a fait bouillir pour en chasser l'air et l'humidité, et renversé sur une petite cuvette contenant aussi du mercure bien pur. Le tout est fixé sur une planche où sont tracées, à partir du niveau du mercure dans la cuvette, les divisions du mètre. La partie supérieure du tube, où le vide se fait par la suspension du mercure, est désignée sous le nom de chambre barométrique. A la hauteur du niveau de la mer et dans les conditions normales, la pression de l'atmosphère fait équilibre à une colonne de mercure de 758 millimètres.
Le baromètre à siphon est formé d'un seul tube, recourbé à sa partie inférieure en deux branches inégales. La plus courte, qui communique seule avec l'air, présente un renflement destiné à amoindrir les erreurs qu'il est impossible d'éviter complètement dans des appareils d'une construction aussi élémentaire. Ces erreurs se produisent aussi dans le baromètre à cuvette, mais elles y sont moins sensibles. La raison en
est simple. Les divisions sur lesquelles se mesure la hauteur de la colonne métallique partent du niveau du mercure dans la cuvette, ou dans la branche élargie du siphon qui en tient lieu. Mais le mercure ne peut monter d'un côté sans descendre de l'autre; de sorte qu'à chacune de ses oscillations le point de départ des divisions se trouve ou
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B aromèlre à s'plion.
Baromètre à cuvette.
Baromètre à cadran.
trop haut ou trop bas, ce qui, de toute manière, détruit l'exactitude des indications. Sans doute, en donnant à la cuvette un grand diamètre par rapport au tube, on réduit a très peu de chose les changements de niveau dans la première, et cela suffit pour les baromètres ordinaires, tels qu'on en a dans les appartements. Mais pour les appareils destinés à des observations précises et rigoureuses , on a dû chercher à réaliser des dispositions telles, que le niveau du mercure, tout en s'élevant et en s'abaissant librement dans le tube barométrique, demeurât toujours constant dans la cuvette. Un constructeur français, Fortin, a obtenu le premier ce résultat par un artifice ingénieux qui permet d'élever ou
d'abaisser à volonté le fond de la cuvette au moyen d'une vis terminée par une boule de buis. C'est sur cette boule que repose le sac en peau de chamois qui forme le fond de la cuvette. En tournant la vis dans un sens, on force le mercure à monter; en la tournant dans l'autre sens, on le laisse redescendre, et l'on corrige ainsi très facilement l'effet des oscillations de la colonne barométrique.
Un perfectionnement d'un autre genre a été apporté par Gay-Lussac au baromètre à siphon. Il réside dans le mode de graduation plus que dans la forme de l'appareil. Remarquons toutefois que Gay-Lussac, au
Baromètre anéroïde de M. Vidi. Baromètre métallique de MM. Bourdon et Richard.
lieu de donner à la branche la plus courte du siphon un diamètre plus grand qu'à la plus petite, s'est appliqué à ce que ces deux branches présentassent, au moins dans la région où doivent arriver les deux ménisques, des diamètres exactement égaux.
Pour cela, il les a formées de deux tronçons d'un même tube parfaitement calibré. Toutes deux sont fermées à leur extrémité. Seulement la branche inférieure est percée latéralement d'un petit trou qui donne accès à l'air, mais qui ne laisse point sortir le mercure, même lorsque l'appareil est renversé. Enfin toutes deux sont placées sur une même ligne droite, et réunies par un tube capillaire, ce qui empêche que l'air puisse pénétrer dans la chambre barométrique. Quant à la graduation de l'instrument, elle fait disparaître, comme on va le voir, toute cause d'inexactitude. En effet, sur la monture sont tracées deux échelles métriques, l'une ascendante, l'autre descendante, dont le 0, ou point de départ commun, est au milieu de la longueur du siphon, en sorte que la hauteur vraie est donnée par la somme des deux distances entre le et chacun des deux ménisques.
Les baromètres à cadran , que les gens du monde préfèrent aux baromètres droits, parce que leurs indications sont plus aisément observables, et que d'ailleurs ils se prêtent mieux à une ornementation élégante, sont des baromètres à siphon dont les deux branches ont le même diamètre; la plus courte est entièrement ouverte. Un peu audessus de son orifice se trouve une petite poulie, sur laquelle s'enroule un fil de soie assez fin pour qu'on puisse le considérer comme sans pesanteur, et portant à ses extrémités deux petites ampoules de verre pleines de mercure et ayant le même poids. L'une de ces ampoules repose sur le ménisque du mercure, clans la branche ouverte; l'autre lui fait équilibre : en sorte que la première suit, sans résistance sensible, tous les mouvements du mercure, et les communique à la poulie.
L'axe de cette dernière traverse le cadran et porte l'aiguille qui annonce tour à tour la pluie ou le vent, le calme ou la tempête. Le mot variable, qui se lit au sommet du cadran, correspond à la pression moyenne de 758 millimètres.
On voit que, dans ce système, ce sont les changements de niveau du mercure dans la petite branche du siphon qui fournissent les indications. Voilà pourquoi, contrairement à ce que nous avons dit plus haut des autres baromètres simples, il est nécessaire que les deux branches soient exactement du même calibre.
Malgré son apparence séduisante et son prix souvent élevé, le baromètre à cadran est peut-être le moins exact de tous. Cela tient à ce que le mécanisme qui transmet et amplifie les indications les altère aussi plus ou moins, par suite des frottements, des résistances et des dérangements auxquels il est sujet. Notons aussi que cet instrument est d'un transport assez difficile; les secousses et les inclinations inévitables en pareil cas peuvent occasionner la perte d'une certaine quantité de mercure et, l'introduction de l'air dans la chambre barométrique. Les mêmes inconvénients se retrouvent, du reste, plus ou moins dans tous les baromètres à mercure. La longueur de ces instruments, leur fragilité, l'obligation où l'on est de les maintenir toujours dans la position verticale, les rendent incommodes à manier et à déplacer. Or ce n'est pas dans les appartements, ce n'est même pas dans les cabinets de physique qu'on a le plus besoin de consulter le baromètre : c'est à bord des navires; c'est dans les voyages, dans ceux surtout qui ont un but scientifique, dans les ascensions aérostatiques, dans des circonstances, en un mot, où l'instrument et son possesseur sont exposés à mille aventures. 11 était donc naturel qu'on cherchât à imaginer, pour la mesure des pressions de l'atmosphère, des appareils moins volumineux et moins fragiles. Ce problème a été résolu par
l'invention des baromètres métalliques à vide ou à ressort, dans lesquels il n'entre ni verre ni mercure.
Ces instruments sont de deux systèmes. L'un, qui a reçu le premier et conservé le nom de baromètre métallique (bien que ce nom s'applique tout aussi justement à l'autre), est dû à MM. Bourdon et Richard. Il est fondé sur le principe suivant : Si l'on exerce une pression à l'intérieur d'un tube de cuivre mince à section elliptique, contourné en spirale et fermé à l'une de ses extrémités, la spirale tendra à se dérouler. Elle tendra, au contraire, à s'enrouler, si la pression est exercée extérieurement. On comprend que si la pression est toujours nulle à l'intérieur du tube, et qu'elle varie à l'extérieur, le résultat sera le même : c'est-à-dire que, la pression augmentant, la spirale se contractera, et elle se dilatera si la pression diminue. C'est ce qui a lieu dans le baromètre de MM. Richard et Bourdon. Ce baromètre se compose, en effet, d'un tube en cuivre très mince et parfaitement écroui, dans lequel on a fait le vide, et qu'on a fermé à ses deux extrémités. Ce tube est fixé par son milieu sur le fond d'une boîte circulaire, et recourbé de manière à former une circonférence presque entière. Un double levier réunit ses deux extrémités, et, par l'intermédiaire d'un engrenage, communique leurs mouvements d'éloigncment ou de rapprochement à une aiguille qui parcourt un cadran tracé sur la paroi extérieure de Ja boîte. Les divisions de ce cadran correspondent aux différentes hauteurs du mercure dans l'ancien baromètre. On y peut ajouter, si l'on veut, les indications ordinaires : variable, pluie ou vent, etc.
Le baromètre métallique du second système a reçu le nom d'anéroïde, qui a la prétention de signifier « sans air » : prétention très mal fondée, car on serait tenté bien plutôt de traduire ce mot soi-disant hellénique par semblable à un homme (àv^p, homme; àvépoç, forme primitive du génitif; et eiSoç, apparence, ressemblance). Quel besoin si pressant messieurs les physiciens ont-ils de parler le grec, qu'ils ne savent point, à des gens qui, pour la plupart, ne le savent pas davantage, et qui, s'ils le savent, ne peuvent que se trouver très empêchés de traduire de tels barbarismes!...
Le baromètre anéroïde donc, puisque anéroïde il y a, est dû à M. Vidi. A ne le juger que par sa forme extérieure, on le confondrait à coup sûr avec le baromètre métallique de M. Bourdon. Mais ouvronsle, et nous verrons que la spirale est remplacée par une petite boîte en cuivre de forme lenticulaire. On a fait le vide dans cette boîte comme dans le tube de Bourdon. Ses parois sont très minces, et leur écartement est maintenu par un ressort, qui cède sous la pression de l'air lorsque cette pression augmente, et se détend lorsqu'elle diminue.
L'une des parois est fixe; l'autre est libre, et commande à une transmission de mouvement qui fait marcher l'aiguille à droite ou à gauche sur le cadran , selon que la paroi s'abaisse ou se relève.
D'ailleurs, tous les jours on perfectionne les baromètres existants ou l'on en invente de nouveaux. En 1873, MM. Hans et Hcrmary, par exemple, faisaient connaître un appareil de ce genre, fort original, fondé sur la comparaison d'un thermomètre à air et d'un thermomètre à liquide. Dans la malheureuse ascension du Zénith, en 1875, les aéronautes avaient emporté, outre leurs baromètres anéroïdes, des baromètres construits de façon que les indications fournies ne pussent être en aucun cas modifiées par les voyageurs; ils étaient analogues, eu égard aux différences d'emploi de ces instruments, à certains thermomètres à maxima dans lesquels il s'échappe du tube une certaine quantité de mercure.
Nous avons vu précédemment que l'air va se raréfiant à mesure qu'on s'élève à des hauteurs plus grandes : c'est-à-dire que ses molécules s'écartent, ou, en d'autres termes, que sa densité diminue. C'est là une conséquence nécessaire de son poids, en même temps que de son élasticité.
« Puisque l'air est pesant, dit Giot, les couches inférieures de l'atmosphère sont plus comprimées que les supérieures, dont elles supportent le poids. Mais, en vertu de leur élasticité, elles doivent résister à celte pression, et l'aire effort pour s'étendre. Par conséquent, si l'on prenait un certain volume d'air à la surface de la terre, et qu'on le portât plus haut dans l'atmosphère, il devrait s'y dilater, c'est-à-dire former un volume plus considérable '. »
Ce fut encore Pascal qui le premier donna la preuve expérimentale de ce principe. D'après ses instructions, son beau-frère, F. Périer, qui habitait Clermont-Ferrand , prit une vessie à demi pleine d'air, la ferma hermétiquement, et la porta jusque sur le sommet du Puy-de- Dôme. A mesure qu'il montait, la vessie se gonflait par la dilatation de l'air, et lorsqu'il arriva au but de son ascension elle se trouva toute pleine. Puis, redescendant, il la vit se dégonfler peu à peu, jusqu'à ce qu'il fût de retour au lieu du départ, au bas de la montagne, où elle était redevenue flasque comme auparavant.
Cette expérience a été répétée depuis un grand nombre de fois, de diverses manières , et elle a toujours donné le même résultat. Donc la densité de l'atmosphère diminue à mesure que la hauteur augmente, ou, en d'autres termes , elle est en raison inverse de la hauteur.
Mais il s'en faut de beaucoup qu'à une même hauteur cette densité
1 Traité élémentaire d'astronomie physique , t. I, obap. vr.
reste constante; elle change, au contraire, sous l'influence de plusieurs causes, et avec elle la pression de l'atmosphère; et comme ces causes varient elles-mêmes selon les temps et les lieux, il s'ensuit que la pression moyenne n'est la même ni dans les différentes régions du globe , ni même dans les différentes parties d'une région donnée , et que pour chaque contrée elle se modifie encore suivant la saison, l'époque du mois et l'heure du jour.
Et remarquons qu'il s'agit ici, non des changements accidentels produits par les perturbations de l'atmosphère, mais des variations périodiques et sensiblement uniformes, dues à des phénomènes astronomiques ou météorologiques parfaitement réguliers. Au surplus, les causes immédiates des variations barométriques, tant périodiques qu'accidentelles, se réduisent à trois. Au premier rang se placent les changements de température, qui, en dilatant ou en contractant l'air dans une certaine région, le rendent plus léger ou plus pesant, et réagissent nécessairement sur les régions adjacentes. En second lieu viennent les déplacements de masses d'air plus ou moins considérables : déplacements qui, dans le plus grand nombre des cas, sont dus aux changements de température, mais qui dépendent aussi, bien que dans une très faible mesure, de l'attraction qu'exercent sur l'océan aérien comme sur l'océan marin le soleil et la lune. Au troisième rang enfin on peut placer l'état hygrométrique de l'air, c'est-à-dire la quantité de vapeur d'eau qu'il contient, et dont l'influence sur les oscillations du baromètre ne saurait être négligée ; car, la densité de la vapeur d'eau étant environ de moitié moindre que celle de l'air, il est évident que la pression barométrique diminue ou s'accroît suivant que l'atmosphère est plus ou moins humide. Il est aisé de comprendre, d'après cela, comment il se fait que la moyenne des pressions n'est pas la même en été qu'en hiver, à midi qu'à minuit ; qu'elle est autre au bord de la mer, autre dans l'intérieur des terres; qu'elle atteint son minimum sous l'équateur, et qu'elle va s'élevant à mesure qu'on avance vers les pôles.
Quant aux variations barométriques accidentelles el locales , elles dépendent évidemment, de la même manière, des changements qui surviennent dans l'état de l'atmosphère, dans sa température, dans la direction ou dans l'intensité du vent, etc. ; et c'est la connaissance des rapports existants entre ces deux ordres de phénomènes qui permet de tirer des oscillations du baromètre des pronostics sur le beau et le mauvais temps.
Un fait remarquable et qu'il importe de signaler en terminant le présent chapitre, c'est que les moyennes annuelles des oscillations barométriques, comme les moyennes des températures, se trouvent
distribués à la surface du globe suivant des lignes à peu près parallèles, qui s'échelonnent avec une certaine régularité entre l'équateurel les pôles. Ces lignes sont appelées lignes isobarométriques.
En général , les oscillations du baromètre sont sensiblement semblables, et donnent des courbes parallèles lorsqu'on les étudie sur des points voisins; mais à de grandes distances , le baromètre peut monter dans un lieu et baisser dans l'autre; et ordinairement une baisse extraordinaire dans un point du globe est compensée par une hausse extraordinaire dans un autre point. Cela tient évidemment à ce qu'il se forme dans l'océan aérien comme des vagues qui s'étendent d'un pays à un autre pays, et dont les points voisins sont également affectés, tandis que deux points éloignés peuvent se trouver l'un à l'endroit où la vague s'élève, l'autre au point où elle s'abaisse '.
Ces variations de pressions barométriques jouent actuellement un grand rôle dans les données de la météorologie pratique et dans les prévisions du temps. Sur les cartes publiées tous les jours par les observatoires sont tracées les courbes correspondant à ces pressions pour l'Europe entière, et c'est dans le rapprochement ou l'éloignement de ces courbes , dans leurs inflexions et dans le concours d'autres éléments encore que l'on peut trouver, jusqu'à un certain point, les moyens d'établir d'utiles pronostics relatifs aux grands phénomènes atmosphériques.