MÉCANIQUE ATMOSPHÉRIQUE
Si, avant les expériences de Torricelli et de Pascal, on eût dit à quelqu'un , fût-ce un savant : « Au sein de cet air où vous vous croyez. si libre, où vous allez et venez avec tant d'aisance , vous êtes soumis à une pression égale à celle que vous supporteriez si vous marchiez au fond d'une mer de trente- deux pieds de profondeur, ou dans un bain de vif- argent dépassant votre tête de vingt -cinq pouces^Tàssurément ce quelqu'un eût ri au nez de son interlocuteur, of bien l'eût
1 Éléments de physique terrestre et de météorologie, chap. iv\ " : .
regardé de travers comme un mystificateur ou un fou. Rien n'est plus vrai pourtant : l'atmosphère, en raison de son poids et de sa masse immense, exerce sur tous les corps qui se trouvent à la surface du globe une pression que nous ne soupçonnons point , parce que nous y sommes habitués, parce que, loin de nous gêner, elle nous est nécessaire, mais qui n'est pas moins énorme.
Une fois qu'on est arrivé à savoir qu'à la surface de la terre les corps supportent, de la part de l'atmosphère, la même pression que s'ils étaient recouverts d'une couche de mercure de 76 centimètres de hauteur, il devient facile d évaluer cette pression en kilogrammes. En effet, si Von considère d'abord une surface de 1 centimètre carré , cette surface supputera la pression d'une colonne de mercure qui aurait 1 centimètre carré de base et 76 centimètres de hauteur. Or cette colonne pouvant évidemment être divisée en 76 parties égales, chacuno de 1 centimètre cube, son volume sera de 76 centimètres cubes. Mais le centimètre cube d'eau pesant 1 gramme, pour le mercure, qui est 13,6 fois plus dense que l'eau, le centimètre cube doit peser 13 grammes 6; donc la colonne de mercure qu'on vient de considérer pèse soixante-seize fois 13 grammes 6, ou 1 kilogramme 33 grammes. Or, puisqu'on a vu ci-dessus que la pression de l'atmosphère sur une surface donnée est la même que celle d'une couche de mercure de 76 centimètres de hauteur, on peut donc dire que le poids de l'atmosphère sur 1 centimètre carré est de 1 kilogramme 33 grammes; sur 1 décimètre carré, qui vaut 100 centimètres carrés, celle pression est cent fois plus grande, c'est-à-dire 100 kilogrammes 300 grammes; et sur 1 mètre carré, qui vaut 100 décimètres carrés, elle est de 10,330 kilogrammes.
On a évalué , en moyenne, à un mètre carré et demi, ou 1 o,000 centimètres carrés, la superficie totale du corps d'un homme de taille ordinaire. La pression que l'atmosphère fait peser sur le corps humain est donc égale à quinze mille fois 1 kilogramme 33 grammes, ou environ quinze mille cinq cents kilogrammes. Je vois d'ici le lecteur étonné, incrédule peut-être, devant ce chiffre formidable. Que nous supportions un tel poids et que nous puissions respirer, nous mouvoir, travailler, dormir, que nous vivions enfin , que nous ne soyons pas écrasés, anéantis, que nous n'éprouvions pas la moindre gêne : voilà qui, même au xix° siècle, peut, en effet, sembler étrange et soulever le doute dans bien des esprits, surtout si l'on ajoute que cette énorme pression, loin d'être un fardeau pour les êtres vivants, est indispensable pour maintenir l'équilibre et le jeu régulier de leurs organes ; qu'elle est une condition sine qua non de la vie, abstraction faite du rôle capital que l'air joue, grâce à l'action chimique de l'oxygène, dans
le phénomène de la respiration. Et cependant, je le répète, rien n'est plus vrai, rien ne s'explique plus aisément.
Et d'abord la pression de l'air n'agit pas seulement de haut en bas, comme on serait tenté de le croire : elle agit aussi de bas en haut et latéralement; en un mot, dans tous les sens. C'est là un principe d'hydrostatique qui s'applique rigoureusement à l'aérostatique; de sorte que toutes les pressions se neutralisent réciproquement. Je me trompe. Les pressions étant proportionnelles aux hauteurs, celles qui agissent latéralement se neutralisent seules; mais la poussée de bas en haut est plus forte que la pression de haut en bas ; si bien que nous devons à notre grande densité spécifique de demeurer à terre. Autrement nous serions soulevés, emportés, comme sont les ballons, jusque dans les couches d'air raréfié où, l'excès de notre poids compensant enfin l'effet de h poussée, nous resterions suspendus en équilibre, sans pouvoir ni monter davantage ni descendre. 11 n'est donc pas surprenant que, retenus au sol par la pesanteur, pressés et poussés à la fois de toutes parts, nous ne sentions point ces pressions sur une partie de notre corps plutôt que sur une auliv. Mais il reste à expliquer comment notre frêle machine y peut résister. Elle y résiste par la tension et par l'élasticité îles fluides qu'elle renferme, et qui la feraient éclater, la détruiraient en un instant si elles n'étaient sans cesse tenues en respect par ce puissant contrepoids. Voyez ce pauvre petit animal qu'on a placé sous le récipient de la machine pneumatique, et qu'on a soustrait, en y faisant le vide, à cette pression salutaire. Ce n'est pas seulement le manque d'air respirablc qui l'a tué : la dilatation des gaz et l'évaporalion des liquides de l'organisme ont gonflé, distendu, puis déchiré les tissus; il a péri victime d'une sorte d'explosion. Oui ne sait d'ailleurs quelles sensations pénibles, douloureuses, quels accidents étranges, effrayants ont éprouvés les personnes qui se sont hasardées jusque dans les régions où la colonne barométrique est réduite à une hauteur de quelques centimètres. Des vertiges terribles, la bouffissure des membres, l'épaississement de la langue, le sang jaillissant par le nez, parles oreilles, par la bouche : tels ont été invariablement les symptômes produits par la trop grande diminution de la pression atmosphérique. Ces effets physiologiques ne sont qu'un cas particulier de la résistance que cette pression oppose à la dilatation des gaz et à la formation des vapeurs , et qu'on peut rendre sensible par diverses expériences.
Celle de la vessie contenant une petite quantité de gaz, et qui, introduite sous le récipient de la machine pneumatique, se gonfle ou se dégonfle selon qu'on extrait l'air du récipient ou qu'on l'y laisse rentrer, est un exemple du premier de ces phénomènes. Cette expérience n'est elle-même que la répétition de celle qui fut faite en Auvergne
par le beau-frère de Pascal , et dont il a été parlé au chapitre précédent.
Ces dernières années ont vu s'agiter, à ce sujet, des questions d'une haute importance, soulevées par des études expérimentales auxquelles s'attache le nom de M. Paul Bert, professeur à la Faculté des sciences et membre de l'Assemblée nationale, puis de la Chambre des députés. Ces études, dont les résultats ont été exposés successivementdans une
Expérience dans le vide.
série de mémoires présentés à l'Académie des sciences , avaient trait aux effets des variations de la pression de l'air sur les animaux. La théorie à laquelle était arrivé le savant expérimentateur peut se résumer à peu près ainsi, dans ses points principaux :
Lorsqu'un animal est soumis à des pressions atmosphériques moindres ou plus fortes que la pression normale, les modifications physiologiques qui se produisent en lui sont dues, selon M. Bert, non pas, comme on l'avait cru jusqu'ici, à la pression considérée en ellemême, mais à la quantité plus ou moins grande d'oxygène qui s'introduit dans le sang par la respiration , et qui en altère plus ou moins la composition. L'animal peut donc être asphyxié si, la pression étant trop faible , il n'absorbe pas assez d'oxygène et si Yhématose est insuffisante; il peut éprouver, au contraire, une sorte particulière
d'empoisonnement, de combustion interne si, la pression étant trop forte , il absorbe un excès d'oxygène.
Dans l'un comme dans l'autre cas, le phénomène serait purement chimique.
Quant aux effets mécaniques et physiques do la compression et de la raréfaction du milieu gazeux, M. Bert les niait, et pour les nier il invoquait des expériences qui, à première vue, semblaient, il faut le reconnaître, très concluantes.
M. Bert a enfermé des animaux dans des boîtes en tôles où il pouvait, à volonté, faire le vide plus ou moins complet, ou comprimer l'air à deux atmosphères et plus, et introduire tel gaz qu'il voulait. Eh bien, si, en comprimant fortement le mélange gazeux, ou si, le raréfiant jusqu'à la plus extrême limite, il y maintenait artificiellement la quantité d'oxygène reconnue nécessaire à l'entretien de la respiration, les animaux n'éprouvaient pas même un malaise : tandis que, sous une pression quelconque, les symptômes d'asphyxie se n produisaient identiquement les mêmes, dès que l'on refusait aux animaux soumis aux expériences la ration d'oxygène qui leur est indispensable.
C'est d'après ces faits que AI. Paul Bert s'était cru fondé à conseiller aux aéronautes d'emporter dans les hautes régions de l'atmosphère des ballonnets d'oxygène, afin de combattre, par l'inhalation de ce gaz vivifiant, les effets de la raréfaction de l'air. Les suites lamentables de la catastrophe du Zenith et la mort de deux aéronautes sont venues gravement ébranler cette théorie. C'est qu'il faut compter nécessairement avec les etlets mécaniques et physiques de la décompression du corps humain, surtout de la décompression rapide, subite. Ces effets sont : la dilatation brusque des gaz internes, leur effort pour s'échapper à travers les tissus, les ruptures qui s'ensuivent nécessairement, et aussi l'évaporation de l'eau, évaporation d'autant plus prompte que la pression est moindre.
Un autre physiologiste, M. le docteur Jourdanet, a également étudié les elfets des variations de pression de l'air sur la vie humaine ; mais M. Jourdanet est bien moins un expérimentateur, comme M. Bert, qu'un observateur. Il a réuni dans un important ouvrage ' les résultats de ses travaux, poursuivis principalement sur les hauts plateaux de l'Amérique et surtout au Mexique. Son point de vue spécial, c'était l'élude des climats d'altitude et des climats de montagne. C'est ainsi qu'il a observé dans le tempérament ordinaire des habitants, dans les caractères des affections endémiques, dans la fréquence ou la rareté des
1 Influence de la pression de l'air sur la vie de l'homme; 2 vol. grand in-8° avec"cartes et gravures.— Paris, libr. Masson.
épidémies, des différences qui lui ont paru se rapporter d'une manière consente à la pression de l'atmosphère, et il a cru reconnaître que les phénomènes physiologiques et pathologiques constatés par lui dépendaient essentiellement de l'état de Y hématose, c'est-à-dire de l'activité de la respiration et de l'absorption de l'oxygène.
Mais revenons aux effets physiques de la pression de l'air. Nous en avons déjà examiné plusieurs. Quant à l'évaporation des liquides, elle est notablement retardée et ralentie; elle peut même être entièrement empêchée, malgré l'élévation de la température, par un accroissement artificiel de la pression de l'air. A la pression et à la température ordinaires, l'eau, l'alcool, l'élher, etc., émettent constamment de la vapeur par leur surface, et si on les chauffe, il arrive un moment , qui varie suivant l'espèce du liquide, mais qui est constant pour chacun d'eux, où la masse entière se vaporise. C'est ce qu'on nomme l'ébullition. L'eau, par exemple, bout à 100° centigrades, l'alcool à 76°, l'éther à 37°. Mais à mesure que la pression de l'air augmente, le point d'ébullition s'élève; à mesure qu'elle diminue, le point d'ébullition s'abaisse. Sur les hautes montagnes, l'eau bout bien plus facilement que dans les plaines. Au sommet du mont Blanc, c'est à 84° qu'elle entre en ébullilion : ce qui rend très lente et très difficile , à cette altitude, la cuisson des aliments. Si l'on met de l'eau froide dans une capsule sous la cloche de la machine pneumatique et qu'on fasse le vide, cette eau ne tarde pas à entrer en ébullition. De l'alcool et de l'éther bouilliraient plus promptement encore, et à des températures d'autant plus basses que leurs points d'ébullition, dans les circonstances ordinaires, sont moins élevés.
Si des effets physiques de la pression de l'air on passe à s:s effets mécaniques, on ne sera plus étonné de leur puissance ni des applications que l'homme en a su faire bien longtemps avant d'en connaître le principe.
La plus ancienne peut-être, et à coup sûr la plus universellement employée des machines atmosphériques, celle en outre qui a été le prototype de presque toutes les autres, c'est la pompe. L'inventeur de la pompe, s'il était connu, devrait être placé, sans contredit, dans la reconnaissance et dans la vénération des hommes, au même rang que les inventeurs, également inconnus, hélas! de la charrue, de la voiture et du navire.
La pompe primitive, c'est évidemment la pompe aspirante. Sa construction et son mécanisme sont d'une simplicité antique ; mais il n'en fallut pas moins , pour les concevoir et les appliquer, une inspiration qui, eu égard à l'état des connaissances scientifiques des anciens, suppose un génie exceptionnel ; à moins toutefois que cette belle invention n'ait été, comme tant d'autres, l'effet d'un hasard heureux.
Les machines pneumatiques et les machines à compression , dont on fait un si fréquent usage dans les cabinets de physique , sont de véritables pompes servant, les premières à raréfier l'air, les secondes à le condenser. La pression de l'atmosphère est appliquée, dans d'autres
Tàle-vin.
Vase de Tantale.
Siphon.
appareils, au déplacement des liquides, et particulièrement de l'eau, mais directement, sans le secours d'aucun mécanisme et à l'aide de dispositions extrêmement simples.
Quoi de plus simple, en ellel , que le tàte-via et que le siphon? Le làte-vin est un tube droit en fer-blanc, muni d'une anse et terminé à son extrémité inférieure par un petit cône à ouverture presque capillaire. On le plonge dans le tonneau dont on veut déguster le contenu. Lorsqu'il s'est rempli de liquide , on appuie le pouce sur l'oritice supérieur et l'on enlève le tube , qu'on peut transporter ainsi sans qu'il se vide, parce que la pression de l'air n'agit point sur le liquide de haut
en bas, mais seulement de bas en haut; aussitôt qu'on retire le pouce, l'équilibre des pressions inférieure et supérieure s'établit, et le liquide, obéissant à la pesanteur^ s'écoule par l'ouverture du cône qui termine l'instrument.
Le siphon est un tube doublement coudé, à branches inégales, qu'on emploie pour dépoter les liquides, lorsque, par un motif quelconque , on ne peut ou l'on ne veut pas déranger les vases qui les contiennent. Soit V un vase rempli d'un liquide qui a laissé un dépôt et qu'on veut, sans le troubler, faire passer dans un autre vase Z. On commence par amorcer le siphon, c'est-à-dire qu'on le remplit entièrement du même liquide qu'il s'agit de dépoter ; puis , tenant un doigt appuyé sur l'orifice de la plus petite branche, on plonge cette branche dans le vase V en ayant soin que l'autre branche se trouve au-dessus du vase Z et l'on abandonne l'appareil à lui-même. On voit alors le liquide s'écouler par la plus longue branche , jusqu'à ce que son niveau en V affleure l'extrémité la plus courte. Pour se rendre compte de ce phénomène, il suffit de considérer que la pression atmosphérique qui agit sur le liquide contenu dans le vase V, pour le faire monter dans le tube, n'a à triompher que d'une colonne dont la hauteur est comprise entre la surface du liquide et le coude du siphon; tandis que, pour refouler le même liquide dans le vase V, il faudrait qu'elle l'emportât sur le poids de la colonne contenue dans la grande branche. C'est pourquoi le siphon étant une fois rempli, l'écoulement continue tant que l'air ne peut pas pénétrer dans la plus courte branche, ou, ce qui revient au même tant que l'extrémité de celle-ci reste plongée dans le liquide.
On montre dans les cours de physique, pour l'amusement des élèves autant que pour leur instruction , un petit appareil qui n'est qu'une application du siphon, et qu'on désigne sous le nom de vase de Tantale. C'est une coupe de verre dans laquelle se trouve un petit personnage qui représente, avec une ressemblance que je ne garantis point, l'infortuné « convive des dieux » , victime de la jalousie du grand Jupiter, et dévoré d'une soif ardente qu'il lui est interdit d'étancher. Ayons pitié de lui ; versons de l'eau dans cette coupe qui va devenir pour lui une baignoire. L'eau monte , monte : il va donc pouvoir rafraîchir son gosier brûlant! Point! au moment où il va y tremper ses lèvres, le liquide s'écoule, la coupe est vide. Nous la remplissons de nouveau, elle so vide comme la première fois ; nous recommencerions en vain , il faut v renoncer : le pauvre Tantale ne boira pas. C'est Jupiter, — je veux dire la pression de l'air, -- qui s'y oppose. En effet, sous le vêtement du supplicié est caché un siphon dont la petite branche se trouve dans la coupe même, tandis que la plus grande traverse le fond et va déboucher au dehors. Donc, lorsqu'on verse de l'eau, le siphon se remplit
en même temps que la coupe; il est amorcé lorsque le niveau de l'eau atteint le sommet de la courbe formée parle tube; alors, esclave impitoyable de la pesanteur, le liquide s'écoule, et bientôt laisse le baigneur à sec.
Puisque nous parlons de physique amusante, c'est ici le lieu de révéler au lecteur le secret de la bouteille inépuisable et miraculeuse d'où
Bouteille enchantée.
les prestidigitateurs versent à la ronde, au choix des spectateurs, tout un assortiment de liqueurs fines. Cette bouteille n'est pas en verre, mais en métal habilement peint et imitant le verre. Elle est partagée' intérieurement, suivant son axe, en cinq compartiments, par des cloisons qui rayonnent du centre à la circonférence. Chaque compartiment forme ainsi une petite bouteille ù goulot extrêmement étroit, et d'où le liquide ne peut s'écouler qu'à la condition qu'on donne accès d'un autre côté à la pression de l'air. A cet effet, on a ménagé dans la paroi extérieure de la bouteille cinq petites ouvertures correspondant aux cinq compartiments, et disposées de telle façon que chaque doigt de la main qui tient
la bouteille ferme une de ces ouvertures. On n'a plus alors qu'à lever, par exemple, le pouce pour verser du cognac, l'index pour verser de l'anisette, et ainsi de suite. Les verres qu'on offre aux amateurs étant d'ailleurs très petits, l'opérateur, qui a bien soin encore de ne pas les remplir, peut satisfaire un grand nombre de personnes de goûts différents. Voilà tout le sortilège.
L'appareil dont on attribue l'invention au philosophe Héron, d Alexandrie dut , lorsqu'il parut , un siècle environ avant Jésus-Christ , exciter vivement l'admiration et l'étonncment. Il offre encore aujourd hui une des plus jolies expériences que l'on puisse montrer aux gens du monde et à la jeunesse, et n'est nullement indigne de figurer dans une serre dans un salon, même dans un boudoir: d'autant que rien n empêche de le construire avec autant de richesse et d'élégance que tout autre objet de luxe ou de fantaisie. La fontaine de Héron, - tel est le nom de cet appareil , - se compose de deux globes de verre , A et B , placés à une certaine distance l'un au-dessus de l'autre et réunis par deux tubes a et 6. Le globe supérieur A est surmonté d'une cuvette traversée en son milieu par une tubulure à jet d'eau c, qui plonge jusque très près du fond du globe A. L'un des deux grands tubes a débouche aussi dans cette cuvette, et descend jusqu'à la partie inférieure du globe B, tandis que l'autre tube b va du sommet de B au sommet de A. Pour faire fonctionner cet appareil, on enlève la tubulure c, et par l'ouverture qu'elle laisse libre on remplit d'eau le globe supérieur A; on remet la tubulure, et l'on verse de l'eau dans la cuvette. Celte eau s'écoule par le grand tube a dans le réservoir inférieur B, en chasse l'air, qui remonte par le tube b dans le globe A, et à son tour refoule l'eau contenue dans le -globe, et la fait jaillir avec force par la tubulure. Cette eau retombe dans la cuvette, et s'écoule à son tour dans le réservoir B; de nouvelles quantités d'air sont ainsi continuellement refoulées de ce dernier dans le globe A, et le jet d'eau cont.nue jusqu a «e que ce globe soit vide.
La fontaine intermittente est un appareil du même genre, et qui, comme le précédent, montre, sous une forme très ingénieuse et très élégante, les effets de la pression et de l'élasticité de 1 air. Le globe A, hermétiquement fermé avec un bouchon de verre rodé àlemeri, se remplit d'eau jusqu'à l'affleurement du tube T, qui lui sert de support et qui descend dans le bassin B. Ce tube est percé, à une hauteur qui ne doit point dépasser celle des bords du bassin, de petits trous destines a donner accès à l'air dans le globe A. A la partie inférieure de celui-ci sont adaptées deux tubulures «t, qui ne se ferment point. Le bassin B est aussi muni d'un tuyau d'écoulement, dont l'orifice est tel que son d^teit? soit moindre que celui des deux tubulures 1 1 réumes. H arrive,
en conséquence, un moment où l'eau provenant du globe A s'élève dans le bassin au-dessus des trous percés dans le tube T. Alors l'air cessant d'avoir accès dans le globe et de presser sur la surface de l'eau qu on y a mise, l'écoulement cesse. Puis, au bout de quelques instants
Fontaine intermittenle.
Fontaine 'le Héron.
1 eau ayant baissé dans le bassin, les trous sont mis à découvert l'air pénètre de nouveau en A, l'écoulement recommence, et ainsi de suite jusqua ce que toute l'eau contenue dans le globe ail été expulsée Dan S ]ef d vmt ,, on iUiI . sei |anccr g
élastique de l'air comprimé.
Le fusil à>nt se compose d'un canon qui se visse sur une cran creuse en métal très restant. Ces deux pièces étant séparées l'une „e 1 autre, ™ mtrodu.t une balle dans la culasse du canon et on corn-
ifc
prime l'air dans la crosse. On peut aller jusqu'à quarante atmosphères. Une soupape ferme la crosse de dedans en dehors, d'autant plus hermétiquement que la pression est plus forte, et empêche toute déperdition d'air. Le canon est ensuite vissé sur la crosse, et l'arme est prête. Une batterie dont la détente ouvre instantanément la soupape livre passage
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Machine de compression.
à un jet d'air qui chasse la balle avec une grande force. Comme la soupape se referme aussitôt, une seule charge d'air suffisamment comprimé fournit de quoi tirer plusieurs coups; mais il est aisé de deviner que la projection devient de moins en moins énergique à mesure que la crosse se vide, et qu'il arrive un moment où la balle ne va plus tomber qu'à quelques pas de la bouche du fusil. C'est alors le telurn imbelle sine ietu dont parle Virgile. Au début, et alors que l'arme est bien chargée, la balle peut, à trente pas, traverser une planche d'un à deux centimètres d'épaisseur, et serait, par conséquent, capable de faire une blessure mortelle.
Les pompes, dont nous avons parlé précédemment, sont des machines que l'homme met enjeu par ses propres forces, pour triompher des résistances que lui opposent diverses forces physiques. Il parvient, avec leur aide, à élever de l'eau à une assez grande hauteur ou à la projeter au loin, ou hicn à faire le vide dans un espace donné, ou bien, au contraire, à y condenser des gaz, mais tout cela au prix d'un travail musculaire plus ou moins énergique, d'une fatigue plus ou moins grande, et toujours, en somme, pour d'assez minces résultats.
Or un jour l'homme a conçu l'idée, bien simple, n'est-ce pas? de renverser, pour ainsi dire, le principe de ses engins, et, au lieu de s'évertue]" à vaincre la pression ou l'élasticité de l'air, le poids de l'eau ou la force négative du vide, de laisser agir ces forces, de leur donner la machine à mouvoir. Et l'homme s'est ainsi créé des serviteurs d'une docilité et d'une puissance incomparables. Il suffit de citer la machine à vapeur.
Qu'était à son origine la machine à vapeur? Un corps de pompe, dans lequel un piston était poussé alternativement de bas en haut par la force élastique de la vapeur d'eau , et de haut en bas par la pression de l'atmosphère. Plus tard , l'action atmosphérique a été éliminée. On a trouvé plus avantageux d'employer la vapeur seule, et Watt a construit l'admirable machine à double effet, où la vapeur est amenée tour à tour sur la face supérieure et sur la face inférieure du piston '. Mais le mécanisme originel et fondamental est resté; l'agent moteur seul a changé et pourra changer encore. On a déjà tenté de substituer à la vapeur l'acide carbonique, l'éther, le chloroforme, et enfin le gaz d'éclairage enflammé et dilaté par l'électricité. On a employé aussi, avec un commencement de succès, l'air comprimé. Ce système avait séduit, par sa simplicité, d'excellents esprits. Comme il rentre d'ailleurs, au premier chef , dans la mécanique atmosphérique, sa description et son histoire complète sembleraient avoir leur place marquée dans ce chapitre. Mais il en a été de la machine à air comprimé comme de tant d'autres inventions , annoncées à leur début comme devant changer la face du monde, et qui, malgré le talent et les efforts de leurs promoteurs, n'ont pas tardé à succomber devant l'arrêt souverain de ce juge incorruptible qu'on nomme l'expérience. Cependant la machine à air comprimé n'est pas morte; elle a rendu d'immenses services pour les travaux de percement du tunnel du mont Cenis, et l'on n'a point renoncé à appliquer cet utile moteur à la traction des voitures. Dans quelques villes déjà,
1 Voyez, dans les Merveilles de l'industrie, l'histoire de la machine à vapeur, de ses transformations et de ses applications.
des locomotives à air comprimé fonctionnent, dit-on, sur les lignes de tramways.
Au mont Cenis, les ingénieurs, qui disposaient d'immenses chutes d'eau, s'en sont servis pour comprimer l'air, en employant les appareils de M. Colladon, de Genève, si bien utilisés par M. Sommeillier. Des conduites d'un grand diamètre, par conséquent difficiles à entretenir et d'un prix de revient considérable , servaient à transporter l'air depuis les compresseurs jusqu'au fond de la galerie. Aujourd'hui on utilise au tunnel du Saint -Gothard les perforateurs du mont Cenis; mais, comme ils ne peuvent être appliqués avantageusement qu'avec l'air comprimé, on a dû construire des machines à comprimer l'air, mises en mouvement par la vapeur ou par une force hydraulique.
Une autre fort curieuse application de l'air raréfié ou comprimé, c'est ce qu'on appelle la poste atmosphérique. Ce mode de transport des dépêches existe déjà dans plusieurs capitales de l'Europe, et particulièrement à Paris, où il fait communiquer une dizaine de stations par des conduites souterraines , et semble destiné à remplacer, au moins en partie, sinon tout à fait, le télégraphe électrique. On s'est d'abord servi , pour la poste atmosphérique , d'air comprimé pour pousser, dans des tubes pneumatiques , les boîtes contenant des dépêches manuscrites. C'était comme dans les sarbacanes, oy l'on souffle pour chasser au loin le projectile. Aujourd'hui on fait le vide en avant des boîtes, sans dépasser la pression d'une atmosphère, et en même temps on injecte de l'air comprimé en arrière des boîtes.
La poste atmosphérique, qui réalise une vitesse de plus de 10 mètres par seconde, présente de tels avantages, que plusieurs inventeurs, parmi lesquels MM. Mignon et Rouart, M. Crespin, avaient proposé d'installer une communication de ce genre entre Versailles et la capitale. Dans le projet de M. Crespin, il y aurait eu une slation à Bellevue, à peu près au milieu du trajet; trois usines, établies à Paris, Bellevue et Versailles , devaient comprimer l'air et faire le vide nécessaire, à l'aide d'une force de 150 chevaux -vapeur. Ce projet aurait remplacé avec avantage entre les deux villes , non seulement le télégraphe électrique, comme dans Paris même, mais la poste et les pigeons voyageurs ; car ces trois systèmes fonctionnaient de l'une à l'autre. Ces projets ont perdu tout intérêt depuis que Versailles n'est plus le siège du gouvernement.
Je citerai encore, comme emploi intéressant de l'air comprimé, l'application qu'on en fait dans plusieurs villes d'Allemagne, d'Autriche, d'Italie, au traitement des diverses affections des voies respiratoires, de certaines surdités, etc., dans des appareils disposés comme
ceux où M. Paul Bert a fait ses curieuses expériences. Il s'est même fondé à Paris un établissement de ce genre, et le médecin appelé à le diriger a présenté à l'Académie de médecine un mémoire où il donnait une description complète de l'aérothërapic, des moyens à l'aide desquels on la pratique et des résultats déjà obtenus. L'avenir dira quel profit on peut, sérieusement retirer d'un mode de traitement qui me paraît encore insuffisamment éprouvé.