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CONCLUSION

Nous ferons maintenant connaître les conditions auxquelles les Cartes de vents et de courants (winds and currents charts) sont fournies aux navigateurs.

Le capitaine qui désire se les procurer devra justifier de la possession des inlruments indispensables, lesquels sont, au minimum : un bon compas de route, un bon sextant, un baromètre à mercure et trois thermomètres pour l’air et pour l’eau.

L’engagement qu’il prend de concourir aux recherches indiquées surle journal réglementaire comprend toutes les traversées qu’il pourra faire.

A l’arrivée du navire dans un port des Etats- Unis, il suffît d’enlever les pages du journal do bord qui se rapportent à la traversée et de les adresser au directeur de l’Observatoire national à Washington. La franchise leur est acquise si elles sont mises à la poste comme ship letters.

On doit espérer que les divers gouvernements s’entendront pour que cette franchise devienne universelle.

De nouvelles cartes étant incessamment en voie de construction, les coopérateurs doivent faire connaître le but de leur prochain voyage, s’ils désirent être tenus au courant de ce qui a paru.

Le gouvernement des Etats-Unis a mis ainsi les navires de toutes les nations sur le même pied que les navires américains pour la distribution des caries. Il en offre gratuitement un exemplaire, accompagné des Instructions nautiques (Sailing Directions), à tout capitaine qui s’engage à tenir, selon la forme prescrite, un journal de ses traversées, et à transmettre ce journal à l’Observatoire de Washington. Celui qui manquerait à cet engagement, non-seulement perdrait tout droit aux futures publications, mais devrait de plus restituer ce qu’il aurait déjà reçu. Les deux volumes des Sailing Directions et l’atlas des Winds and cui'rents charts sont édités avec un véritable luxe, qui montre toute l’importance attachée par le gouvernement américain à l’œuvre éminemment utile dont il a pris l’initiative.

Les nombreux documents adressés au commandant Maury par ses collaborateurs montrent la différence qui existent entre leurs traversées et celles des navires partis en même temps qu’eux sans être pourvus de cartes. Ce perfectionnement de la navigation, incessamment poursuivi par le travail de tous, et qui doit per-

mettre un jour de donner h chaque traversée son minimum de durée, est désarmais un fait incontestable, dont les résultats économiques ont été immédiatement appréciés par les gouvernements de toutes les nations maritimes.

La France, l’Angleterre, la Hollande, l’Espagne, le Portugal, le Danemark, la Suède et la Norwége ont organisé une centralisation indépendante pour les données recueillies par leurs marins. La Russie a institué un bureau hydrographique où seront reçus et discutés les matériaux fournis. La Prusse a formé le projet d’établir un semblable bureau. Enfin le Saint-Siège a fondé, pour les marins de ses Etats, une décoration à laquelle on ne peut prétendre qu’en se conformant au journal -type de la conférence de Bruxelles, et de plus une société est formée à Rome dans le but d’encourager la science nautique.

Cette alliance de toutes les nations pour le progrès d’une science qui se rattache si directement au bien-être universel est sans doute un des faits les plus remarquables et les plus instructifs de notre époque. Elle affirme la disparition prochaine de la déplorable croyance qui vouait • à la misère la majorité du genre humain, et qui ne voyait dans le travail qu’un pénible moyen d’existence, tandis que nous y trouvons aujour- ' d’hui la satisfaction du plus noble devoir. La r science et l’industrie, l’homme d’étude et le travailleur manuel s’unissent désormais, serviteurs dévoués du génie, pour délivrer des entraves qui les paralysent encore les forces morales

dont le règne sera véritablement le règne de Dieu sur la terre. L’action de ces forces souveraines doit s’exercer partout où le mal existe, et fertiliser en même temps, si une telle image nous est permise , ces immenses déserts du globe, régions désolées où naissent les tempêtes, et ces « vastes déserts d’hommes * » formés par l’ignorance, et sources de tant de fléaux.

En considérant le majestueux ensemble des théories dont le progrès permanent est assuré par le concours dévoué de l’association scientifique fondée par la conférence de Bruxelles, et en voyant par quelle série d’ingénieux travaux les résultats pratiques de ces théories sont presque immédiatement transmis aux navigateurs, on comprend mieux toute l’importance de la nouvelle conférence demandée par Maury, pour l’adoption d’un plan uniforme d’observations météorologiques à terre. Ces observations, étendues de l’Océan aux continents, jetteraient bientôt une vive lumière sur le lien qui unit les phénomènes météorologiques à la physique générale du globe, et en même temps sur les causes premières de ces phénomènes, qu’il nous importerait tant de mieux connaître.

Si la configuration des continents présente une difliculté de plus au théoricien, par suite des complications qui résultent de la nature si variable des lieux, il y a, d’un autre côté, bien plus de chances d’observations précises et nombreuses à terre que sur mer. Les routes suivies par les

• Chateaubriand.

navigateurs renferment en effet dans certaines zones les observations nautiques. A terre au contraire, et principalement en Europe, on peut non- seulement multiplier indéfiniment les observations, mais encore l’existence des observatoires nationaux permet de grouper en séries les faits observés et de préparer ainsi le travail d’ensemble qui doit résumer et fixer les observations recueillies.

M. le comte de Gasparin, dans le remarquable travail sur la météorologie agricole qui fait partie de son Cours d'agriculture , engage les propriétaires intelligents à chercher une utile occupation dans les observations météorologiques, et à préparer ainsi « l’époque où la météorologie acquerra la certitude qui lui manque, et où les conjectures de la météorognosie deviendront des probabilités. »

Grâce aux avertissements donnés par le télégraphe électrique, ces probabilités peuvent dès aujourd’hui être souvent changées en certitudes, et mettre la navigation et l’agriculture en garde contre des ouragans dont la direction générale dans les deux hémisphères est maintenant mieux connue, et dont l’apparition inattendue cause cependant encore de si graves dommages.

En rapprochant ainsi la météorologie agricole de la météorologie de la mer , et en essayant d’indiquer quelques-uns des avantages de leur future union, nous avons surtout en vue les deux principales sources de la richesse des nations civilisées, l’agriculture et le commerce, dont l’agent le plus actif est la navigation. La météo-

rologie, en assurant à la fois par ses progrès le progrès de la production agricole et celui de la circulation maritime, tend à prendre un des premiers rangs parmi les sciences, dont le degré d’importance dépend évidemment de la valeur des services rendus.

On doit aussi considérer que l’étude des météores n’est autre que celle de la physique et de la chimie générales du globe. En nous conduisant à connaître les forces qui régissent les mouvements réguliers de l’atmosphère et de l’Océan, ou qui sont la cause des violentes perturbations dont nous sommes encore les témoins, cette étude est une de celles qui doivent surtout nous aider à rendre plus féconde et plus puissante l’action de l’homme sur la nature. C’est par la connaissance des grandes lois physiques dont nous admirons déjà l’harmonieux ensemble, que nous arriverons à comprendre quelles sont les conditions de cette harmonie, et, par suite, dans quelle mesure l’homme peut y concourir.

Les générations futures, délivrées de la guerre, chercheront la gloire dans les travaux collectifs qui auront pour but la mise en culture, l’assainissement et la viabilité générale du globe. L’influence de ces travaux sur la production des phénomènes météorologiques est admise aujourd’hui par tous les savants qui ont cherché dans le déboisement la cause principale des intempéries dont nous avons si souvent à souffrir.

Dans l’avenir, tout mal signalé sera non-seulement l’objet d’une enquête scientifique, mais

encore d’une action immédiate de la société, dès que la cause en sera connue. C’est à ce point de vue qu’il convient de se placer dès maintenant pour apprécier la haute importance de l’œuvre de Maury.

En fixant d’une manière authentique les résultats d’observations dont la certitude repose sur l’intérêt le plus direct des navigateurs, les cartes des Instructions nautiques , qui embrassent déjà toute la météorologie de la Mer (44), sont destinées à acquérir la plus grande valeur scientifique, ainsi que les cartes qui doivent un jour aussi embrasser toute la météorologie terrestre. Ces précieux recueils d’observations nous feront d’abord successivement connaître l’ensemble et la corrélation des phénomènes qui se rapportent à la physique du globe pour l’époque actuelle, et elles nous conduiront ensuite à déterminer la nature des changements que l’action du temps peut produire sur la marche et l’intensité de ces phénomènes.

Ainsi, par exemple, si la théorie du savant M. Adhémar sur les révolutions de la Mer est exacte, nous pourrions, après une certaine période d’observations, arriver à une certitude basée sur des preuves convaincantes. Si la terre, sans avoir à traverser ces désastreux renouvellements, doit pourtant, comme déjà quelques naturalistes le pensent, se modifier et se développer parallèlement au lent progrès des sociétés, l’observation patiente et minutieuse des faits de tout ordre qui, à sa surface, nous manifestent la vie, nous dévoilera lin jour, au

moins en partie, les mystères de ce magnifique organisme qui porte l’humanité.

Nous devons ici faire observer que le point de vue auquel se place Maury n’indique pas cette lente progression de la nature entière vers un état meilleur, mais bien l’existence actuelle d’une harmonie préparée dès l’origine par le Créateur. C’est du moins la pensée qu’il exprime dans le passage suivant :

« Quand on contemple les œuvres de la na- » ture, on est nécessairement frappé de l’admi- » rable système de compensation qui y a pré- » sidé, et de l’exactitude avec laquelle tout y est » balancé. Mille agents divers obéissent à des » fonctions distinctes et nettement tranchées, et » pourtant l’équilibre de tous ces éléments est si » parfait, que la plus entière harmonie règne » dans l’ensemble. »

Nous croyons que cette harmonie, souvent troublée ou à peine indiquée dans les périodes primitives, se réalise progressivement, d’abord sous la seule influence des forces naturelles, puis, dans l’époque où nous entrons, par l’action plus régulière de ces mêmes forces, dirigées par l’homme. Notre grandeur veut sans doute que nous participions ainsi de plus en plus à la gestion du domaine qui nous est confié ; que nous devenions, suivant une belle expression des livres sacrés « les compagnons de Dieu » dans son œuvre. Rien ne peut nous rendre plus dignes de cette haute gestion que le sentiment de charité sociale qui est la base de toutes les religions; mais il est évident que ce sentiment reste trop

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souvent impuissant, s’il n’est éclairé et servi par la science.

Le sentiment d’humanité, (45) de paix, de concorde qui domine dans toute l’œuvre de Maury, et qui fait, selon nous, la principale grandeur de cette œuvre, sera d’autant plus fécond qu’il est uni à une science profonde, dont les résultats pratiques rapprochent par des liens durables et chaque jour multipliés, les nations les plus avancées. Nous ne parlons pas seulement des liens d’intérêt. On a pu voir, dans le cours de cet exposé, que, dans la voie ouverte par Maury, toutes les sciences sont appelées à concourir pour la formation d’une science supérieure, qui nous ferait mieux connaître l’organisation physique du globe. La commune recherche de telles connaissances ne peut manquer d’unir les esprits dans les régions sereines où l’homme s’élève par l’amour et la possession de la vérité.

Il est d’ailleurs certain que l’Association météorologique, fondée par la conférence de Bruxelles, sera le point de départ d’une série d’associations analogues, destinées à faire progresser la science par l’action collective substituée à l’action isolée; ce qui, loin de mettre obstacle à la manifestation des facultés individuelles, comme on l'a quelquefois pensé, doit, au contraire, selon nous, les aider singulièrement à se produire.

Par la beauté de ses découvertes et la certitude de ses résultats, par sa grandeur et sa fécondité, l’œuvre de Maury est une éclatante confirmation des prévisions sur lesquelles doit se fonder notre plus solide espoir. Tandis qu’au-

tour de nous toutes les institutions du passé sont ébranlées et que les esprits bottent, incertains et désunis, entraînés par le mouvement confus d’une période de transition, la science jette les bases d’une société nouvelle et d’une unité plus puissante.

Les associations qui partout se fondent pour faire entrer les sciences dans le domaine de l’application, sont favorisées par le plus sympathique concours. Soutenues, encouragées par la protection des gouvernements, elles, offrent en même temps le terrain le plus propice au développement d’une libre activité.

D’autre part, elles unissent les classes les plus diverses dans l’égalité d’un travail commun, utile à tous, son but principal étant toujours l’accroissement du bien-être général. Par la réalisation de ce bien-être et par la reconnaissance' mutuelle des services rendus, elles préparent enfin celte heureuse concorde , sans laquelle nous ne pourrions jouir d’aucun bien.

Mais là ne se bornent pas les importants services rendus par ces grandes associations scientifiques. Elles sont destinées à se rapprocher, à s’unir un jour pour nous donner la science universelle, religieuse, qui jettera sa lumière sur les mystères sacrés de nos croyances et sur ces lois de la nature que le génie découvre, et dont le règne bienfaisant s’étendra jusqu’à l’homme, en se substituant de plus en plus à celui des lois arbitraires qui ont dû régir la société primitive.

Un de nos plus savants philosophes, M. E.

Littré, a exprimé la même pensée dans quelques

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