S I. ÉLECTRICITÉ DÉVELOPPÉE PAR INFLUENCE OU INDUCTION
Quand un corps est à l'état naturel, nous venons de voir qu'il y a deux moyens de l'électriser : le frottement, ou le contact avec un corps préalablement électrisé. Les phénomènes que nous allons décrire maintenant prouvent que dans ce dernier cas le contact n'est pas nécessaire.
Prenons, en effet, un corps électrisé C; — c'rst ici une sphère métallique montée sur une colonne de verre, — et plaçons dans son voisinage, à une Jistnnce suffisamment i»etite, un conducteur cylindrique AB, isolé, et à l'état naturel. Ces deux corps ne sont pas plutôt en présence, que le conducteur AB donne des signes manifestes d'électrisation. On peut s'en assurer en approchant de ses extrémités la balle d(» sureau d'un pendule électrique, et en constatant qu'elle est attirée par le conducteur; ou mieux en observant de petits pendules a, i, fixés en différents points du cylindre, et formés de balles de sureau suspendues a des fils conducteurs. Os balles se trouvent chargées au contact de la même électricité que les points qu'elles touchent : de là, une répulsion qui se manifeste par la déviation de la verticale des fils des pendules. Te mmle de production de l'électricité, ainsi développée à distîuire par un corps électrisé sur un conducteur à l'état naturel, se nomme électrisation par influence on par induction.
Voyons maintenant quelle est la nature de cette électricité.
et comment elle se trouve distribuée sur le corps éleclrisé par influence. Si la sphère C est chargée à' électricité positive y l'extrémité A du cylindre, la plus voisine de la sphère, est électrisée négativement^ l'extrémité B Test au contraire positive-
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Fig. 361. — Électricité développée par influence ou induction.
ment. On s'assure de ce double fait, en présentant successivement aux deux extrémités un petit pendule isolé, dont la balle est chargée d'une électricité connue, d'électricité positive par exemple; approchée avec précaution de A, elle est attirée;
Fip. 332. — Distribuiion de i'éleclricitù s-ir un conducteur isole clectrisé par intluence.
de B, elle est repousséo. C'est l'inverse qui aurait lieu, si la sphère C eut été chargée d'électricité négative.
Pour étudier la distribution de ces deux électricités opposées sur le cylindre conducteur, on suspend à diverses distances des pendules doubles à iils conducteurs, et l'on observe la plus
ELECÏHIGITE PAU INFLLKNGi:.
on moins grande divergence des balles. On trouve alors que la tension électrique est maxîmuni à chaque extrémité, et qu'elle diminur* progressivemc^ut de iliacun de ces points extrêmes vers une région moyenne M, où elle est nulle, et que pour cette raison on nomme ligne neutre. Mais cette section du cylindre, qui se trouve ainsi restée à Tétat naturel, est plus rapprochée de Textrémité voisine de la sphère, que de 1 autre : elle n est pas au milieu du conducteur élcctrisé par inÛuence. Ajoutons que la tension électrique est aussi plus grande en A qu'en B. Les choses étant en cet état, éloignons graduellement la sphère. On voit alors les balles des pendules se rapprocher jjeu à peu, et revenir au contact quand la distance est suffisamment grande* Alors toute influence cesse : le cylindre conducteur revient à Fétat nature! ; il reftrendrait aussi instantanément ce même état si, au lieu d'éloigner la sphère, ou la déchargeait de son électricité, en la mettant en communication avec le sol. Dans Texpérience que nous venons de décrire, le conducteur, électrisé par influence, était isolé* Supposons qu'après l'avoir mis en présence de la sphère indactricef — c'est ainsi qu'on nomme le corps électrisé qui agit par influence, — on fasac communiquer avec le sol rexlrémité la plus éloignée. Aussitôt, toute réleetricité dont était chargée cette partie du cylindre disparaît, et ce dernier ne contient plus que Télectricité opposée à celle de la splièie, mais à une tension plus grande, comme le prouve Técart plus considérable des pendules : le maximum de tension est toujours en A, et la ligne neutre a disparu. La nature de réleetricité restante, sa distribulion sur le conducteur ou sa tension aux divers points seraient encore les mêmes, si, au lieu de le toucher en B, on avait fait communiquer avec le sol tout autre point du cylindre, même Textrémité A. Enfin, si après avoir établi cette communication, on la supprime, tout reste encore dans le même état, c^esl-à-dire que le conducteur est toujout*s chargé de réleetricité opposée à celle de la sphère inductrice, inégalemenl distribuée* Eu éloignant alors cette sphère, Télectricité reste sur le e0iidui>-
teur ; seulement, elle se distribue également sur toutes les parties de sa surface, et Ton a un corps électrisé par influence et chargé d'électricité, comme s'il l'eût été directement par le frottement ou au contact.
Quand on met en présence d'une source telle que la sphère électrisée, non plus un seul conducteur, mais une série de conducteurs placés à la suite les uns des autres, AB, A'B', etc. (fig. 363), tous se trouvent simultanément électrisés par influence; mais la tension électrique sur chacun des cylindres va en diminuant avec la distance, bien qu'elle soit plus forte sur A'B' par exemple, qu'elle ne serait si, le conducteur AB
Fig. 363. — Électrisation par influence d'une série de conducteurs.
étant enlevé, l'influence n'était exercée que par la sphère inductrice. Cette dernière observation prouve que chaque conducteur agit par influence, et contribue à électriser celui qui le suit dans la série.
Les faits qui précèdent ont une grande importance. Ils ont suggéré une hypothèse qui, sans rienpréjuger sur la nature de la cause première de l'électricité, permet d'expliquer plus complètement les phénomènes d'attraction et de répulsion, d'électrisation au contact, etc.... Voici quelle est cette hypothèse.
Un corps, à l'état naturel, renferme à la fois les deux espèces d'électricité, l'électricité pos'tive et l'électricité négative, en proportion telle qu'elles se neutralisent. Vient-on à le frotter à