LA BOUTEILLE DE LEYDE
qu'on nomme la garniture ou armature extérieure de la bouteille, ha garniture ou armature intérieure est tantôt une lame de métal tapissant les parois internes^ tantôt un monceau de feuilles d'or ou de clinquant dont on remplit le flacon; on a vu que, dans la bouteille de Muschenbroeck, c'était une certaine quantité d'eau, c'est-à-dire dans tous les cas \m corps conducteur. Enfin, une tige en laiton à crothot terminée extérieurement par une petite boule est fixée au bouchon de liège qui ferme le goulot, et en dedans elle communique avec la garniture intérieure de la bouteille,
Pour charger la bouteille de Leyde, on la suspend par sa tige au conducteur d^une machine électrique, en ayant soin d'établir, à Faide d*une chaîne de mé-* tal, la commmtinicatjon entre le sol et son armature extérieure, t.)n peut aussi plus simplement la prendre à la main par cette dernière, et présenter alors au conducteur de la machine le bouton de '''*^* ^^'jif ^^^^^^^^ sa tige.
La bouteille ainsi chargée dYdectrîcité, si on vient à unir à
Taidc d'un corps conducteur quelconque les deux armatures
extérieure et intérieure, il y aura décharge avec accompagne-
ment d'étincelle et explosion* Par exemple, en tenant Tappa*
reil d*une myin et ap|nMiciiant Tautre main du boulon, la
■ décharge se fera par rintermédiaire des bras et du corps,
H^el Ton éprouvera la commotion qui effraya si fort les pi'e»
Bpders expérimentateurs. Si plusieurs personnes se tiennent
par la main, deux à deux, la première de la série [irenaut la
bouteille et présentant la tige à la dernière, aussitôt que le
contact aura lieu, la commotion se fera sentir a la fois dans les
membres de tous les opérateurs. NoUet Bt cette expérience
devaat Louis XV : trois cents gardes françaises formèrent la chaîne, et reçurent simultanément la secousse produite par la décharge instantanée de la bouteille de Leyde.
Avant d'aller plus loin et de décrire plusieurs expériences curieuses qu'on peut faire avec cet appareil, essayons de donner l'explication théorique du double phénomène de la chaîne et de la décharge de la bouteille.
Observons d'abord que l'appareil se compose essentiellement de deux corps conducteurs, les deux garnitures métalliques extérieure et intérieure, et d'un corps isolant qui les sépare, la bouteille de verre. Quand on suspend le crochet au conducteur électrisé d'une machine, l'électricité de ce conducteur se répand sur toute la surface de l'armature intérieure, qui se trouve ainsi chargée d'électricité positive, par exemple. Cette électricité décompose par influence l'électricité neutre de l'armature extérieure, attire à la surface du verre l'électricité négative et refoule dans le sol Télectricité positive, par l'intermédiaire du corps de l'expérimentateur ou de la chaîne métallique. Ainsi se trouvent en présence deux charges d'électricités contraires, que l'interposition de la lame de verre isolante empêche de se combiner. Qu'on vienne à favoriser la réunion de ces deux électricités, par un conducteur quelconque, et leur combinaison se fait avec explosion et étincelle.
Jusqu'ici, il ne semble pas qu'il y ait nécessité de faire intervenir aucune autre explication : l'explication qui précède est d'ailleurs celle qui rend compte des phénomènes d'électrisation par influence. Mais on va voir qu'elle est, en réalité, insuffisante.
D'abord, la grosseur de l'étincelle et la violence des commotions indiquent ici une tension électrique d'une énergie inaccoutumée : l'accumulation des deux électricités en aussi grande quantité ne paraît plus en rapport avec les faibles dimensions des conducteurs qui composent l'appareil. Voici maintenant un autre fait qu'il faut expliquer : quand on a déchargé une bouteille de Leyde, et qu'on la laisse de côté un
CONDENSATEUR DVEPINUS.
et5
certaiii temps, on la trouve de nouveau chargée sons qu^onTait à nott%'eaxi mise eu communication avec une source d'électricité. On peut eu tirer une nouvelle étincelle, moins forte, il est vrai, que la première. C'est ce qu*on nomme une décharge secon-daire. Il est donc évident que la bouteille de Leyde permet d'accumuler une quantité d'électricité supérieure à celle qu on peut obtenir sur de simples conducteurs isolés. Pour cette raison, on lui donne, ainsi qu*à tous les appareils analogues, le
T\%^ 381 . *- Coodeoiateur d'AplDut.
nom de condensateur. D'où vient cette puissance d'accumulation, et quelsphéuoménes nouveaux interviennent pour la produire ? C'est ce que nous allons essayer de faire comprendre, en résumant, dans ce qu'elle a d'essentiel pour Tintelligence des pliénonièues précédents, la théorie de la condensation élec* îriffue^ qir.£pinus a formulée le premier.
Le condensateur imaginé par ce physicien est représenté dans la figure 38 1 . Ce sont deux plateaux métalliques isolés, A, B, montés en regard Vun de l'autre sur deux colonnes de verre, et séparés par un disque de verre. En glissant sur une rainure, ils peuvent s'opproclier autant qu'on voudra Tuu dt» Tautre,
OU du moins n'avoir plus entre eux que Tépaisseur du disque isolant. Des électroscopes à cadran sont fixés sur les tiges métalliques qui soutiennent les deux plateaux.
Supposons d'abord les plateaux éloignés Tun de Tautre, et niettons A en communication avec la machine électrique. Il se charge d'électricité po^^itive, dont la tension finit par être égale à celle de la source : son pendule diverge. De plus, cette tension est à peu près également distribuée sur les deux faces du plateau A (fig. 381). Approchons maintenant l'un de l'autre les plateaux A et B ; ce dernier va se charger, par induo-
Fig. 382. — Charge du condensateur d'iEpinus.
tion, d'électricité négative sur la face regardant le disque de verre et d'électricité positive sur l'autre face; son pendule divergera aussi ; mais si l'on supprime alors la communication de A avec la machine électrique, l'attraction de l'électricité négative de B pour l'électricité positive de A va accumuler celle-ci sur la face antérieure du plateau, et le pendule de A retombera à zéro. En ce moment, si l'on fait communiquer B avec le sol, le fluide positif s'écoule, une nouvelle décomposition se fait, l'électricité négative s'accumule sur la face antérieure de ce plateau, en quantité plus grande qu'auparavant; et par réaction, la tension sur le plateau A est devenue plus énergique sur la face antérieure, au détriment de la face postérieur? qui revient