M PRÉFACE
qu'elle atteint l'une et l'autre de ces sources, où l'homme peut étancher cette soif de l'idéal qui fait sa noblesse et sa grandeur, l'amour du beau, l'amour du vrai et du juste. L'artiste, en effet, se garde d'émousser la vivacité de ses impressions par une froide analyse ; l'homme de science, au contraire, n'aspire, en présence de la nature, qu'à en dépouiller la magnifique et poétique enveloppe, qu'à la disséquer, pour ainsi dire, afin d'en pénétrer tous les secrets ; mais, tout en se réservant d'admirer à son heure, sa jouissance n'est pas moindre que celle de l'artiste , quand il est parvenu à reconstruire dans son unité intelligible ce monde de phénomènes dont sa puissance d'abstraction lui a livré les lois.
Il serait donc puéril de chercher dans l'étude des phénomènes physiques, faite au point de vue de la science pure, le charme des descriptions poétiques ou pittoresques ; en revanche une telle étude est éminemment propre à satisfaire l'invincible tendance de notre esprit, qui nous pousse à connaître la raison des choses, cette fatalité qui nous domine, dont nous essayerions en vain d'enfreindre les lois, mais qu'il nous est possible de faire servir à la libre et légitime satisfaction de nos facultés.
Pesanteur, son, chaleur, électricité, lumière, telles sont les catégories sous lesquelles viennent se ranger les phénomènes dont la description fait l'objet de cet ouvrage. Nous ne nous sommes point borné, du reste, à un simple exposé des faits; nous avons essayé d'en faire saisir les rapports intimes, en d'autres termes les lois, tache un peu ardue peut-être quand on n'appelle pas à son secours le langage si clair et si simple des mathématiques. Nous avons conçu et rédigé ce nouveau travail dans le même esprit que notre ouvrage d'astronomie intitulé LE CIEL; c'est assez dire que nous n'avons pas eu la pensée ni la prétention d'écrire un cours de physique : nous avons seulement tenté d'aplanir la voie à ceux qui veulent pousser plus loin leurs études^ tout en donnant