‹ Les phénomènes de la physiqueChapitre 9 sur 249 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

rait tout à fait superflu d'insister sur Futilité d'une telle étude : dans Tordre des choses pratiques, cette utilité est si évidente, elle répond à des besoins si fréquents au milieu de nos sociétés dites civilisées, elle est si bien de tous les jours, de tous les lieux et de tous les instants, que personne ne peut avoir la pensée de la méconn^utre. Mais dans l'ordre intellectuel, elle a bien, selon nous, une autre portée. D'abord, elle répond à cette curiosité instinctive qui pousse tous ceux qui pensent, ne fut-ce qu'à des intervalles éloignés, à se demander ce qu'est ce monde qui nous entoure et dont nous faisons partie, ce que sont les corps, ce qu'est la matière, ce substratum dont la trame des phénomènes est tissue. Les esprits superficiels seuls s'étonnent de voir poser une question pareille, sans doute parce qu'ils croient parfaitement savoir ce dont ils ignorent le premier mot.

Qui pourrait, en effet, dire ce qu'est la matière, sans connaître à fond ses propriétés physiques, sans avoir une notion précise, mathématique des divers états sous lesquels elle apparaît à nos yeux et devient sensible à nos organes, quelles sont les conditions des changements incessants que nous lui voyons subir. Et encore, même pour le physicien, pour le chimiste, et eu faisant abstraction de la forme particulière sous laquelle elle apparaît dans les corps organisés et vivants, que d'inconnus dans la constitution intime de la matière ? Vous prenez un morceau de métal, de platine, je suppose; sa dureté, son poids en font pour vous et pour tout le monde comme le symbole de tout ce qu'il y a de plus compacte, de plus solide, et pour ainsi dire d'impénétrable. Cependant il n'est pas douteux que les molécules, que les atomes de cette masse ne se touchent pas, qu'il y a entre eux des distances beaucoup plus considérables que ne sont leurs propres diamètres, de sorte que le morceau de métal renferme plus de vide que de plein.

INTRODUCTION. xv

Comment ces points matériels sont-ib groupés? Quelle prodigieuse force les maintieut unis ensemble, au poiut qu*il faut exercer des efforts considérables, non pas pour les séparer, puisqu'ils ne se touchent pas, mais pour augmenter leurs distances mutuelles et détruire la cohésion qui les maintient dans cet état d'équilibre.

Saurons-nous jamais quels mouvements de rotation animent les atomes, quelle est leur forme, quelles actions et réactions ont lieu entre les molécules matérielles proprement dites et le milieu où elles baignent, Téther? Si Ton parvient un jour à résoudre ces problèmes délicats et difficiles, ce sera grâce à Tunion féconde de Tobservation expérimentale et de la méthode analytique dont les sciences mathématiques sont le produit admirable. Partout, dans les divers points encore obscurs des branches de la physique, on se heurte aux questions de physique moléculaire, traits dunion entre cette science et la chimie : la capillarité, les phénomènes d'osmose et de dialyse, la pénétration des gaz, la thermo-chimie, la photo-chimie, Télectro-chimie , voilà tout un ordre de faits, des sciences à peine explorées, malgré de précieuses et récentes recherches, qui jettent déjà un jour, une lueur sur le problème si intéressant de la structure molécidaire des corps.

On ne peut s'empêcher de croire, envoyant quel vaste champ s'ouvre à la science de l'avenir, que nos arrière-neveux souriront peut-être, quand l'histoire leur apprendra que notre siècle avait la prétention d'être le siècle des lumières. Toutefois, ce n'est pas sans reconnaissance qu'ils verront par quels efforts la carrière leur a été ouverte dans le domaine des sciences physiques et naturelles.

DE

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