dans les autres parties du monde
On aura une idée du développement que la téléphonie a pris aux États-Unis, en rapprochant des chiffres qui précèdent, les suivants relatifs à l'année 1898.
Les réseaux des compagnies américaines qui exploitent les brevets de l'American Bell telephon Company ont une étendue de 1.007.878 kilomètres de fils, auxquels il faut ajouter 522.737 kilomètres relatifs aux extensions au Canada et dans les autres parties de l'Amérique Britannique. Le nombre de bureaux correspondants est de 1 .962 et celui des abonnés de 384.230 !
Organisation du réseau téléphonique de Paris. — Le réseau téléphonique de Paris que nous prenons pour exemple, était primitivement composé de douze bureaux centralisant les communications d'autant de groupes d'abonnés. Les bureaux étaient reliés entre eux par un certain nombre de lignes. Ainsi le poste A et le poste B (fig. 197) étaient reliés par plusieurs lignes telles que AB, deux abonnés rattachés au même bureau tels que a et a' communiquaient entre eux avec le concours du bureau A par les lignes aA, Aa'.
Deux abonnés, rattachés à deux bureaux diflférents, tels que a et 1), communiquaient avec le concours des deux bureaux A et B par les lignes aA, AB, Bb.
Fig. 107. — Principe de Torg-anisation d'un réseau téléphonique.
Ce système fonctionne encore ainsi, mais la centralisation qui a été faite en 1893 par l'ouverture du bureau de la rue Gutenberg a considérablement diminué le nombre des bureaux de quartier.
Chaque abonné du réseau de Paris est désigné par un nombre formé de 5 chiffres. Le premier a gauche indique le bureau auquel il est relié ; les deux seconds indiquent le groupement par centaines ; les deux derniers donnent le classement de Tabonné dans sa centaine.
Ainsi le poste central Gutenberg ayant le n* 1 et comprenant 6.000 abonnés ou 60 séries de 100, le n° 157.03 montrera immédiatement à la téléphoniste que Tabonné correspondant est relié à ce bureau et qu'il est le troisième de la 57*^ centaine.
Les employées téléphonistes sont placées dans de longues salles et assises devant une paroi verticale portant une série de panneaux percés de trous numérotés auxquels viennent aboutir les lignes du réseau.
Elles sont groupées, trois par trois, ayant chacune à assurer les correspondances de 80 abonnés, toujours les mêmes, avec l'un quelconque des 6.000 abonnés reliés au bureau. Devant chacpie groupe sont placés trois tableaux de 2.000 numéros chacun.
Chacune de ces téléphonistes peut aussi relier l'un de ses 80 abonnés, soit avec l'un des 2.000 du tableau qui est devant elle, soit avec l'un des 2.000 des tableaux de ses deux voisines.
Chacun des 80 numéros du tableau particulier est masqué par un volet qui tombe lorsque l'abonné appelle; un cordon souple est relié à chaque numéro; il porte a son extrémité libre une fiche qu'on introduit dans le trou correspondant au numéro du second abonné avec lequel le premier désire entrer en conversation. La ligne est ainsi continue.
Ces détails donnent une idée de la manière dont se fait le service. Nous passons sous silence les dispositifs qui permettent à la téléphoniste de s'assurer si la conversation est terminée.
Ajoutons qu'au nombre des 6.000 lignes, il y en a 480 qui correspondent aux lignes auxiliaires des autres bureaux et permettent de faire communiquer ensemble deux abonnés de deux bureaux différents.
Nous nous bornons à ces renseignements généraux, et forcément un peu vagues, la description d'un bureau téléphonique demandant une abondance de détails qu'il n'est possible d'aborder qu'avec de longs développements et de nombreuses figures.
Lignes téléphoniques, — Les réseaux des villes de province ainsi que les lignes qui relient les villes entre elles, sont formés de fils aériens supportés par des isolateurs et des poteaux.
Sauf à Paris, où la même raison qui a fait proscrire les lignes de tramways à trolley, interdit les lignes aériennes, un réseau urbain se compose généralement d'une tourelle, placée sur le toit du bureau central, et vers laquelle s'élèvent les fils correspondant à chaque abonné, d'où ils s'étoilent dans toutes les directions.
VivAREZ. Phénomènes électricpies. 26
402 LE rÉLÉPIIONE
Le choix des points d'appui appelés à les supporter est une chose délicate et qui ne va pas sans de sérieuses difficultés. Il n'est pas un propriétaire qui n'y réflé chisse à deux fois avant de donner l'autorisation d'établir un potelet sur son toit et, souvent, la deuxième réflexion entraîne le refus.
Il faut donc réduire le nombre des points d'appui pour avoir la chance de tomber sur des propriétaires bénévoles et tolérants. Il n'y a pour cela qu'un moyen : augmenter la portée des lignes en employant des fils ayant la plus grande résistance mécanique possible compatible avec le minimum de conductibilité strictement nécessaire.
C'est ainsi qu'on s'est arrêté à l'emploi de fils, assez fins, de 1 mm. 10 de diamètre qui ont environ 40 p. 100 de la conductibilité du cuivre pur et 75 à 80 kilogrammes de résistance à la rupture par millimètre carré. On peut sans inconvénient les lancer dans l'espace et ne les soutenir que tous les deux ou trois cents mètres, si cVst nécessaire.
Los lignes urbaines sont disposées exactement de la même façon que les lignes télégraphiques, avec cette différence toutefois qu'une ligne télégraphique ne comporte qu'un fil, le retour du courant se faisant par la terre, tandis qu'une ligne téléphonique en comporte souvent deux.
Cette disposition a pour but d'empêcher la production de ce grésillement qui gène souvent la transmission de la parole sur les lignes téléphoniques et qu'on a qualifié du nom caractéristique de friture.
(]e phénomène résulte de la production de faibles courants qui naissent sous l'influence des causes les plus diverses. Parmi les principales sont les variations du magnétisme terrestre, les courants telluriques, les oscillations des fils de ligne dans le champ magnétique
de la terre, rélectricité atmosphérique, les changements de température, etc.
Plus la ligne est longue, plus elle est sensible à ces
influences multiples .
A ces bruits confus, qui gênent la transmission nette des sons, viennent s'en ajouter d'autres qui résultent de rinduction des lignes voisines.
Cet effet d'induction est tel qu'il permet d'entendre, dans une ligne téléphonique, le bruit saccadé d'un appareil Morse transmettant un télégramme dans une ligne distante de 50 mètres. Les lignes de lumière produisent le même phénomène.
Il est heureusement possible de combattre ces effets
Fig. 198. — Disposition des fils téléphoniques pour combattre l'adduction.
Fig. 199. — Disposition des fils télép honiquespour combattre
l'induction.
en disposant les deux fils de ligne de façon à les neutraliser. Ce principe a été breveté par Bell en 1877, sous
cette forme, qu'il faut que leur position relative soit telle que l'action inductive extérieure soit la même sur chacun d'eux.
L'usage de deux fils, malgré la dépense supplémentaire qu'il entraîne, a été jugé indispensable. Le Congrès des électriciens de 1889 l'a recommandé par un vœu émis dans sa séance du 28 août.
Cette disposition est complétée en plaçant les deux fils, d'un poteau h l'autre, de manière que chacun d'eux suive, par rapport à l'autre, une sorte d'hélice. On arrive à ce résultat en plaçant les isolateurs à des hauteurs différentes et en croisant les fils (fig. 198 et 199).
Conducteurs isolés. — Dans les lignes où les fils ne peuvent être aériens, à Paris, par exemple, on se sert de conducteurs isolés.
Ces conducteurs étaient précédemment formés d'un groupe de 14 fils isolés à la gutta-percha et renfermés dans un tube de plomb. Ils avaient l'inconvénient d'être très coûteux, de tenir beaucoup de place, etc.
On les a remplacés par les câbles Patterson dans lesquels chaque fil, d'une grosseur de 1 millimètre, est entouré d'une double bande de papier enroulée en spirale autour de lui. Deux fils, ainsi équipés, sont torsadés
Fig. 200. — Système Fortin-Hermann à plusieurs conducteurs.
ensemble. On réunit 52 groupes de deux fils pour former un ensemble de 104 fils qu'on entoure d'un tube de plomb, obtenu en comprimant, à la presse hydraulique, du plomb fondu qui se moule en gaine autour du câble.