‹ Les phénomènes électriques et leurs applicationsChapitre 25 sur 209 · CONTACT DE DEUX MÉTAUX · texte numérisé non relu

CONTACT DE DEUX MÉTAUX

contact de deux métaux différents produisait une sensation particulière lorsqu'on les appuie ensemble sur la langue.

Une publication^ intitulée le Temple du Bonheur, reproduisait en 1769, d'après le recueil des mémoires de l'Académie de Berlin, une théorie générale du plaisir dans laquelle on lit le passage ci-après : « Si Ton joint deux pièces de métal, Tune de plomb et l'autre d'argent, de manière que les deux bords soient sur un même plan et si on les touche avec la langue, on sent un goût assez analogue à celui du vitriol de fer, tandis que chaque pièce ne donne séparément aucune impression analogue. 11 n'est pas vraisemblable que la réunion des deux métaux produise une solution de l'un ou de l'autre, dont les particules s'introduisent dans la langue. Il faut donc conclure que leur contact opère dans l'un ou dans l'autre, ou dans tous les deux, une vibration de leurs particules et que cette vibration qui doit nécessairement affecter les nerfs de la langue y produit le plaisir mentionné. »

L'auteur de ces lignes relatait cette expérience pour démontrer « que Tume n'a point de sensation sans un mouvement analogue dans les nerfs qui sont le siège des sens ».

On sait aujourd'hui ce qu'il faut penser de ce phénomène et quelle est la cause de la sensation, classée d'une façon, qu'on trouvera sans doute un peu hasardée, parmi celles qui sont agréables.

Galvani avait, lui-même, fait une expérience qui aurait pu le mettre sur la voie de la véritable explication du phénomène. Le 20 septembre 1786, continuant ses études sur les mouvements de la grenouille, il avait suspendu Tun de ces animaux à la balustrade de fer d'une terrasse du palais Zamboui qu'il habitait, à l'aide d'un crochet de cuivre passé à travers son épine dorsale.

Ayant, à un moment donné, vivement frotté le crochet

de cuivre contre le fer de la balustrade, il vit les pattes de la grenouille s'animer de vives contractions (1).

Cette expérience, plusieurs fois répétée par lui, en dehors de toute action électrique ambiante, atmosphérique ou autre, mettait en évidence Tinfluence du contact de deux métaux. Galvani ne la méconnut pas, mais refusa obstinément d'y voir la cause originelle d'un phénomène qu'il expliquait par une électricité propre au corps de l'animal.

La pile de Volta. — C'est au contraire sur l'action de contact de deux métaux différents que Volta établit sa théorie, dont il donna une démonstration pratique manifeste par la construction du célèbre appareil qui a reçu son nom. Dans la lettre qu'il écrivit de Cômci le 20 mars 1800, à sir Joseph Banks, président de la Société royale de Londres, le savant italien donna le détail de sa construction et des expériences qu'elle lui permit de faire. Elle fut immédiatement connue en tous pays«

Voici sa description, d'après le Journal de Nichohon (1800) :

« Prenez un nombre quelconque de disques ou plaques de cuivre ou d'argent et un nombre égal de disques d'étain, ou mieux encore de zinc de même dimension.

(1) La priorité de cette expérience célèbre n'appartient pas, en réalité, à Galvani. Un naturaliste hollandais, Swammerdam (1637- 1680), reconnut qu'on peut faire contracter le muscle d'une grenouille, en passant un lil d'argent dans le nerf de ce muscle et en le mettant en contact avec une pièce de cuivre.

Cette expérience, qui est presque exactement celle de Galvani, fut consignée en 1658 dans l'ouvrage de Swammerdam intitulé : Biblia Naturx, mais elle resta ignorée jusqu'en 18^1, où un naturaliste français la rappela à l'attention des savants.

M. Milne Edwards, en énumérant les travaux de Swammerdam, ajoute, avec juste raison, que le nom de ce naturaliste « qui mérite d'être aussi plaint qu'admiré », car il fut malheureux et méconnu, doit être sauvé de l'oubli et rapproché de celui de Galvani.

LA PILE DE YOLTA kl

Ayez un mAme nombre de rondelles de carton, de cuir, d'étoffe, ou d'une substance quelconque capable de demeurer longtemps bumectée; plongez ces rondelles dans l'eau ou dans la saumure ou dans une lessive alcaline. (On peut aussi employer pour cet appareil des pièces de monnaie de cuivre ou d'argent; on s'est servi de piastres avec beaucoup de succès.)

Fig. 10. — Plie de VoUa d'aprt» le» PhUotophical Iraïuactioai.

A, rondelle d'argenl; Z, rondelle de linc; u, rondelles humectées;

b, paies de la pile.

« Formez une pile, en superposant alternatîvcment'le zinc à l'argent et le carton au zinc et ainsi de suite. S! la pile doit devenir bien élevée, il faut la maintenir entre trois tubes de verre. Quand elle est achevée, l'appareil est en état de fonctionner. Cette pile, tant qu'elle demeure bien bumectée, parait être la source constante et inépuisable d'un courant d'électricité qui parcourt tout conducteur qu'on met en contact avec les deux extrémités de l'appareil. Si ce conducteur est un animal ; si les deux parties de son corps qui touchent le haut et

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le bas de la pîle sont mouillées (condition essentielle k l'effet), l'animal reçoit à chaque contact, indéfiDiment répété, une véritable commotion électrique plus ou moins forte suivant les circonstances.

On l'éprouvera aussi, en ne comprenant qu'une partie de la pile dans le courant électrique; mais alors, la sensation est beaucoup plus faible et il a paru qu'elle augmentait en intensité dans un rapport plus grand que celui des portions de la pile comprise entre les points de contact. Il a semblé que cette sensation croissait presque comme le^carrés des hauteurs de la pile interceptée entre ces points. » Les figures 11 et 12 reprcsentcot la pile de Voila sous ses formes premières.

\oyage de Volta à Paris. — Volta et ^on collègue Brugnateili obtinrent du gouvernement cisalpin une mission qui leur permit de se rendre à Paris, et de communiquer a l'Académie des sciences le résultat des expé- Fig. 11. — Pile i> colonne. rjenccs faites avec la pile.

La lecture du mémoire de Volta eut lieu les IG, 18 et 21 brumaire an X, devant les académiciens, parmi lesquels était le Premier Consul.

A la &n de la première séance, Bonaparte proposa la nomination d'une commission pour répéter en grand

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