‹ Les phénomènes électriques et leurs applicationsChapitre 29 sur 209 · LE COURANT PRODUIT PAR LA PILE ELECTRIQUE · texte numérisé non relu

LE COURANT PRODUIT PAR LA PILE ELECTRIQUE

La période scientifique. — Humphry Davy. Ses travaux. — Perfectionnements apportés à la pile de Yolta. — Polarisation. — Définitions. —Voltamètre. — Zinc amalgamé. — Pile Daniell. — Piles de Grove» de Bunsen. — Autres piles. — Pile Leclanché. — Association des éléments. — - Piles thermo-électriques. — Couple thermo-électrique.

La Période scientiûqae. — Nous venons de retracer, dans la première partie de ce travail, Thistoire rapide de Télectricité et du magnétisme, depuis l'origine, jusqu'au moment où commence le siècle que nous voyons maintenant finir.

Comme nous l'avons rappelé, avant l'invention de la pile de Volta et la découverte de cette manifestation physique nouvelle qui a reçu le nom de courant, on ne connaissait de l'électricité que cet état qu'on appelle statique dont l'effet est instantané, brutal et violent, rappelant la foudre par l'étincelle qui en est la manifestation atténuée, se prêtant mal à l'analyse mathématique et à l'expression par les formules, sans lesquelles, ainsi que l'a fait observer lord Kelvin, un phénomène ne peut être complètement connu.

Plus docile, analogue, par les lois de sa propagation, au mouvement de l'eau dans les canalisations, le courant

électrîque sera bientôt produit par des moyens nouveaux, analysé dans ses effets mécaniques, physiques et chimiques, enfin mesuré, mis en nombres et introduit dans les calculs des ingénieurs.

Nous n'avons vu se succéder, jusqu'à présent, qu'une suite de faits encore mal coordonnés, d'explications erronées ou confuses. Nous entrons maintenant dans une période nouvelle où le véritable esprit scientifique va jouer son rôle, découvrir les lois, établir les formules, subordonner les phénomènes particuliers aux principes généraux de la mécanique et préparer le terrain aux applications industrielles qui, de nos jours, sont en train de transformer l'état économique de l'univers entier.

Cette seconde phase de l'histoire de l'électricité embrasse presque les trois quarts de ce siècle.

Elle a vu d'abord l'invention de Volta se généraliser et devenir utilisable, grâce à la création de piles aussi nombreuses que le sont les réactions chimiques capables d'engendrer les courants. Mis en possession d'appareils plus puissants, les savants, à la suite d'IIumphry Davy, ont élargi le domaine des connaissances chimiques. Avec QErstedt, Ampère, Arago et Faraday pour guides, ils ont fait connaître un ordre de phénomènes inattendus qui ont doté l'industrie d'un outil puissant, auxiliaire de la vapeur et bientôt son rival.

Enfin, à une époque voisine de nous, nous avons vu la création de la télégraphie sous-marine introduire, dans les nécessités de la pratique, la mesure des grandeurs électriques; puis, ce besoin grandi et successivement étendu a toutes les applications de la science électrique, imposer aux savants et aux ingénieurs de tous les pays, l'uniformité de langage que de récents Congrès ont définitivement consacrée.

Cette période établit le trait d'union entre la phase empirique dont nous venons de parcourir rapidement

HVMPHRY DAVY 57

l'histoire et Tère des grandes applications dont nous franchissons seulement encore les premières étapes.

La première occupe des siècles dans le développement progressif de l'humanité, et si ce développement a été si lent, c'est surtout à cause du temps perdu àla recherche de l'absolu et de l'inaccessible.

La méthode que nous ont léguée nos devanciers est tout autre. Comme l'a dit Babinet (1), « si depuis peu d'années la science a tant trouvé, c'est que, depuis peu d'années, la science n'a cherché que ce qu'il était possible de trouver ».

Rien ne justifie mieux la vérité de cette observation que la rapidité avec laquelle se succèdent aujourd'hui les découvertes et leurs applications.

Humphry Davy, — Ses travaux. — Dès que l'in- 'vention de Volta fut connue en Angleterre, à l'arrivée de la lettre qu'il avait adressée à sir Joseph Banks, une émulation extraordinaire se produisit entre les savants qui se livrèrent aussitôt h une foule d'expériences.

A peine un mois après, Carlisle avait construit une pile avec des demi-couronnes en argent et des disques de zinc, et de concert avec son ami Nicholson, ils avaient réalisé la décomposition de l'eau en ses éléments.

Ce phénomène ouvrait des horizons nouveaux.

Celui qui s'illustra le plus dans ces recherches fut Humphry Davy, dont l'existence offre un rare exemple de précocité dans l'assimilation des connaissances, de variété dans les aptitudes et de puissance de travail (2).

Humphry Davy, qui devait atteindre plus tard les situations les plus élevées, avait eu des débuts extrème-

(1) Etudes et lectures sur les Sciences d'observation et leurs applications pratiques.

(2) Né à Penzance, comté de Cornoiiaillcs, le 17 décembre 1778. mort à Genève le 30 mai 1829.

ment modestes. Son père étant mort de bonne heure, sa mère, restée veuve avec cinq enfants, ouvrît à Penzance une boutique de mercerie et un hôtel pour les voyageurs. Elevé à l'école du village, il entra comme apprenti chez Tapothicaire de Tendroit, dont il fut, parait-il, un assez médiocre serviteur. Le fils de Watt étant venu à Penzance pour rétablir sa santé ébranlée, logea chez M""* Davy. Le jeune Humphry trouva, dans sa conversation, un stimulant pour son intelligence et une orientation pour son avenir. C'est vers les études chimiques qu'il se dirigea. Plus riche de bonne volonté et de zèle que d'argent, il construisit lui-même ses premiers appareils avec les rudiments qui tombèrent sous sa main : quelques tubes de baromètres achetés à un marchand ambulant, des tuyaux de pipe et même une seringue que lui avait donnée le médecin d'un navire français, naufragé non loin de là.

Il obtint sa liberté de son patron, qui se sépara de lui sans regrets, et vint à Bristol, où il publia, en 1799, le résultat de ses premiers travaux. Ils avaient révélé les curieuses propriétés du protoxyde d'azote qu'il avait appelé gaz hilarant. Son action physiologique, que chacun voulut expérimenter sur soi-même, porta très haut la réputation du jeune chimiste, qui fut appelé, par le comte Rumford, à l'une des chaires de l'Institution Royale qu'il venait de fonder à Londres. En 1812, il fut nommé chevalier et baronnet.

Ses premières recherches électriques devaient lui valoir le prix de l'Institut de France, créé par Bonaparte pour récompenser la découverte la plus importante dans le domdine du galvanisme, prix qui n'avait jamais été distribué jusqu'alors. Elles le conduisirent à la découverte successive du potassium, du sodium, du baryum, du strontium, du calcium, du magnésium, par la décomposition, au moyen de la pile, des oxydes de ces corps.

PEnFECTIOXXEMEyTS A LA PILE ÙE VOLTA 59

C'est aassi par l'action do courant élcclrifpie, en clectrisant du mercure en préscDce d'une solution concentrée d'ammoniaque, qu'il vit le inercure se coaguler. Cette expcrience. qui met en relief ta formation de Pamalgame d'ammonium, a en, comme on le sait, une portée théorique considérable. Daw eu entrevit les conséquences et la probabilité do râle fpie joue l'hvdrogène, comme radical métallique.

La dissociation des composés terreux en leurs éléments et la découverte de l'arc voltaïque, principe d'une des branches de l'éclairage électrique, sont les principaux travaux de sir Humpbry Davy dans ce domaine nouveau des connaissaDces hurounes.

Mais son esprit ingénieux et inventif ne s'en tenait pas à une seule étude. Son imagination féconde réservait des surprises de quelque côté qu'il la dirigeât. Ou le vil, tour à tour, inventer ta lampe des mineurs, qui a certainement arraché à la mort des milliers d'existences, appliquer les ressources de son esprit au travail de déroulement des manuscrits calcinés trouvés dans tes ruines d'Herculanum. Cette recherche, entreprise à l'instigation du prince régeut (depuis Georges IV^, l'avait amené à N'aples. Il en profita pour étudier les couleurs dont se ser\-aient les anciens et les phénomènes volcaniques que manifeste le Vésuve.

Cette mission fut nuisible à sa santé qui déclina rapidement. En route pour rentrer dans sa patrie, îl mourut à Genève dans la nmt du 29 au 30 mai 182S

Perfectionnements apportés àlap — La pile de Volta, si grande qu'ait été sur les destinées de la science, était un i parfait, mal commode et d'une faible puis

Elle parait avoir été précédée par la p de tasses, imaginée par Volta lui-même,

posé en cercle une série de verres ou de tasses remplis d'eau acidulée dans chacun desquels plongeaient des lames de zinc et de cuivre reliées alternativement entre elles (lig. 13).

La pile à colonne, celle qui a donné leur nom, quelle qu'en soit la forme, à tous les appareils de même genre, avait été formée par Volta de disques de zinc et d'argent.

Le mémoire daté de Côme (20 mars 1800), et publié dans les Philosopkical Transaclions, en reproduit la figure (fig. IIV

\'\g. 13. — Pile fi couronna de \astn.

Les encouragements ne manquèrent pas aux inventeurs. Le plus puissant leur vint du Premier Consul qui avait, au plus haut degré, l'iutuition de grandes découvertes possibles.

Pendant la campagne d'Italie, au milieu de ses préoccupations militaires, il faisait part au Ministre de l'intérieur, Chaptal, de son intention de fonder un prix consistant en une médaille de 3.000 francs pour la meilleure expérience faite, au cours de chaque année, sur le fluide galvanique et de donner, en encouragement, une somme de 60.000 francs à celui qui « par ses expériences et ses découvertes fera faire à l'électricité et au galvanisme un pas comparable à celui qu'ont fait faire à ces s Franklin et Voila ».

Page 1