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ÉNERGIE DES EAUX COURANTES

lions de chevaux-vapeur dont la production exigerait la combustion annuelle de 100 millions de tonnes de charbon.

Certes, la totalité de cette énergie ne serait pas utilisable, car Taménagement des cours d'eau n'est pas possible partout. Mais, comme la France ne consomme annuellement que 25.000.000 de tonnes de houille, on voit qu'il suffirait d'utiliser le quart de la force hydraulique totale pour obtenir une énergie mécanique équivalente (1).

Le nombre de dix millions de chevaux-vapeur, auquel on arrive par un calcul théorique, représente-t-Il exactement la puissance hydraulique contenue dans les cours d'eau du sol français ? Cela est peu vraisemblable et il ne faut attacher à cette évaluation qu'une confiance relative, tant qu'elle n'aura pas été confirmée par une statistique. Aujourd'hui, que les progrès immenses faits depuis quelques années dans les procédés d^itilisation des chutes ont appelé l'attention sur un moyen commode et économique d'obtenir la force, la lumière et l'énergie sous ses diverses formes, les moindres torrents des montagnes sont l'objet d'études attentives en vue de leur mise en valeur. Une chute d'eau, petite ou grande, est considérée avec raison comme un élément de fortune pour le cercle qu'elle peut desservir. Ou voit se produire en maintes contrées, toutes proportions gardées, la fièvre de l'eau comme sévit ailleurs la fièvre de l'or. Aussi l'inventaire des forces hydrauliques utilisables se fait-il, petit à petit, sous la seule pression de l'intérêt. Alors seulement qu'il sera terminé, on pourra avoir une idée précise de cette richesse naturelle en France.

A prioriy à part les régions comme les Pyrénées et

(1) Les barrages de la Seine représentent & eux seuls une énergie de 20 à 25.000 chevaux.

les Alpes, notre pays ne paraît pas être dans les plus favorisés. L'immense territoire des Etats-Unis contient une unité qui, à elle seule, possède une puissance hydraulique presque égale à la nôtre. Les chutes du Niagara représentent 7.000.000 de chevaux.

Plus près de nous, les célèbres chutes du Rhin, près de Schaffouse, sont évaluées à 1.750.000 chevaux, Les innombrables torrents et chutes de la Suisse offriront à rindustrie des ressources considérables. On estime déjà à 200.000 chevaux environ la puissance qui y est actuellement aménagée et utilisée.

Autres sources d'énergie. — A côté des chutes d'eau, les autres sources d'énergie naturelles et en particulier le vent et les marées, moins faciles à aménager et à utiliser, ne paraissent, quant à présent, pouvoir constituer qu'un appoint. Mais si l'on considère que leur terrain d'évolution est tout à fait différent, que, par leur nature même, les marées ne sont utilisables que sur la marge cotière des continents et que les vents régnent plus particulièrement dans les mêmes zones, on est amené à conclure qu'il serait imprudent de négliger l'étude de leur captation. Il est aisé de se rendre compte, d'ailleurs, qu'elles sont loin de représenter une puissance négligeable. C'est ainsi qu'on estime à environ dix mille chevaux l'effort produit par le va-et-vient de la marée dans l'embouchure de la Mersey a Liverpool.

Quelques exemples existent de la transformation en travail effectif de l'énergie contenue dans le flux et le reflux de l'Océan; mais ils sont rares, car l'aménagement est, dans ce cas, d'un prix extrêmement élevé. On évalue à environ 5.000 francs par cheval la dépense nécessaire. Elle est donc, sauf certains cas particuliers, quant à présent, prohibitive de ce genre de production de force.

Il n'en est pas de même des moulins à vent, dont

Taction est moins régulière, mais qui peuvent donner des résultats avantageux par l'emploi combiné d*une dynamo et d'accumulateurs.

Conclusion. — Nous avons donc des moyens précieux et de plus en plus pratiqués, d'économiser nos réserves de houille, en généralisant l'aménagement des forces naturelles pour l'utilisation de l'énergie potentielle qu'elles renferment. Une grande quantité de l'énergie mécanique fixe peut être utilisée de la sorte. Mais, de longtemps encore sans doute, malgré la rapidité avec laquelle naissent, de nos jours, les progrès les plus imprévus, nous ne sommes pas appelés à voir la métallurgie, la grande navigation, l'industrie des transports à grande vitesse, se passer du concours de la houille. Dans le premier cas, c'est sa chaleur et non son énergie mécanique qui est nécessaire. Dans les autres, la facile mobilité du combustible crée à son profit un avantage qui écarte toute concurrence.

Les cours d'eau ne sont pas aménageables en tous les points de leur cours. Il faut prendre leurs chutes où elles sont et les utiliser dans un rayon déterminé.

C'est pour l'extension croissante de ce rayon d'action, problème qui intéresse à un si haut degré l'avenir économique et social des pays tels que le nôtre où l'approvisionnement de charbon est médiocre, que l'électricité est providentiellement intervenue, avec une souplesse d'action rassurante qui peut nous faire envisager avec moins d'inquiétude une des plus redoutables éventualités de l'avenir.

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