Extériorisation de la mo
tricité et de la plastiticité ; télékinésie ; matérialisations.
Sensibilité: normale. 5. Mensonge volontaire.
— 6. Illusions; hallucinations;
hypermnésies ; paramnésies.
paranormale. 7. Extériorisation de la sensibilité; clairaudience; télépathie.
Fraude volontaire, consciente. Simulation ; responsabilité.
Fraude impulsive, consciente. Simulatioti ; irresponsabilité.
Fraude impulsive et inconsciente; irresponsabilité.
Pas de fraude.
Fraude volontaire et consciente. Simulation ; responsabilité.
Pas de fraude ; pas de phénomène vrai.
Pas de fraude ; phénomènes vrais.
Quant à l'automatisme exosomatique vrai, il ne saurait être question de fraude en ce qui le concerne.
Cette classification, que je ne donne qu'à titre de tentative, me paraît plus complète que celle d'Ochorowicz (Ann. des Se. psychiques, VI, 97). Celui-ci distingue :
a) Fraude consciente.
b) Fraude inconsciente :
A l'état de veille . . . ^ Médianisme d'ordre A l'état de trance . . . *) inférieur.
c) Fraude partielle, automalique. ) Médianisme d'ordre
d) Le plicnomcMie pur. . . . ) supérieur.
Si l'on compare le tableau d'Ocliorowicz au mien, on constate que sa fraude consciente correspond aux n"' i cl 5 de ma classification.
Sa fraude inconsciente au n" 3.
Je divise sa fraude partielle automatique, dans les classes 2, 3 et C.
Le phénomène pur, dans les classes 4 et 7.
Son médianisme supérieur comprend tous les automatismes exosomatiques (n"' 4 et 7). Son médianisme inférieur les classes 3 et 6.
Ces indications générales données, il est facile de voir que je divise la fraude en trois catégories qui :30nt susceptibles de coexister d'ailleurs et de former des types mixtes : c'est même le cas ordinaire. C'est d'abord la fraude coupable, volontaire et consciente ; puis la fraude impulsive mais consciente, fréquente; puis la fraude inconsciente et involontaire, véritable automatisme normal; l'auteur n'en saurait être rendu responsable. Elle est très fréquente chez beaucoup d'excellents médiums.
Si nous étudions le mécanisme psychologique de la fraude, nous trouverons des causes extrêmement diverses et variables.
i" Fraude consciente et volontaire.
La plus ordinaire est l'intérêt. C est le cas des charlatans qui spéculent sur la crédulité publique. Il ne faut pas croire que ce soit l'unique mobile ; chaque fraudeur obéit ù des motifs qui lui sont spéciaux. L'étudiant en médecine ({ui m'a donné do si curieux exemples de fraude n'obéissait pas à l'intérêt. Je ne pense pas que ce soll pour le plaisir de me tromper, car je lui ai souvent dit qu'il me paraissait frauder. Souvent il l'a fuit jiar espièglerie ; c'est notamment ce qui s'est passé dans une séance donnée par un groupe Spiritc pour convaincre de nouveaux convertis. iMon
LA FRAUDE ET L ERREUR Ho'Ô
étudiant leur a donne des manifestations, paraît-il, peu ordinaires ! Cet étudiant présente d'ailleurs des signes d'hystérie probable. Le P"" Bianclii n'a-t-il pas Uii-niéme fraude un phénomène pour s'amuser de son confrère Lombroso ;'
On voit combien de personnes peuvent commettre des fraudes conscientes et volontaires et à combien de causes diverses on peut attribuer ces fraudes.
La fraude consciente et volontaire ne soulève d'ailleurs aucun problème psychologique véritable.
2° Fraude consciente et involontaire ou mixte.
Le problème naît au contraire avec ce genre de fraude. Il arrive souvent, dans des cercles formés cependant de gens honorables, que certains assistants qui seraient incapables de commettre volontairement une fraude, n'osent pas s^accuser dun mouvement involontaire fait par eux et dont ils ont conscience. Gela ne peut s'appliquer qu'à des mouvements assez brefs comme ces glissements qui imitent les raps ou la parakinésie. Il faut, dans les séances sérieuses, donner aux assistants l'habitude d'accuser tout mouvement involontaire ; on remarquera que certaines personnes y sont très sujettes. Elles finissent souvent par avoir honte de s'accuser si souvent et fraudent ainsi par timidité. J'en ai observé quelques-unes, surtout des femmes. C'est une des raisons qui me font condamner toutes les expériences pour la production de mouvements avec contact.
La timidité est la cause ordinaire de ce genre de fraude : le problème psychologique soulevé est simple.
3" Fraude inconsciente et involontaire.
Ici, ce problème se complique. Je ne distinguerai pas, comme Ochorowicz, la fraude commise à l'état de veille de celle qui est commise dans la trance ou à l'état second. Le mécanisme psychologique est le même dans les deux cas, et me paraît dépendre d une autosuggestion, ou de ce qu'on a appelé le monoïdéisme, c'est-à-dire renvahissement de l'esprit par une seule idée qui finit par éloullcr les autres
3otl LES PllÉNOMl.NES PSYCHIQUES
et par se réaliser : on voit que c'est au fond un phénomène analogue à celui qui délerminc la suggestion.
C'est dans les fraudes inconscientes et involontaires ([ue l'on observe le mieux la désagrégation psychologique du médium telle que Janet l'a étudiée. Elles ne peuvent présenter que des phénomènes sans intérêt au point de vue médianique.
Quel en est le mécanisme.'^ Il me paraît être le suivant: les sujets, quelquefois bons médiums à leurs hcuics, qui commettent ce genre de fraude, s'asseoient à la table ou donnent une séance en vue d'obtenir des phénomènes supranormaux. Mais la production de ces phénomènes est souvent dilTicile, quelquefois impossible. L'immobilité, l'attente, l'obscurité agissent fortement sur le système nerveux de ces médiums, et plus spécialement encore lorsqu'ils sont hystériques. Elles déterminent la trance ; et alors le désir du phénomène devient une idée fixe puis une autosuggestion. Si le phénomène supranormal tarde, les couches inférieures de la conscience dont la moralité diffère souvent beaucoup de celle de la conscience personnelle active, le réalisent normalement.
De même si la trance ne se produit pas, il se manifeste pourtant un état particuher qui n'est pas le sommeil mais qui n'est plus la veille complète. L'élément personnel, actif et volontaire de la conscience s'alVaiblit de même que le jugement. Le champ de la personnalité se réduit et l'activité personnelle fait place à de l'automatisme. On rencontre tous les degrés entre la fraude consciente et involontaire et l'automatisme complet.
Aussi est-il prudent, avec les sujets qui s'enirancent, ou avec ceux qui deviennent somnolents dans l'obscurité, le silence, l'immobilité, l'attente, de prendre des mesures pour éviter la fraude ; mais il faut les prendre franchement et ne pas donner soi-même au médium l'exemph' de la dissimulation : il ne faut pas davantage lui donner rinq)ression
LA FRAUDE ET L ERREUR 3o5
que l'on ne contrôle pas : c'est l'exposer à une tentation d'autant plus grande que sa volonté personnelle est affaiblie.
Ajoutez à cela que nous ne connaissons pas du tout l'influence qu'exerce l'état d'esprit des expérimentateurs sur le médium, bien qu'une sorte d'influence me paraisse exister. Nous ne savons pas jusqu'à quel point la certitude mal fondée de la fraude peut justement la faire naître. Ochorowicz s'exprime ainsi à ce sujet :
(( Après avoir reconnu que le médium n'est qu'un miroir qui reflète et dirige les idées et les forces nerveuses des assistants vers un but idéoplastique, on ne s'étonnera pas de voir la suggestion y jouer un rôle important. Il n'est pas douteux que les assistants peuvent suggérer au médium l'acte désiré et il n'est pas douteux non plus que les manifestations prennent le caractère des croyances ambiantes. J'ai vu John (avec Eusapia) dans une société de matérialistes se dissoudre en une force impersonnelle que le médium appelait tout simplement « questa forza » tandis que dans des cercles spirites intimes il prenait la forme de personnes défuntes plus ou moins maladroitement. De même avec des contrôleurs imbus de l'idée de fraude, comme MM. Hodgson et Maskelyne, le médium restera sous l'empire d'une suggestion de fraude. »
Sans partager complètement la conviction d'Ochorowicz, j'ai des raisons de penser que sa théorie s'approche beaucoup de la vérité. J'ai indiqué moi-même combien la «personnification )) était suggestible.
Il y a encore autre chose : c'est que, dans le cas où la force manque, ou est faible, il est plus facile au médium d'obtenir le phénomène normalement, c'est-à-dire par une fraude, que par une véritable extériorisation. Je crois avoir remarqué que souvent le mouvement paranormal devait être normalement exquissé pour qu'il se réalisât supranormalement. C'est fré([uent avec Eusapia. On conçoit comment le mouvement d'esquisse peut finir en mouvement
Maxwell. 20
3o6 LEâ PHÉNOMÈMES PSYCHIQUES
IVaudé lorsque le médium est dans un état hémisomnambulique.
Enfin, l'énergie qui met en mouvement les objets, me paraît être d'origine nerveuse, et je la crois de même nature que celle qui provoque nos contractions musculaires. Il en résulterait ceci : la force ne s'extériorise que si elle s'accumule et arrive à une « tension » sullisante. A mesure que sa tension s'élève, elle tend à se dépenser sous la forme de mouvements impulsifs ; il faut que le médium résiste à cette tendance pour obtenir le phénomène pur. Aussi, les expérimentateurs doivent-ils l'aider dans cette résistance, non lui laisser toute facilité pour dépenser cette énergie qui tend à se réaliser en mouvements musculaires. Cela a été une des erreurs de M. Hodgson.
Telles sont les conclusions auxquelles m'ont amené les observations que j'ai faites avec divers médiums. La fraude inconsciente et involontaire est fréquente et pour l'éviter il faut écarter avec soin les conditions qui peuvent la favoriser, au moins au début d'une série d'expériences et surtout quand on expérimente avec un médium neuf. La médianité est intluencée dans une proportion inimaginable par les habitudes prises.
Il existe enfin un autre genre de fraude inconsciente et involontaire ; c'est celle qui est due aux illusions de tout genre. On la trouve constamment dans les séances spirites oii 99 fois sur loo les médiums ne produisent aucun phénomène vrai. Ils sont cependant de bonne foi, mais ils ne se rendent pas compte du rôle que jouent la mémoire et l'imagination, lien est particuhèrement ainsi des médiums écrivains intuitifs et des médiums à incarnations. Aussi, n'obtient-on presque jamais des indications contrôlables ; les esprits se livrent au développement de lieux communs, mais se refusent à toute précision.
On remarquera que le mot fraude s'applique mal dans le cas examiné : étant inconsciente et involontaire, elle ne
LA FRAUDE ET LERREUR Soy
saurait être véritablement une fraude. Aussi vaudrait-il mieux lui réserver le mot (( illusion ».
Je ne puis songer à analyser en détail la question de la fraude. Elle est, si on l'examine de près, extrêmement compliquée. Mais j'estime, comme Richet, « qu'il est très possible que dans l'état de trance ou dans les états voisins, la psychologie d'un médium soit très différente de la nôtre. » Je me borne à indiquer le résultat de mes réflexions ; elles sont le fruit dune assez longue série d'observations. Pour l'éviter, je reviendrai encore une fois à ma recommandation souvent répétée. Expérimentez avec de la lumière, le plus de lumière possible, et cherchez les phénomènes simples, difficiles peul-être à obtenir, mais faciles à observer, comme les raps et les mouvements sans contact.