‹ Les PhilippiquesChapitre 119 sur 121 · QUELQUES MOTS PERSONNELS · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS PERSONNELS

Nous n'avons pas eu la prétention de révéler un auteur ; La Grange est connu ; l'œuvre entier du poëtc n'est pas apprécié comme il mérite de l'être; les Odes, imprimées tantôt en 1723 à l'étranger au nombre de trois, réimprimées en France en 1795, au nombre de cinq, — et courant les Ruelles et les Cabinets dans une foule de copies manuscrites plus ou moins tronquées, tantôt deux, trois ou quatre Odes sans remarques autorisées, avec de grossières fautes prosodiques et des écarts historiques plus graves encore, — tel est le bilan de ces éditions !

La Grange, certes, n'est pas de la race des dieux l'éclair ne brille pas sur son front; il ne possède n

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rinvention homérique, ni l'observation shakespearienne, ni le souffle michelangesque, ni le vol d'aigle hugonien, ni l'ardente colère juvénalesque, — mais tel qu'il est, avec ses défauts, avec sa phrase assez souVent prosaïque et les angles du langage un peu roides, La Grange offre à l'historien une série de strophes dignes de fixer l'attention.

Nous ne visons pas une œuvre de scandale ; les Philipptques se prêteraient facilement aux accusations haineuses^ aux clichés de parti contre la' famille d'Orléans; ce point de vue n'est pas le nôtre ; au contraire, nous avons dessiné un portrait de Philippe, Régent de France, avec toutes les précautions et toute la conscience que nécessite un travail de cette nature ; il ne dépendra pas de nous que le Régent soit mieux connu, mieux apprécié, avec ses grandes qualités personnelles, ses manquements à la morale, ses vertus de Prince Imalheureusèment trop restreintes; ces touches de son portrait sont irréprochables, nous le croyons ; le libre-penseur, attaché aux institutions du self^ovemmmt, ne perce pas sous l'écrivain.

Ce n'est pas une œuvre haineuse que nous avons faite; — c'est plutôt une œuvre de réparation et de réhabilitation historiques. Les morts illustres ont droit à notre respect ; leurs crimes ou leurs vertus doivent servir d'enseignements aux peuples ; — l'écrivain qui flatterait tel parti, tel personnage, qui servirait telle visée princière, ne comprendrait pas l'honneur des lettres, — et moins encore sa dignité personnelle.

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Ces précautions préliminaires ne sont pas déplacées à une époque qui foisonne en inventeurs de toute sorte, — et même en littérature; on exhume de la poussière des biblipthèquts des écrivains justement oubliés^ sans notoriété de leur vivant; ces œuvres, éditées à grands frais, se pavanent insolemment sur le plus pur hollande et souvent sur le chine; les excellents papiers anglais se prêtent aussi à ces profanations. Ne ferait-on pas mieux d'abandonner ces entreprises de littérature pour se consacrer aux immortels écrivains dont la France est fière, que l'Europe nous envie, et qui font l'admiration universelle? Où s'arrêtera cette dangereuse manie des nouveautés ? Ce n'est pas ainsi qu'on relève à ses propres yeux un peuple vaincu, quoique toujours digne des plus vives sympathies ; la France a besoin d'une nourriture morale plus substantielle ; elle a soif de progrès, de justice, d'émancipation sociale, de paix et de travail; — ces graves préoccupations s'accommodent peu

des fantaisies littéraires. Quelques éditeurs intelligents le comprennent, — mais que de publications sans intérêt, lancées à grand renfort de réclames, viennent encore retarder l'éclosion des grandes œuvres !

La presse, — et nous y comptons, — s'inscrira on faux contre ces prétentions à l'archaïsme qui dénaturent notre production intellectuelle, qui feraient déchoir la France du rang si élevé qu'elle n'a cessé d'occuper en Europe. Au nom du patriotisme, — plus nécessaire que jamais dans les circonstances pénibles que traverse la Patrie, — abandonnons les éditions fantaisistes, les re-

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nommées faites en serre-chaude; allons droit au sérieux, à l'utile, au progrès, à l'avenir !

Arrivons aux dettes de cœur, les plus sacrées que riiomme puisse contracter, celles qui se payent complètement^ capital et arrérages.

Je remercie ceux de mes amis dont l'appui, aussi désintéressé qu'intelligent, m'a rendu plus facile l'accomplissement de ma tâche; leur adhésion spontanée, et leurs conseils m'ont encourage, ranimé, soutenu dans les heures pénibles où, doutant de soi-même, — et souvent avec une si juste raison, — on a besoin d'une parole sincère, qui vous permette de jeter sur l'avenir un regard plus confiant.

Un souvenir tout particulier à M. le comte de Vauxelles; sa vaste érudition, ses idées libérales exprimées dans ce styfc du dix-huitième siècle, dont nous avons perdu le secret, ses précieuses lumières historiques ne m'ont» pas fait défaut; le savant, enveloppé dans l'homme du monde du savoir-vivre le plus exquis, me restera toujours excessivement sympathique; et, je puis sans doute l'ajouter, dût-on me taxer d'exagération, voire même d'une ambition que je ne ressens pas, si je produis un jour quelques pages dignes de figurer dans le panthéon littéraire contemporain, c'est à M. le conuc de Vauxelles que je le devrai.

Chateaubriand repoussait de toutes ses forces le reproche d'ingratitude , qu'il considérait comme le plus

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sanglant de ceux qui s'attachent à une mémoire, flétrissure que rien ne peut eflfacer ; l'auteur des Mémoires d'outre-tombe avait raison; je m'associe entièrement à sa doctrine sur ce point.

Mes honorables éditeurs ont aplani les difficultés de toute nature. Un pareil service rendu avec tant de cour toisie au début de la vie littéraire, est un de ceux qui ne s'oublient jamais; qu'ils veuillent bien recevoir ici l'expression de ma vive reconnaissance ! ■

Puis-je mieux finir une Étude où les souvenirs douloureux, les scènes attristantes, les perspectives sombres, ont peut-être suggéré des réflexions pessimistes à beaucoup de lecteurs ?

Je pose la question; et la poser, c'est la résoudre. Je juge du cœur des autres sur le mien; l'humanité n'a qu'une formule d'expansion.

J'en appelle au sentiment de l'indulgence, toujours nécessaire, même aux écrivains parvenus à la célébrité, indispensable à plus forte raison aux débutants dans la carrière des lettres, parfois si difficile.

Je termine en souhaitant à notre chère patrie de ne plus connaître, autrement que par les récits de Rome et du Bas-Empire, les mœurs et les pratiques de la Régence, si misérablement copiées par un régime récent encore; les mêmes causes ont produit les mêmes effets; la logique des événements est inflexible; ni les individus, ni les nations ne peuvent flécliir cette justice implacable. Le moment fatal de la responsabilité arrive tôt ou tard; les peuples qui s'abandonnent sont châtiés

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sévèrement; les gouvernants qui abusent de leur pouvoir tombent victimes de leurs fautes, ou vont mourir en exil ; mais que de larmes versées, que d'immolations héroïques, sont le résultat de ces odieuses saturnaleâl

Et quand la patrie laisse un lambeau d'elle-m&me dans ces effroyables aventures, quand l'équilibre euro* péen se trouve déplacé à son détriment, quand ce n'est pas trop de tout son sang et de tout son or pour sortir brisée du combat, quelle redoutable responsabilité remonte vers l'auteur de tant de calamités nationales 1

Ah I soyons dignes de la liberté ; soyons dignes de la République, cette forme de gouvernement qui nous divise le moins; rapprochons-nous, aimons-nous; éteignons la haine des partis, soyons tous du parti de la France; pratiquons le travail, le respea des lois, la justice et l'humanité ; soyons prêts ;\ la guerre, c'est le seul moyen de conserver la paix, ce bien qui produit tous les autres; et ne désespérons pas de l'avenir; la Fortune nous doit une revanche; nos drapeaux flottent au souffle venu de l'Est, ils sont humides encore des baisers de nos vieilles gloires !

Le brusque retour aux catastrophes sera toujours amené, soit par les débauches, soit par l'abus du pouvoir personnel, deux fléaux, — souvent réunis sous la même autorité corruptrice, -^ pour le malheur des peuples, l'enseignement de la conscience, la morale de l'histoire et le châtiment des rois !

Paris. Décembre 1875.

Pnu«.

Dédicace i

Lettre de Victor Hugo

Réponse à Victor Hugo ix

Le Rugent 5

l. Considérations générales 7

IL Les trois siècles précurseurs de la Révolution. . 1 1

IIL Les Encyclopédistes et leur oeuvre 17

IV. Résumé des trois chapitres précédents, — Quelques vues sur les théories modernes. ... 23

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