CHANCEL
JUs Origines de la famille Charnel ^ en Périgord.
Le titre seul de ce chapitre indique ^ssez que nous voulons reconstruire le passé familial de notre poëte, comme nous avons tàchè de retrouver, avec plus de bonne volonté que de talent, la version originale d'une œuvre, importante, les Philippiques, sa meilleure production, celle qui lui concède les lettres de noblesse littéraire, les plus enviables, à notre sens.
Néanmoins, la filiation patronymique ne doit pas nous demeurer absolument étrangère; toutes les marques de race ont leur valeur propre, que Thistgrien ob-
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servateur ne doit jamais négliger, au risque de verser dans l'ornière de l'archaïsme.
Le blason est une science finie; nous ne faisons pas une concession à l'esprit de notre époque; cette observation essentielle paraîtra à plusieurs une avance indirecte faite à la démocratie, — mais il ne faudrait pas y attacher trop d'importance ; nous saurions rappeler à d'autres sentiments ceux qui se permettraient une allusion blessante.
Nous le savons, Chancel de la Grange ne fut pas un de ces honmies dont s'honore une époque, une nation ; il ne fut pas un de ces immenses fronts brûlants et rêveurs, qui portent fièrement l'éblouissante couronne de la poésie; il fut et demeura un satirique de verve, avec beaucoup de rancune et de fiel.
Les noms illustres du passé littéraire ne peuvent être cités à propos de Chancel ; ces noms sont, d'ailleurs, en assez petit nombre : Homère, Virgile, Tacite, Juvénal, le Tasse, le Dante, Eschyle, Pétrarque, Shakespeare, Lord Byron, Corneille, Molière, Lamartine et Victor Hugo, voilà les grands immortels que les siècles à venir ne cesseront de consulter pieusement.
A vous d'abord M. d'Hozier, « en Provence et à Paris, qui portez d'azur, à une Bande d'or, accompagnée de six Étoiles de mime, posées en orle, — pour supports deux Lyons et pour cimier un vol d'Aigle, au milieu duquel paraît une Etoile d'or, avec ces mois pour devise : Et habet sua sidéra tellus. » (Par allusion aux étoiles qui font partie des armes de la famille.)
Nous devions ce souvenir au savant généalogiste. Et puisque nous sommes en plein archaïsme^ souffrez que nous y restions.
Chancel de la Grange, en Périgord, porte : « T>e Gueules à un chêne d'Or, arraché, soutenu d'un Croissant d' Argent j et un chef d'azur, chargé de trois Étoiles X%Ar-* gent. »
Un mémoire domestique, dressé en 1748, porte que ces armes se voyent aussi peintes sur les vitres de la première chapelle, à main gauche en entrant, dans Téglise des Cordeliers de la ville de Périgueux.
Registre troisième, page 329, de la superbe collection de l'Armoriai général, due aux soins typographiques et scientifiques de Texcellente maison Firmin- Didot, qui continue au'milieu de nous une noble tradition de travaux et de productions désormais hors de page, — on remarque les lignes suivantes :
« Cette famille maintenue dans sa noblesse par ordonnance de M. Pellat, intendant de Guyenne, en date du 5 mai 1668, a justifié sa filiation depuis Géraud Chancel qui suit. »
Le premier degré commence le 5 janvier 1 542 et se termine avec François Chancel, écuyer, sieur de Boulazac, le 21 janvier 1632.
Au second degré, nous trouvons, au 27 décembre 1574, Pierre Chancel, écuyer, sieur de la Fouillouze, gouverneur de Périgueux, qui signa au Traité d'association fait le 30 mai 1589, pour la défense de la religion catholique, apostolique et romaine, entre l'évêque de
cette ville, l'abbé de Chancelade, le maire et les consuls.
Ne fût-ce qu'au point de vue de la vcouleur locale, nous donnons ci-après l'acte du 30 mai 1589; les intérets de la sainte Église étaient défendus alors par les nobles hommes de cape et d'épée, — circonstance que doivent regretter nosseigneurs les évêques ultraraontains.
a Au nom de Dieu, Nous Sdgnieur d'Aubeierre Scertechai et Gouverneur de Perigorty Seignieur Evesque, Maire et Consulz de VerigueuXy promettons et jurons à Dieu sur notre foy et honneur demeurer inviolahlemeni et à jamais fertnes et constants enlafoy de VEglize Catholicqut, Apostolicque, %pmainey ne nous départir aucunement pour quelque occation que ce soit ou puisse estre du serement que nous avons preste sur le saint Edict d'Union faict pour l'extirpation des hérésies, exaltation et manutention de ladite Egli:^e; ains l'entretenir et observer pour l'honneur et service de Dieu, de son Eglize^ bien et repos public jusques au dernier souspir de nos vies; et à ses fins déclairons nous estre associés et unis les uns avec les autres. Promettons et jurons devant Dieu n'adhérer jamais aux Herectiqnes ou leurs fauteurs, ne leur baillier ayde, faveur ny tnoyens et n'avoir aucune intelligence avec eux pour parentelle, amitié ou autre prétexte que u soit : mais que d'un zèle ardent eftvers Dieu, nous emploierons nos vies, biens et moyens pour le sousiirn et manutention de notre Religioti Catholicque, Apostolicque, Romaine, extirpation des hérésies ^ bien et repos du public; que nous pourchasserons l'honneur de Dieu et soulagement
du peuple; Et cependant que nous ferons la guerre aux Hereciiques , leurs fauteurs et adherens, sans respect ni exception de qualité, dignité ou autre considération de personnes.
« Tromettons et jurons nous maintenir y recepvoir et secourir les uns les autres, presler toute ayde et faveur d'une sincère affection sans nous en pouvoir excuser et descharger soubs quelques ouations et dangiers qui puissent se présen-^ ter; qu'à Dieu ne plaise.
« Déclairons aussy Nous Seigneur Evesque, Maire et Consuls de ladite vilhy que nous recongnoissons pour Sceneschal et Gouverneur de Térigort ledit Seigneur d^Aubeterre; promettons de luy assister de tous nos biens et moyens pour le maniement et exécution des choses susdites. En ce aussy que nous Seignieur d'Aubeterre^ tant pour nous que pour toute la Noblesse du présent Pays promettons et jurons à Dieu sur la foy que nous luy debvons et de notre honeur de maintenir lesdits Maire, Consulz et Habitans de la présent Fille, Cité et Banlieue d'icelle en leurs estats, offices^ franchises, privilèges, immunités et libertés; les exempter de toutes oppressions, ensemble de garnisons; Et en oultre promettons les défendre envers et contre tous, emploier nos vie, biens, nwyens et authorité pour la défance et conservation de ladite Ville, pourchasser le bien, repos et avancement desdits Maire, Consulz et Habitans, et ne les abandonner jamais.
« Promettons et jurons à Dieu de garder inviolablement toutes les choses susdites ; n'y contrevenir jamais, sur peyfie d'estre déclairés et jugés déserteurs de ladite Religion Ca-
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mr
thoUcquc, infracteurs de l'Union, perfides, parjures, des^ loyaux ennemis de Dieu, de son Eglize et repos public. *
a Et, niantmoins attestons devant Dieu qui sonde le plus profond de nos cœurs que nous n'avons faict ladite Union, arresté et juré les choses susdites pour ambition, envie, inimitiés, vengance, ou autre mauvaise impression : mais jurons et protestons avoir esté seulement poussés du sainct zèle à l'honneur de Dieu, défance et exaltation de ladite Eglise Catholicque, salut de nos âmes, bien et repos public. Fait à Perigueux le trantiesme jour de May mil cinq cens quatre^ingt^ et nmf. (Signe) Aubeterre. De Bourdeile. (C'est à dire Evêque de Perigueux. E. D. P. Chancel
Gouverneur, A. de Solminihac Abbé de Chancelade,
aud Maire de ladite Ville; J. Arnault c : : : : : oysson premier Consul, Chatard Consul, de Boudin Consul : : : : : oche Consul, de Tortel, Consul, J. Pradeau Consul, et du Rieu Consul.) »
Ce Traité d'association a été produit en original *.
1589 ! La terre promise de la catholicité était alors visible à l'œil nu ; le bras séculier atteignait les mauvais pensants avec une rigueur qui ôtait au vulgaire jusqu'à la velléité d'une contravention spirituelle ; les Seigneurs se joignaient aux Abbés ; l'édifice gothique se consoli-
* Les points que Ton remarque vers la fin de cette curieuse pièce ecclésiastique sont des mois illisibles dans le manuscrit; les vieux parchemins de noblesse et d'église, conservés pendant la Révolution et le premier Empire, dans les pièces basses des monastères et des châteaux, se sont détériorés au point d'être rongés en plusieurs endroits.; la reconstruction est souvent impossible.
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dait par racccptation pure et simple des manants ; le silence était considéré comme une adhésion; les Évèques paissaient les brebis de Dieu dans le champ gaulois, avec une humilité feinte, qui devenait de la courtisannerie effrontée à la Cour du Roy; les redevances en charrois et en nature, gerbes, fruits et produits de bassecour, ne connaissaient plus de bornes ; on fit tant et si bien, que deux siècles après (1789) cet acte de 1389, les cahiers des États-Généraux devinrent les doléances impératives du Tiers et de la masse opprimés, et provoquèrent le mouvement d'opinion qui devait s'appeler la Révolution française I
Ce Pierre Chancel, écuyer, vivait encore avec Marguerite Faure sa femme, le 31 août 1604, date d'un acte où il est appelé Noble Pierre .Chancela sieur de la Fouliouze.U eut deux enfants.
Au troisième degré, nous trouvons Jean Chancel, se mariant le 3-1 août 1604; il est fait mention de sa personne en l'Arrêt du Parlement de Bordeaux du 1 1 janvier 1625, sous le nom et la qualité de Jean Chancel y ccuyer, sieur de Barhedor. Un acte du 14 octobre 1633, porte que le repaire noble de Barbedor est situé dans la Banlieue et Jurisdiction de Périgueux. Nous perdons la trace de l'auteur du III' degré le 23 février 1641. Il eut deux fils.
Au quatrième degré, nous trouvons Pierre-Jean Chancel, Écuyer, Sieur de La Grange^ avocat au parlement de Bordeaux, demeurant à Périgueux, se mariant le 10 novembre 1640 avec Demoiselle Françoise de la
Brousse, faisant son Testament le 7 août 1652, par lequel il élut sa sépulture dans l'église de Saint Front de
Périgueux. Il eut huit enfants.
Au cinquième degré, nous trouvons le père de l'auteur des PhilippiqueSy Léonard Chancel, Écuyer, sieur de La Grange , institué héritier universel de son père par Testament du 7 août 1652, et de sa mère par autre Testament du 15 septembre 1678, maintenu dans la Noblesse par l'Ordonnance du 5 mai 1668, — ayant épousé par contrat du 9 mai 1666, Anne Bêrtin, Demoiselle d'Antoniac, Château situé dans la paroisse de Razat. n fit son Testament le 10 janvier 1686. Anne Bertin, sa femme, vivait encore le 22 novembre 17 10, Cinq enfants naquirent de cette union.
Au sixième degré, nous trouvons l'auteur des TW/j/h piqueSy qui continue la descendance de Léonard Chancel, son père, souche du 5* degré.
Voici l'extrait textuel de VArmoriai^ Registre troisième, page 334, page 6 du cahier consacré aux Chancel.
VI* Degré.
« François-Joseph Chancel, Écuyer, Seigneur de La Grangey d'Antoniac, etc., né à Périgueux le premier Janvier 1677, étoit le 9 Juillet 1695 P^g^ ^^ Madame la Princesse de Conti Douairière, et le 8 mai 1702 maître d'Hôtel ordinaire de S. A. R. Madame, Duchesse Douairière d'Orléans. II épousa, par contrat du
12 mars 1708, Demoiselle Jeanne-Marie du Cluzel,
fille de M. Maître François du Cluzel, Ecuyer, Seigneur de la Chabrerie, Conseiller du Roy, Subdélëgué de rintendance de Bordeaux, au Département de Périgord. Président en l^lection de Périgueux, et de Dame Marie de Montozon, sa femme. De son mariage sont nés quatre enfants. »
Comme l'un de ces enfants se distingua dans le métier des armes, surtout à la bataille de Guastalla et au combat d'Ettinghen^ nous pensons qu'il faut donner ce qui le touche au d'Hozier :
« Anne-François Chancel de La Grange, Ecuyer, né le 6 juillet 1710, fut fait le 5 juin 1732, Lieutenant au Régiment d'Infanterie que commandait le Marquis de la Fené-Imbaut, et fut blessé à la bataille de Guastalla, le 19 septembre 1734. Q^ielques années après, il monta à la Lieutenance des Grenadiers dans le même Régiment, qui avait repris le nom de Chartres, qu'il pof toit auparavant; et il mourut le i*' juillet 1743, des bles-s sures qu'il avait reçues au Combat d'Ettinghen, livré le 27 )uin précédent, où il « — donna toutes les preuves m de la plus fine valeur — » aux termes d'un certificat du Lieutenant Colonel et des principaux Officiers de son Régiment. »
Voilà, en termes héraldiques, dont nous demandons humblement pardon au lecteur moderne, le passé familial de Chancel de La Grange, l'auteur des Odes contre Philippe d'Orléans, Régent de France; cet homme était, lui aussi, de racej gentilhomme, et pouvant se servir de la plume comme de l'épée ; il préféra
la plume, — trop d'amertumes s'accumulèrent autour de lui et empoisonnèrent son existence, pour que nous songions à incriminer son choix. Errant et persécuté, sa tête fut mise à prix, — un innocent paya pour lui, preuve irréfutable des amertumes signalées plus haut, et qui devaient s'asseoir sur sa tombe !
L'heure de la vérité sereine est venue ; nous pouvons juger à la fois l'homme et le poëte, le gentilhomme dévoyé et le satirique de talent.
Quelques dates concernant La Grange. — Une vue sur le plan de notre Étude.
Notre titre" désigne clairement notre intention. La biographie n'est pas notre fait et ne rentre pas dans notre caflre; ce n*est pas Thomme que nous étudions^ c'est le tempérament de l'homme, c'est l'écrivain, l'observateur, et, disons-le, puisque la critique lui conserva ce titre, c'est le poète»
M. Léon Lapeyre, bibliothécaire à Périgueux, a bien voulu communiquer à M. de Lescure les deux documents qui vont suivre, et qui oflFrent le plus vif intérêt.