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ÉPITAPHE DU CARDINAL DUBOIS

Malgré le lien conjugal , Je fus Évêque et Girdinal ; ^ De maint logis abbatial, Je fis mon patrimonial ; Malgré mon naturel brutal, Je fus ministre principal , Le tout grâce au Palais-Royal , Pour quelque entregent vaginal.

Passant, apprends que ce canal Peut donner le sceptre papal, Ainsi qu'il donne certain mal Très-connu dans TEscurial, Et qui m'a rendu le vassal Du roi de TEmpire infernal.

La verve, la causticité de ces rimes en al se retrou vent à chaque page des Ruelles de ce dix-huitième siècle philosophe et rieur; — et Dubois, quoique chef du cabinet et prince romain, ne pouvait pas y échapper ; il avait donné prise : sa vie intime offrait une large cible aux flèches légères, et parfois si meurtrières, de l'esprit gaulois. Ainsi les jugements austères de la grande his-

toire trouvent leur confirmation dans les satires de l'antichambre et de la rue !

Marais, qui commence son journal le 2 septembre 171 5, et qui le termine le 13 octobre 1727, avec une correspondance allant de 1724 à 1737, suit la Régence au jour le jour; Jl est généralement bien disposé à lendroit du Régent, surtout au début ; les Parlements avaient eu beaucoup à souffrir sous l'omnipotence de Louis XIV, leur déclarant, cravache en main : « UÉtcU^ c'^ mail » Aussi ne marchandèrent-ils pas leur adhésion au nouvel ordre de choses établi par la Régence ; les bâtards perdirent leur cause devant le premier corps du royaume. Nous ne suivrons pas Marais; une Étude n'est pas un livre de longue haleine, et nous le regrettons beaucoup, car les raccourcis historiques, bien différents des admirables raccourcis en peinture, laissent toujours une certaine indécision au fond de l'esprit, et n'ouvrent pas assez spacieuses, assez éclairées, les sphères d'action où se meuvent les hommes illustres par la naissance et le génie ; — nous peignons l'interrègne à la flamande, le tout pour faire échec aux incroyables affirmations de La Grange sur quelques points, et, d'autre part, — les débauches et la vie facile, — pour appuyer les strophes vengeresses de l'opinion publique et de la morale ; d'ailleurs l'Étude est complétée par de longues notes, qui se prêtent un mutuel appui; notre cadre est restreint; il faut absolument que nous évitions les analyses trop abondantes.

D'Orléans se détache vigoureusement dans ce cha-

pitre biographique; nous n'avons pas voulu l'isoler du Cardinal, en avouant avec franchise que force parties, même principales, restent dans l'ombre ; les annotations viendront à notre aide.

Voyons maintenant le procès, — pendant encore devant l'histoire et devant la conscience, — intenté au Régent par ses ennemies de Cour, et visant la mort de la postérité royale et les accusations incestueuses lancées contre le père ; — cette partie de notre Étude est celle que nous abordons avec le plus de répugnance; deux sentiments nous soutiendront, l'entière vérité due à la mort^ l'indignation contre la calomnie !

^^^m^mi^^i^i^imiè^^

Catastrophes royales.-^ Les Dauphins enlevés par un mal étrange.. — Fagon et Boudin^ médecins de la Cour, concluent à la mort résultant du crime. — Maréchal fait les autopsies; il cotulut à la mort naturelle. — Louis XIV se range à son avis. — Accusations incestueuses; conduite plus imprudente que coupable. — Légèretés apparentes du Régent et de sa fille, la duchesse de Berry; non culpabilité de l'un et de l'autre; opinions de Saint-Simon et de Duclos.

Nous sommes enfin au cœur du débat! Ce n'est pas sans une émotion réelle et sans un frissonnement intérieur poignant que nous abordons ce redoutable procès historique. Il n'est pas arrivé jusqu'à nous, dans le cours des siècles, de réquisitoire plus véhémentement atroce que celui-là, — et la conscience frémit à la seule possibilité d'un si grand crime ; et l'intelligence reste confondue, attérée, morne et comme frappée d'impuissance créatrice en présence d'un poëte' si impitoyable, si audacieux !

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Ah ! que les mémoires du passé sont une énigme parfois difficile et sombre ! que les raisonnements les mieux équilibrés sont peu de chose pour arracher son secret au sphinx de l'histoire ! Et qu'il faut souvent abîmer sa pensée dans une longue contemplation avant de trouver, — non pas toujours la simple et radieuse vérité, — mais une lueur faible et vacillante, un semblant de conviction ! C'est en présence de ces problèmes que l'homme comprend mieux encore la faiblesse de son intellect et de ses concepts les mieux agencés; c'est là que le philosophe, penché sur le puits vertigineux de l'histoire, éprouve ces mortelles défaillances, peintes si éloquemraent dans les poëmes immortels du Dante, Shakespeare, Hugo et les visionnaires bibliques.

Si le lecteur a lu les Odes Philippiquts avant l'Étude, il a pu se convaincre du sentiment que nous portons dans l'examen de la Régence ; — et nos conclusions lui sont déjà familières ; il sait que nous acquittons Philippe d'Orléans, au nom de la morale, qui demande une sanction, — au nom de l'honneur, qui attend sa réparation,— au nom de la famille, qui a le devoir d'exiger une réhabilitation, — au nom de la France, qui eût été gouvernée par un monstre, si la vérification du crime fournissait des preuves évidentes, — au nom surtout de la dignité personnelle de l'écrivain, qui plaCe sa récompense dans le témoignage de sa conscience^ le meiUeur juge, celui qu'il redoute le plus, parce que ses arrêts ne relèvent d'aucun pouvoir humain !

Tribun ou Roi, personnage illustre ou simple ci-

toyen, — nous l'avons dit, — la responsabilité est la même pour tout le inonde. L'histoire, — cette grande justicière, — ne connaît pas les puériles distinctions so* ciales; que Ton soit revêtu de la pourpre ou du sarreau, que l'on soit assis sur un trône ou sur le banc d*une chaumière, elle apprécie les actes, elle juge les pensées; elle soijde les reins et les cœurs, — et son verdict est de ceux qui restent comme une flétrissure ou comme une glorification.

D'Orléans empoisonna-t-il les Entants de France pour se frayer les voies au premier rang dans la Monarchie ?

Le même d'Orléans, oubliant les préceptes les plus nobles^ les instincts les plus vivaces de la nature humaine^ foulant aux pieds toute retenue, toutes les lois divines et terrestres, eut-il avec ses filles des relations incestueuses ?

C'est ainsi que les deux questions se posent brutalement. Â la première et à la seconde, nous ne pouvons que répondre, avec la colère vibrante des âmes gêné*' reuses et l'indignation du penseur qui a le profond respect de l'humanité, -r- nous ne possédons aucune preuve ; les affirmations ordurières des sottisiers ne sont pas des autorités ; les ennemies si puissantes du Régent et leurs coteries avaient trop de haine et d'insigne mauvaise foi pour en imposer à l'histoire ; — et, par contre^ tous les honnêtes écrivains du dix-septième siècle^ tous les analystes sérieux, ceux mêmes qui vivaient dans l'intimité de l'accusé, qui le connaissaient

IIO ETUDE SUR LES PHILlPPiaUES.

depuis le berceau, déclarent calomniatrices et diflfamatoires ces perfides accusations.

Or, que nous restait-il à faire ? Prendre le parti de ceux qui ont vengé la morale. Nous l'avons fait, — et nous ne pouvons qu'opposer un non très-énergique aux insinuations qui sortaient des cabinets de Madrid, Sceaux et Versailles, où s'agitaient si misérablement Mesdames des Ursins, du Maine et la Maintenon.

Entrons donc maintenant dans le détaillé de l'affaire; nous y serons plus à l'aise, — puisque le lecteur n'a plus à redouter la pénible surprise d'une culpabilité qui serait le renversement de ses croyances et l'effondrement total de toutes ses idées sur le progrès humain ;— car, ne l'oublions pas un seul instant, l'homme, si grand dans la sphère des sciences, où son compas mesure les cieux, est petit, sans force, quelquefois sans initiative devant les agents secrets qui pèsent sur les délibérations intérieures de là conscience, et si Néron, Tibère, Caligula, furent des monstres, toute l'humanité reçut de leurs crimes une'éclaboussure, un rejaillissement sinistres ; l'éternelle et vaste solidarité morale pèse sur chacun de nous !

Les Enfants de France descendirent au tombeau en moins d'une année, d'avril 171 1 à mars 1712. Trois générations s'éteignirent. Le Dauphin, fils unique de Louis XIV, mourut le 14 avril 171 1; le duc de Bourgogne, le nouveau Dauphin, le suivit de très-près, le

i8 février 1 712, et le 8 mars de la même année, le duc de Bretagne vint clore cette liste fatale. Restait le duc d'Anjou, depuis Louis XV, rejeton unique de la branche directe ; il fut lui-même souffrant et presque condamné par les médecins officiels. Une autre mort, mystérieuse et subite, celle du duc de Berry, en 17 14, à la veille de la Régence, réjouit les vindicatives ennemies de Philippe d'Orléans, — et l'accusation fut portée hautement à la Cour et dans le public.

Le peuple, organe cependant peu crédule, quand il s'agît d'une machination de Cour, prit ouvertement parti contre le futur Régent de France; lé préjugé, — cette puissance indéracinable, — entra dans les mœurs; de là à s'infiltrer dans les récits de l'historien, il n'y a pas loin ; on put le voir hientôt. Nouvelle preuve, et ce n'est pas la moins probante, que les calomnies venues de haut font leur chemin, et décrivent leur ellipse sans rencontrer la protestation émue de la conscience I Et de l'histoire , ces bruits , fomentés adroitement et propagés avec ardeur, passent tout entiers dans les traditions contemporaines ; — et ce n'est pas un médiocre scandale que cette perpétuité du mensotige politique ! Il faut réagir au nom des principes, au nom de l'honneur des familles; — réagissons !

Évidemment, il faut compter avec les créances de son époque, tant corrompue soit-elle, tout ignorante et injuste qu'elle puisse paraître, en dépit des lueurs de raison, d'humanité et de bonne foi qui s'échappent des

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lèvres éloquentes des orateurs et des philosophes ; l'époque est un milieu contre lequel on ne peut jamais avoir une action décisive, même pour la meilleure des causes, même pour le bien dans son expansion k plus légitime ; — on subit son temps, on ne le change pas radicalement d'une génération à l'autre; il est nécessaire que des portions de siècle s'écoulent, que le travail d'analyse se fasse, que l'expérience dépose ses jugements dans l'impartiale histoire, — et qu'un homme, autorisé par le caractère, les services rendus, ou le talent, proclame la vérité dans une œuvre immortelle. Combien d'ouvrages de cette nature sont arrivés jusqu'à nous ? Certes, on pourrait les compter, — ils sont assez rares ; et, si la dangereuse division des partis persiste en Europe, ils seront introu vailles pour nos petits-neveux.

Il est notoire qu'en 1711, I7i2eti7i4, et jusqu'au milieu de son gouvernement, qui lui avait ramené beaucoup d'excellents esprits, le Régent portait le poids de ces crimes d'empoisonnement; — et ceux qui eussent pu désarmer la calomnie, la réfuter au besoin, aigrirent, au contraire, l'opinion publique contre l'accusé trop débonnaire.

Au siècle dernier, une monomanie coupable s'empara des esprits les plus distingués; le poison entra comme agent dans toutes les catastrophes royales, et les morts illustres, sans exception, furent soupçonnées du même virus ; — l'intéressante princesse Henriette et la reine d'Espagne, s'il faut croire là-dessus l'iiistoire mise en romans par des écrivains dramaturges et conteurs^

devinrent la proie de ce minotaure ; le chevalier de Lorraine, le marquis d'Effiat se firent une célébrité ; la chambre des poisons siégeait à grand orchestre ; la crédulité populaire rendit plus de crimes vraisemblables qu'il ne s'en produisit véritablement, — et Ton conçoit qu'avec un pareil courant des esprits, la disparition des Enfants de France dut frapper l'imagination maladive de la foule.

Au plus fort des revers subis par les armes françaises, avant la victoire si disputée et si avantageuse de Denain (24 juillet 1712), après les offres de paix faites aux alliés à Gertruydenberg, février 171 1, date des préliminaires convenus entre Louis XIV et les Anglais, viennent subitement se placer les morts royales imputées à Philippe d'Orléans. Le duc d'Anjoii fut malade ; sa gouvernante, duchesse de Ventadour, à tort ou à raison, lui administra un contre-poison, qu'elle avait rapporté de Turin; l'enfant guérit; cet exemple ne fit que rendre plus évidents les soupçons de la Cour.

Il est à déplorer que nous ne possédions pas les rap^ ports des autopsies; l'honnête et savant chirurgien Maréchal, qui les exécuta, conclut à la mort naturelle ; cette fin de non-recevoir scientifique infligée aux factions acharnées contre d'Orléans, les révolta ; le Roy voulut lire les rapports ; cette lecture le troubla ; peu à peu, néanmoins, le calme revint dans son esprit ; il sut imposer sa conviction personnelle aux seigneurs et aux dames de son entourage; — mais il eut le tort très- . grave de brûler les preuves mémorables d'une innocence

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à laquelle certains historiens n'ont point voulu croire ; d'autres ont opiné dans le sens de la culpabilité, sans avoir le moindre instrument authentique qui pût appuyer leur jugement. Nous ne les imiterons pas.

La mort du premier Dauphin fut attribuée à la petite vérole ; le malade succomba à une violente suffocation ; le duc de Bourgogne se plaignit surtout d'atroces douleurs au bas-ventre ; la duchesse de Bourgogne ressentit au front des brûlures internes qui suspendirent l'usage de la parole, et, pendant les dernières heures de son existence, la pensée avait quitté cette tète pourtant si impressionnable et si intelligente ; le duc de Berry se vit eh proie aux perpétuelles excitations d'estomac, qui l'amenèrent à rejeter une si grande quantité de sang qu'il en mourut ; ainsi, — et sans aborder la question médicale, qui nous échappe, qui ne rentre pas dans notre cadre historique, — les symptômes sont différents, les causes doivent l'être ; et, pour comble d'indécision, d'incertitude, d'étonnement profonds, les trois médecins sont en désaccord sur les origines, sur la marche et sur le dénouement des maladies !

Fagon, l'autocrate de la médecine officielle ; Boudin, créature de la Maintenon, par conséquent ennemi de Philippe d'Orléans, et tout porté à le perdre dans la conscience du Roy ; Maréchal , premier chirurgien, praticien très-habile, homme honorable, caraaèfe élevé et savant de premier ordre à une époque où la science médicale ne vivait que d'empirisme ; — voilà les trois autorités appelées à déposer devant la postérité. Il est'

avéré que Fagon et Boudin étaient à la merci de la vieille calviniste convertie au catholicisme, madame de Maintenon ; leur témoignage perd toute sa valeur par la seule constatation de leur vénalité ; reste Maréchal, qui fit, nous le répétons, l'autopsie des cadavres, sans y découvrir le moindre agent destructeur des principes de la vie. Le poison n'avait joué aucun rôle dans ces morts rapprochées'; l'éminent chirurgien, qui fécondait sa vaste expérience médicale par des études solides, citait, nous dit Duclos, plusieurs exemples récents de pareilles maladies.

Nous nous rangeons à l'opinion raisonnée du chirurgien Maréchal ; Fagon et Boudin ont oublié le devoir professionnel, — ils sont devenus des hommes politiques; ils accusent un empoisonneur, alors qu'ils ne peuvent pas constater la présence du poison ! Nous les récusons.

Entendons les contemporains ; le cas est assez grave pour motiver cet appel à la barre de l'histoire. Duclos va déposer : « Ces soupçons répandus dans tout le royaume, tombaient uniquement sur le duc d'Orléans, depuis Régent, et formèrent bientôt un cri d'accusation publique. Il en fut si consterné^ qu'il demanda au Roy de se constituer prisonnier avec Hombert, célèbre chimiste, dont il avait pris des leçons, jusqu'à ce que la calomnie fût démontrée et détruite. Le Roy, ùrévenu par les ennemis de son neVeu^ fut près d'accepter sa proposition ; mais il en fut détourné par Maréchal, qui eut le courage de représenter qu'un tel éclat ne servirait qu'à

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tourner en certitude dans Timagination du peuple des soupçons qui se détruiraient d'eux-mêmes; au lieu que la justification du duc d'Orléans laisserait toujours à sa réputation la tache d'une accusation indigne de lui, et que la démonstration de son innocence passerait encore pour l'indulgence d'un Roy qui ne veut pas déshonorer son sang. Maréchal rappela à ce sujet au Roy ce qu'il lui avait entendu dire à lui-même sur son neveu.

<( Le duc d'Orléans avait eu une maladie, pendant laquelle Maréchal l'avait vu assidûment. Us eurent ensemble plusieurs conversations sur des matières de sciences. Maréchal^ frappé de l'étendue d'esprit et delà quantité de connaissances de ce prince, en parla au Roy. « Sire, lui dit-il, si le duc d'Orléans était un sim- « pie particulier sans fortune, il aurait plus de dix a moyens de gagner honnêtement sa vie, et c'est d'ail- « leurs le meilleur homme du monde» » Le Roy, en convenant des talents du prince, acheva de le peindre par un seul trait : « Savez-vous ce que c'esi. qtie tnon ne- « vcul c'est un fanfaron de crimes, »

« Madame de Maintenon, voulant perdre le duc d'Orléans dans l'esprit du public, n'y trouvait; que trop de facilité. Ce prince, incapable d'une action noire ou basse, avait, à force d'iftiprudences, d'indiscrétions et de mœurs crapuleuses, donné de lui la plus mauvaise opinion, que l'idée même qu'on avait 4^ son esprit aggravait encore- On parlait souvent alors d'empoisonnements, et les soupçons ayant été une fois dirigés

contre le duc d'Orléans, se réveillèrent à chaque occasîon. »

Rien, dans le langage si mesuré de Duclos, écrivain au franc-parler et d'allures peu suspectes de courtisanerie, ne fait présager la culpabilité de Philippe, Régent de France; tout, au contraire, y dénote la complicité de la bigote Maintenon, pétrie de fiel et de dévotion. Une autre femme, que Ton a vue déjà, qui remplit de ses intrigues les chancelleries du dix-huitième siècle, qui régna à Madrid et à Versailles, distilla le venin de la calomnie, — ce fut la veuve de Talleyrand, prince de Chalais, veuve en secondes noces (1698) du duc de Bracciano, de la maison des Ursins, l'astucieuse Anne- Marie de la Trémouille, princesse des Ursins.

Témoin duc de Saint-Simon, vous êtes appelé à déposer devant ITiistoîrc; dites la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

La réponse se trouvera au cours de la déposition; ce n*est pas un homme qui parle, — c'est une conscience !

« Les horreurs qui ne se peuvent plus différer d'être racontées glacent ma main. Je les supprimerais, si lavé-* rite si entièrement due à ce qu'on écrit, si d'autres horreurs qui ont augmenté celle des premières, s'il est possible, si la publicité qui en a retenti dans toute l'Europe, si les suites les plus importantes auxquelles elles ont donné lieu, ne me forçaient de les exposer ici comme faisant une partie intégrante et des plus considérables de ce qui s'est passé sous mes yeux. La maladie de la Dauphine, subite, singulière, peu connue

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aux médecins, et très-rapide, avait dans sa courte durée noirci les imaginations déjà fort ébranlées par l'avis venu à Boudin si peu auparavant, et confirmé par celui du Roi d'Espagne. La colère du Roi du changement de confesseur, qui se serait durement fait sentir à la princesse, si elle eût vécu, céda à la douleur de sa perte, peut-être mieux à celle de tout son amusement et de tout son plaisir; et la douleur voulut être éclaircic de a cause d'un grand malheur pour tâcher de' se mettre en état d'en éviter d'autres, ou de rentrer en repos sur l'inquiétude qui le frappait. La Faculté reçut donc de sa bouche les ordres les plus précis là-dessus.

« Le rapport de l'ouverture du corps n*eut rien de consolant : nulle cause naturelle de mort, mais d'autres vers les parties intérieures de la tête, voisines de cet endroit fatal où elle avait tant souffert. Fagon et Boudin ne doutèrent pas du poison, et le dirent nettement au Roi, en présence de Madame de Maintenon seule. Boulduc, qui m'assura en être convaincu, et le peu des autres à qui le Roi voulut parler, et qui avaient assisté à l'ouverture, le confirmèrent par leur morne silence. Maréchal fut le seul qui soutint qu'il n'y avait de marques de poison que si équivoques, qu'il avait ouvert plusieurs corps où il s'en était trouvé de pareilles, et sur la mort desquels il n'y avait jamais eu le plus léger soupçon.

« Fagon, Boudin, quelques autres déclarèrent le plus violent effet d'un poison très-subtil et très-violent, qui, comme un feu très-ardent, avait consumé tout l'inté-

rieur du corpS) à la différence de la tète, qui n'avait pas été précisément attaquée, et qui seule Tavait été d'une manière très-sensible en la Dauphine. » (Saint-Simon parle ici de la mort du Dauphin, qui jeta la désolation dans le cœur du Roi^^et fit murmurer les courtisans.) tt Maréchal, qui avait fait l'ouverture, s'opiniàtra contre Fagon et les autres. Il soutint qu'il n'y avait aucunes marques précises de poison; qu'il avait vu des corps ouverts à peu près dans le même état, dont on n'avait jamais eu de soupçon; que le poison qui les avait emportés^ et tué aussi le Dauphin, était un venin naturel de la corruption de la masse du sang enflammé par une fièvre ardente, qui paraissait d'autant moins qu'elle était plus interne ; que de là était venue la corruption qui avait gâté, toutes les parties, et qu'il ne fallait point chercher d'autres causes que celles-là, qui étaient celles de la fin très-naturelle qu'il avait vue arriver à plusieurs personnes, quoique rarement à un degré semblable, et qui, alors, n'allait que du plus au moins. Fagon répliqua, Boudin aussi, avec aigreur tous deux. Maréchal s'échauffa à son tour, et maintint fortement son avis. »

Le langage, honnête et scientifique, respectueux et si énergiquement motivé de Maréchal est une conclusion. Le Régent, poursuivi par la haine froide et tenace des factions de cour^ se trouve placé en dehors du débat ; la calomnie n'a point de prise sur le chef d'empoisonnement ; le chirurgien a toute notre confiance.

Philippe ne fut pas criminel ; — mais il ne sut pas résister à l'effroyable délire qui s'empare de certaines

âmes dans les hautes régions du pouvoir; son action ne connut pas les moyens termes vertueux, du moins en ce qui regarde la vie privée; son intérieur erra au gré des événements, — il ne le conduisit pas , esclave qu'il était de ses passions, n'ayant plus, et depuis longtemps, à sa libre disposition ce frein rigoureux que savent appliquer les natures droites. Les mirages du pouvoir suprême produisent ces hallucinations désastreuses. D'Orléans reste un exemple fécond en graves enseignements, en leçons d'une éloquence austère. Heureux le prince qui sait aborder le pouvoir sans se laisser influencer par les désirs qui s'offrent en foule à Timagination ! Heureux le peuple qui possède un tel gouvernant ! Le premier pas est toujours fatal ; les débauches du prince rendirent vraisemblables les accusations d'empoisonnement; avec une vie publique moins relâcliée, elles fussent tombées d'elles-mêmes ; le Régent, quoique innocent, pona la peine de ses mauvaises mœurs; le viveur eut l'âme déchirée par la réputation qu'il s'était faite.

Mademoiselle de Chartres prit l'habit à ChcUes, niaigré les efforts du duc d'Orléans pour l'en dissuader; une sœur du maréchal de Villars était alors abbcssc du couvent. (17 17.)

Nous nous occuperons surtout, — et dès maintenant, — de la duchesse de Berry, cette fille préférée, qui devint le point de mire de la médisance d'abord, ensuite

des propos colportés dé Versailles à Paris, et, en fin de compte, d'une calomnie qui ne sut pas même s' arrêtée devant la paternité ; — il faut le dire, puisque là seulement nous pouvons trouver le fil conducteur qui nous guidera dans ce labyrinthe de versions contradictoires, le Régent et sa fille eurent toutes les apparences contre eux ; leur intimité, sans être amoureuse, en eut parfois les dehors. En face d'un semblable abandon, il devait arriver que des ennemis profitassent des échappées de conduite pour construire un roman, — et quel roman! Le portrait de la duchesse, que nous allons faire passer ^ous les yeux du lecteur, est une page saisissante de vérité, comme les moindres croquis de Saint-Simon, — et il emprunte à l'accusation une grande autorité. En effet, se figure-t-on un père amant criminel de sa fille ? Et un père aussi haut placé, aussi supérieur par l'intelligence, par l'acquis scientifique, premier prince du sang en 171 S> descendant à l'action la plus abominable qu'un homme puisse commettre I Vraiment, i! y a là de quoi faire frémir le cœur et donner à la pensée un dangereux vertige; il fallut que La Grange-Chancel, excité par les ennemies du Régent, eût oublié les plus élémentaires notions du devoir; il osa prostituer la poésie et la faire servir aux déclamations de la haine; sa strophe remua la fange, au lieu de planer dans l'infini, au lieu d'indiquer à l'humanité de nobles buts à atteindre, les cimes du vrai à gravir, l'idéal à poursuivre constaminenc, le bien à pratiquer, le sentiment de justice à glarifier toujours, les autres sublimes mobiles qui doi-

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vent transfigurer l'âme, et lui rendre au moins supportable une existence traversée par la déception, les larmes et les affres du doute. — Le poète satirique, organe d'une faction, fit descendre la Muse des hauteurs sereines du beau et de l'idée pure; son cothurne immaculé, souillé au contact des abominables inventions courtisanesques , ne conserva aucun de ces reflets d'azur où les rayons laissent une' empreinte si douce aux regards du penseur! Et si la forme poétique persista au milieu de ces errements, elle fut loin de garder son ampleur, sa force natives, — elle n'eut pas le vol olympien des augustes strophes qui chantent le droit, la pa« trie, la famille, l'amour et l'humanité ! La Muse, violée dans son sanctuaire, referma ses ailes, et les nombres harmonieux composèrent une couronne d'étoiles au front de la céleste victime !

SiJe poète resta, l'homme fut déshonoré, — sa vie ne fut plus qu'un supplice. Empoisonneur et incestueux, tel est le Régent des Philippiques; homme d'une valeur peu ordinaire, très-inconséquent, débauché avec raffinement, se Uvrant trop à son entourage et à ses* suggestions, incapable de haine, sérieux et travailleur dès qu'il s'agissait du gouvernement, tel est le Régent de l'histoire !

Il reste au fond des natures les plus dépravées un sens familial qui résiste aux entraînements des sens; les annales judiciaires relatent peu de ces crimes contre lesquels se révoltent l'instinct et la raison ; le sang et la chair peuvent-ils se prêter à une semblable profanation p

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Ne le croyons pas, ne fût-ce que pour sauvegarder l'honneur de l'humanité en flétrissant celui du poète coupable.

Saint-Simon s'exprime ainsi sur la duchesse : « Cette princesse était grande, belle, bien faite, avec toutefois assez peu de grâce, et quelque chose dans les yeux qui faisait craindre ce [qu'elle était. Elle n'avait pas moins que père et mère le don de la parole, d'une facilité qui coulait de source, comme en eux, pour dire tout ce qu'elle voulait, et comme elle le voulait dire, avec une netteté, une précision, une justesse, un choix de termes et une singularité de tour qui surprenait toujours. Timide d'un côté en bagatelles, hardie d'un autre jusqu'à effrayer, haute jusqu'à la folie, basse aussi jusqu'à la dernière indécence, il se peut dire qu'à l'avarice près, elle était un modèle de tous les vices, qui était d'autant plus dangereux qu'on ne pouvait pas avoir plus d'art ni plus d'esprit. »

Ce commencement indique déjà une jeune femme très-régence, au sens lé plus commun de cette expression ; peu de retenue avec beaucoup d*orgueil ; de l'intelligence avec des inclinations vicieuses; entichée de son rang et livrant sa confiance aux plus viles espèces, aux personnes sans considération, sans foi ni loi ; éloquente et persuasive dans le discours et familière avec la langue verte de son temps ; — tel est, vu en raccourci, la fresque de Saint-Simon. Plus loin, une autre face de cette figure nous est montrée avec un rare bonheur de pénétration et d'analyse féminine : « Madame

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la duchesse de Berry vivait à son ordinaire dans le mélange de la plus altière grandeur, de la bassesse et de la servitude la pjus honteuse; des retraites, les plus austères, fréquentes, mais courtes, aux Carmélites du faubourg Saint-Germain, et des soupers les plus profanés par la vile compagnie^ et la saleté et l'impiété des propos ; de la débauche, la plus effrontée, et de la plus horrible frayeur du diable et de la mort, lorsqu'elle tomba malade à Luxembourg. Elle ne voulait se contraindre sur rien ; elle était indignée que le monde osât parler de ce qu'elle-même ne prenait pas la peine de lui cacher, et, toutefois, elle étai( désolée de ce que sa conduite jetait connue.

« Madame la duchesse de Berry a fait tant de bruit dans l'espace d'une très-courte vie que, encore que la matière soit triste, elle est curieuse et mérite qu'on s'y arrête un peu. Née avec un esprit supérieur, et, quand elle le voulait, également agréable et aimable, et une figure qui imposait et qui arrêtait les yeux avec plaisir, mais que sur la fin le trop d'embonpoint gâta un peu, elle parlait avec une grâce singulière, une éloquence naturelle qui lui était particulière, et qui coulait avec aisance et de source, enfin avec une justesse d'expression qui surprenait et charmait.

« Parmi une dépravation si universelle et si publique, elle était indignée qu'on osât en parler. Elle débitait hardiment qu'il n'était jamais permis de parler des personnes de son rang, non pas même de blâmer ce qui pouvait le mériter dans leurs actions les plus publiques.

et qu'on aurait vues soi-même, combien moins de ce qui ne se passait qu'en particulier. C'est ce*qui l'irritait contre tout le monde, comme d'un droit sacré violé en sa personne, le plus criminel manquement de respect, le plus indigne de pardoiv »

Une personne de naissance prêta les mains aux plus révoltantes orgies, — ce fut Madame de Mouchy et spn époux complaisant. Aussi, après la moîrt de sa fille, le Régent ne voulut-il plus les voir, et tout le monde se rangea à son avis. Écoutez plutôt : « L'unique personne de son entière confiance était Madame de Mouchy, dont il a été parlé, et dont les mœurs et le caractère en étaient parfaitement dignes. Outre la galanterie et la licence de la table, elle avait un talent et des ressources d'inventions tout entières de la plus horrible noirceur, une effronterie sans pareille et une avidité d'intérêt à lui faire tout entreprendre, avec tout l'esprit, l'an et le manège propre à réussir; toujours un but, et ne disant et ne faisant jamais rien sans un dessein, pour léger et indifférent que parût ce qu'elle disait ou faisait. Son mari, qui avait de la naissance, n'était pas moins bassement intéressé, et trouvait tout bon d'elle, pourvu que cela lui rapportât ; de ces officiers d'ailleurs, quoique mort lieutenant-général de la Régence, bons au plus à placer quelque part capitaines des portes. » — Voilà au moins un maître aquafortiste ! Jamais Rembrandt, rimmortel rêveur qui sut trouver les secrets de l'ombre se jouant avec la lumière, n'a buriné deux profils avec autant de vigueur ! Que dites-vous de la Mouchy, cette

maîtresse femme, qui s'esbcUtait avec Riom, l'amant de la princesse', d'ailleurs bien vue de son mari, parce que cela lui rapportait I Aller plus loin nous semble impossible; — et ce digne couple, augmenté de Riom, dépassa si bien les bornes permises, que, même sous la Régence, on leur ferma toutes les portes après la mort de la duchesse, leur dupe ; — elle succomba le 21 juillet 17 19, sur le minuit.

La fille du Régent fut trouvée enceinte ; les opérateurs chargés de l'ouverture du corps, signalèrent aussi un dérangement cérébral, — circonstance atténuante pour les magistrats et les médecins aliénistes ; la morale, néanmoins, revendique ses droits, surtout à l'égard d'une jeune femme aussi richeiùent douée parla nature et par la fortune, deux enchanteresses qui la comblèrent à l'envi, qui lui firent une existence si calme, si honorée, si douce ; — elle qui préférait aux conversations, aux réceptions, aux hommages de la Cour, les scènes erotiques du Palais -Royal et de la Muette, n'apprécia point à leur valeur les avantages de sa naissance, de son éducation, et, ce qui est plus déplorable, le profond respect de son sexe, le dernier sentiment qui puisse abandonner une femme !

Duclos, sur un sujet aussi grave, ne peut se négliger ; il apporte une observation qui va au fond des choses : « Le père et la fille vivaient dans une telle intimité, que des bruits, qui n'avaient été que des murmures sourds, devinrent des propos publics, et allèrent jusqu'au duc de Berry. Sa religion ne lui permettait pas de les croire;

mais, comme il aimait éperdument sa femme, il était importuné des assiduités de son beau-père ; et ce tiers incommode lui donnait une humeur qu'il ne contenait pas toujours. Il était d'ailleurs eflfrayé des discours impies que le père et la fille affectaient devant lui. C'était entre eux deux un assaut d'irréligion et de mépris des mœurs. Leur impiété était autant une manie qu'un vice. »

La Cour et le public dirent leur pensée sur ces impru^ dences de conduite, où les apparences les condamnaient ; le Régent s'en indigna d'horreur ; sa fille ne fut blessée que dans son orgueil ; le père et la fille ne se contraignirent nullement, — et les ennemies décochèrent ces flèches que La Grange devait ramasser plus tard.

Les preuves, palpables, évidentes; les documents authentiques, avérés ; les dépositions où parle la conscience d'un honnête homme et les témoignages si imposants de l'histoire, nous manquent ; — or, en l'absence de ces instruments d'analyse, nous pensons, avec le chirurgien Maréchal, que c'est vouloir sonder l'inconnu que de prononcer un jugement formel. Où sont les considérants 2 sont-ils établis? sont-ils concluants? Non ; et les plus graves historiens de notre siècle, à 'quelque opinion qu'ils appartiennent, n'ont osé ramasser les calomnies de la Cour. L'Annotateur de La Grange Chancel se range à leur avis; nous ne pouvions donner l'œuvre sans prendre une position déterminée.

Nous voilà arrivés au terme de cette portion d'htude

consacrée au Régent. Louis XV grandit au milieu de ces saturnales; il respira cette atmosphère empoisonnée, où il puisa les germes de passions ardentes, qui revêtirent la forme de Mesdames de Mailly, duchesse de Châteauroux, de Pompadour et Du Barry, sans compter les femmes à passades, d'après le mot si pittoresquement vrai de Saint-Simon.

Le Régent, premier ministre après la majorité du Roy, travaillait tous les jours avec lui, à une heure fixe ; un jour, il s'apprêtait à prendre ses ordres ; son sac, rempli de manuscrits et de projets, se trouvait sur un meuble ; il attendait le moment de s'engager dans le couloir particulier qui le menait chez son souverain, et une duchesse, femme peu farouche, comme l'étaient les favorites de Philippe, lui tenait compagnie, en lui disant les mille et une fadaises de la Cour et de la ville, les racontars de ruelles, et peut-être aussi jes intrigues, 'i demi voilées, du sérail princier; — la Phalaris égayait son amant par ses vives reparties, par son esprit à l'emporte-pièce, par sa constante jovialité;— ils en étaient là, quand soudain, après une longue réflexion, la tête alourdie du Régent s'inclina sur l'épaule de sa compagne ; la Phalaris s'étonna, souleva cette tête tout à l'heure encore rayonnante d'audace et de pensées, mais Philippe d'Orléans était mort, — mort dans un boudoir et sur les genoux de sa maîtresse. Telle fut la fin d'un homme qui semblait né pour recevoir la mort en pleine poitrine, le front tourné vers l'ennemi, comme ceux de sa race, pour son Roy et

pour sa patrie ! Le champ de bataille eût mieux valu pour sa gloire que cette mort incognito dans les bras d'une prêtresse de Vénus, — mais la justice, elle aussi, a ses heures, — elle aussi se plait à frapper lourdement ceux qui oublient le devoir, — elle aussi prend de terribles revanches et ne ménage ni les tyrans ni les peuples !

Les conclusions de cette première partie de l'Étude se posent naturellement dans l'esprit du lecteur. Le travail philosophique des seizième, dix-septième et dixhuitième siècles, précurseurs de la Révolution française, avait préparé la solution des problèmes sociaux; la Monarchie se trouvait ainsi battue en brèche par la science et par l'opinion, deux leviers avec lesquels on renverse les institutions qui ont un passé plusieurs fois séculaire; les personnalités ne peuvent opposer aucun rempart aux efforts de l'idée progressive, — au contraire, les ministères rétrogrades ne font qu'accentuer les revendications et précipitent les royautés en voulant les soutenir, vérité qui se passe de commentaires, et, néanmoins, rejetée à toutes les époques ! Les concessions de la Monarchie furent plus illusoires que réelles,

— en agissant de la sorte, elle devait périr; ne la plaignons pas^ puisqu'elle eut des arrière-pensées, et donnons à la France les mœurs du gouvernement libre, la tolérance et l'intelligence des situations diplomatiques.

— Ne récriminons pas surtout, il est trep tard !

Louis XIV fut injuste envers son neveu ; il est responsable de ses erreurs.

Philippe d'Orléans continua le pouvoir personnel de son oncle; la forme seule changea. Mais ici encore, Louis XIV est coupable, son exemple était devenu fatal.

Dubois, homme dissolu, caractère sans relief et sans noblesse dans la vie privée, sut se montrer grand négociateur; la paix de l'Europe devint. le fruit de ses travaux, — cette heureuse conséquence rachète bien des fautes et doit nous incliner à l'indulgence.

La Régence prépara le règne de Louis XV, les loisirs scandaleux de la Muette, le prestige des femmes, et le reste !

Après tout cela, une seule chose restait possible, k convocation des Étais-Généraux en 1789; — la politique contemporaine prit son essor ; des flots de sang furent versés ; nous ne pouvons que le regretter profondément, en souhaitant à la France la paix et la grandeur qu'elle mérite I

Fin de la première partie.

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