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LE RÉGENT, LE DUC, LAW

LAW

Ah I que vois-je, Seigneur, et quel sort est le vôtre?

LE RÉGENT (wWttrflW/).

Cessez et retenez vos larmes l'un et l'autre :

{Montrant Je duc)

Mon cœur, de sa fureur et de tes intérêts

Veut d'autres sentiments que de tristes regrets.

Ma régence, plutôt digne d*ôtre abhorrée.

Par des pleurs aujourd'hui doit-elle être honorée ?

J*ai désoU la France autant que je l'ai pu :

La mort dans ce projet m'a seule interrompu.

Ennemi des Français et de leur opulence.

J'ai renversé leurs lois, j'ai détruit la finance.;

Et j'ose me flatter qu'entre les noms fameux

Dont trace Mézeray les portraits odieux.

Nul n'a fait plus de maux, n'a plus haï leur gloire,

Ni de jours malheureux plus rempli leur histoire.

Le Ciel n'a pas voulu qu'achevant mon dessein,

Je versasse à leur Roi le poison de ma main.

Mais au moins quelque chose, en mourant, me console :

Je meurs environné des rentiers que j'immole ;

Je fais avec succès un nouvel attentat.

Et mes derniers regards ont vu fuir le Sénat.

notation de 1795 ; — nos lecteurs retrouveront cette pièce, avec Quelques variantes, dans le volume qui suivra immédiatement les PIjilippiques ; nous voulons parler des Ruelles du dix-huitième siècle, le recueil le plus complet, le plus original et très-curieux sur la matière ; notre manuscrit aura parfois besoin d'être expurgé ; les mœurs littéraires se sont adoucies, et nous craindrions de froisser les sentiments les plus délicats de l'âme humaine. — Mais, comme tour d'esprit, pointe ironique, mots acérés de courtisans, médisance de Ruelles, notre livre sera, nous l'espérons, consulté avec fruit par les observateurs et les moralistes.

426 LES PHILIPPiaUES.

Ces derniers héritiers de la vertu gauloise. Exilés de Paris, vont habiter Pontoise, Et, du bien de l'Etat sectateurs odieux, De leur âpre vertu n'offusquent plus mes yeux. Au fils du grand Condé je dois cette fortune ; Il épargne à mes yeux leur présence importune : Que ne puis-je payer ce service important, De tout ce que la Banque eut de plus éclatant ! Vous savez que Belle-Isle enferme ma richesse. Vous me laissez aussi : souffrez que je vous laisse. Cher Law, tous les vols que j'exigeais de vous. Pour ce prince mon cœur vous les demande tous.

LAW

Vivez, Seigneur, vivez, pour voir par mon système Triompher rindigence, et pour régner vous-même : Vivez, pour terrasser l'honneur et la vertu; Pour empoisonner le

{Au dtic,)

C'en est fait, j'ai vécu.

Prince, songez à vous. Gardez-vous de prétendre

Que du peuple français vous puissiez vous défendre :

Bientôt ces fiers soutiens, contre vous irrités,

Indiquant les États, fondront de tous côtés.

Ne perdez point le temps que vous laisse leur fuite,

 rendre à mon tombeau des soins dont je vous quitte V

* Dont je vous quille Expression qui peut sembler bizarre

aujourd'hui, mais qui, à cette époque, était très-compréhensible. Le tour de phrase est tombé en désuétude. On dit encore, en français vulgaire : Je vous tiens quitte de ceci, de ala, etc. ; le mot seul n'est plus employé. Le verbe décharger remplit ces fonctions : Je vous décharge de tel ou tel soin . Les siècles, en passant, renversent les mots, et, quelquefois, suivant la même logique, les institutions et les royautés ! —

ODE CINaUlÈME. 427

Le papier établi, les Français ruinés Suffisent à ma cendre, et Thonorent assez, Allez, emportez Tor.

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